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jeudi, juin 30, 2022

Gigafactories, certificats d’origine… Comment la France produira son hydrogène vert

C’est officiel : la filière hydrogène comptera bientôt plusieurs gigafactories. Au moins deux d’ici à 2030, selon Emmanuel Macron, qui présentait mardi 12 octobre un plan d’investissement à cinq ans dans plusieurs secteurs d’avenir. Mais de quel genre d’installation s’agit-il ? « Un peu de pédagogie est sans doute nécessaire », reconnaît Luc Poyer, président du conseil d’administration et directeur général de McPhy, qui a justement choisi d’installer une méga-usine à Belfort. A l’étranger, lorsqu’on évoque le terme de gigafactory, on pense tout de suite à une unité de production d’hydrogène de grande taille alimentée par des milliers d’éoliennes ou plusieurs centaines d’hectares de panneaux photovoltaïques, à l’image des grands projets en cours de développement au Kazakhstan ou en Australie. 

Mais ce n’est pas la voie choisie par la France. Certes, il est prévu qu’en Guyane, des champs photovoltaïques alimentent d’ici à quelques années un site de production d’hydrogène permettant d’approvisionner en énergie propre la région de Saint-Laurent-du-Maroni, évitant ainsi le recours à des centrales thermiques polluantes (projet CEOG). Mais en métropole, les gigafactories évoquées par Emmanuel Macron serviront uniquement à produire des électrolyseurs à la chaîne. Ces installations, qui cassent les molécules d’eau à l’aide d’un courant électrique, afin de récupérer de l’hydrogène, seront la plupart du temps reliées au réseau électrique national, et non pas directement à des éoliennes ou à des panneaux photovoltaïques. Elles serviront en priorité à décarboner l’industrie – qui utilise beaucoup d’hydrogène gris ou des énergies fossiles – et, dans une moindre mesure, la mobilité.  

Cela veut-il dire que l’hydrogène français sera majoritairement d’origine nucléaire ? Non, rappellent plusieurs experts. « Nous pourrions même arriver à une situation d’équilibre 50/50 », pense Dominique Vignon, ancien président de Framatome et membre de l’Académie des technologies. Il existe en effet une confusion fréquente, qui consiste à croire que les ENR sont forcément des sources d’énergie consommées localement. « En fait, lorsqu’elles sont excédentaires, elles sont transférées sur le réseau haute tension, rappelle l’expert. Ainsi, aujourd’hui, environ 30% des ENR ne sont pas consommés localement. Ce chiffre va croître dans les prochaines années avec notamment le développement de l’éolien en mer. Au Royaume-Uni, par exemple, il existe déjà un parc offshore dont la production équivaut à celle de plusieurs centrales nucléaires. Toute cette énergie ne peut pas être consommée entièrement en local », précise Dominique Vignon. Elle peut donc, en théorie, alimenter des électrolyseurs de manière indirecte, via le réseau national.  

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Des certificats pour prouver l’utilisation des ENR

Comment en être sûr ? Grâce à des certificats d’origine. Le système existe déjà pour l’électricité, puisqu’il permet de demander aux fournisseurs un document mentionnant le contenu précis en ENR. Bien sûr, il faudrait qu’une autorité de tutelle s’assure qu’il n’y a pas de fraude ou qu’un acteur ne vende pas deux fois la même électricité décarbonée. Mais cette méthode, dont les contours doivent encore être précisés, devrait permettre à la France d’intégrer l’hydrogène dans son mix énergétique, pensent les experts.  

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« Il y aura sûrement un débat sur la concomitance : les certificats doivent-ils être obtenus sur l’année, ou sur le mois ? Nous irons certainement vers l’instantanéité, mais c’est très compliqué à mettre en oeuvre », reconnaît Philippe Boucly, président de France hydrogène. « Ce qui manque à la filière, c’est la finition du cadre réglementaire », confirme Luc Poyer qui s’inquiète, en même temps, de possibles goulots d’étranglement : actuellement, sur les 86 emplois répertoriés dans le secteur de l’hydrogène, 17 sont déjà en tension (soudeurs, ingénieurs, techniciens de mise en service de stations…). Une situation qui risque d’empirer. « Actuellement, la France compte seulement 3 mégawatts d’électrolyses spécifiquement destinés à produire de l’hydrogène. Or l’objectif national est d’arriver à 6500 mégawatts d’ici à 2030 », rappelle Philippe Boucly. Pour l’industrie, cela revient à multiplier ses capacités par … 2000 ! Pour y arriver, les projets de gigafactories déjà annoncés comme celui de McPhy ou de son concurrent belge John Cockerill, ne seront pas de trop. 

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