22.8 C
Londres
mercredi, juillet 6, 2022

François Crémieux, l’homme qui veut mettre Didier Raoult à la retraite

« Il y a des choses qui ne sont pas acceptables. » Voilà, aux dires de ceux qui apprennent à le connaître depuis quelques mois, la phrase préférée de François Crémieux, nommé en juin à la tête de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Et dans le deuxième centre hospitalo-universitaire (CHU) de France, il y en avait apparemment beaucoup, des choses « pas acceptables », pour ce directeur au profil étonnant et aux vies multiples, ancien n° 2 des hôpitaux parisiens, mais aussi membre du comité de rédaction de la revue Esprit, ex-casque bleu en Bosnie, baroudeur, créateur d’un ciné-club… 

S’il nie farouchement être venu « faire le ménage », comme l’a taclé le Pr Didier Raoult dans une interview télévisée, François Crémieux n’hésite en effet pas à s’attaquer aux dossiers les plus épineux. Ceux qui stagnaient en dessous de la pile depuis des mois, voire des années. A commencer par le devenir du célèbre professeur de microbiologie. Hasard du calendrier, celui-ci a atteint le 31 août le terme officiel de sa carrière hospitalo-universitaire. Pour avoir refusé sa demande de cumul emploi retraite, François Crémieux – jusqu’ici peu connu, même si un film lui avait été consacré à son retour de Sarajevo en 1995 – s’est retrouvé pris dans une tempête médiatique.  

Soutien politique

« Didier Raoult a su créer de toutes pièces l’outil magnifique qu’est l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, mais ses positions, notamment sur la vaccination, au moment où une vague très forte de Covid frappe la ville, ont creusé un grand écart avec le corps médical de l’AP-HM », justifie-t-il aujourd’hui. L’histoire n’est toutefois pas finie, car le maintien du scientifique à la direction de l’IHU dépend du conseil d’administration de l’Institut, qui se réunira courant septembre. Le nouveau DG assure qu’il fera tout pour convaincre les autres membres que l’heure du changement est venue… « Ce ne sera pas facile, même si Raoult a perdu beaucoup de ses appuis politiques. Eric Berton, le président de l’Université, a également refusé la demande de cumul emploi-retraite, il ne l’aurait jamais fait sans l’approbation du doyen de la faculté de médecine Georges Leonetti, lui-même numéro deux du conseil régional », note un observateur des arcanes politico-médicales locales. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Fait plutôt inhabituel, François Crémieux bénéficie, lui, du soutien unanime de l’ensemble des élus locaux. Au point que Michèle Rubirola, l’ancienne maire PS aujourd’hui adjointe à la santé, et Renaud Muselier, le président (LR) du conseil régional, ont défendu de concert « leur » candidat quand il a été question que Jérôme Salomon, actuel directeur général de la Santé, obtienne le poste. Mais comment s’y est-il donc pris ? « Je ne connaissais pas Marseille, je n’y avais pas d’attaches particulières, mais j’avais la perception que cette ville en grande difficulté était à un moment de rupture, avec une volonté assez unanime de relever le défi. Je leur ai dit que, s’ils étaient tous d’accord pour me soutenir, nous pourrions faire de belles choses dans les années à venir », raconte-t-il.  

Etoiles bien alignées

Son arrivée signerait-elle le début d’une nouvelle ère pour l’AP-HM ? Dans cet établissement surendetté, avec un fort taux d’absentéisme et un syndicat (Force ouvrière) tout-puissant, la tâche est immense. Mais les étoiles s’avèrent bien alignées : le Pr Jean-Luc Jouve, le président de la commission médicale d’établissement (CME), qui représente les médecins, vient lui aussi de prendre ses fonctions, et les deux hommes partagent beaucoup de « valeurs communes ». Un même engagement humanitaire, notamment. François Crémieux a ainsi dirigé l’hôpital de Mitrovica au Kosovo, et il s’est aussi investi en Haïti ou à Kaboul pour tenter d’aider à y reconstruire le système de santé. « Comme il y a les « french doctors », François pourrait être le président des « french directors » « , dit de lui Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris.  

Mais, surtout, il affiche, avec le Pr Jouve, « la même envie de faire bouger l’hôpital ». Une bonne entente essentielle, l’un ne pouvant réformer sans l’autre, mais qui n’était pas gagnée d’avance : Jean-Luc Jouve est aussi l’ancien référent local du Collectif inter hôpitaux (CIH). Le même CIH qui, à Paris, s’est beaucoup opposé à la politique de santé incarnée par Hirsch et Crémieux. « Il est agréable, mais il applique la ligne du gouvernement. Il est notamment responsable de la réduction de 30 % du nombre de lits dans les établissements du nord de Paris », rappelle le Pr André Grimaldi, un des fondateurs du CIH.  

« Il agit, il prend des risques, et c’est bien »

Rien de tel ici, où un vaste plan de rénovation est prévu. « Sinon, le désaccord sera majeur, avertit le Pr Jouve. Mais pour l’instant, il agit, il prend des risques, et c’est bien. » A l’actif du nouveau DG, le départ en disponibilité du réanimateur Louis Fouché, qui se prévalait de son poste à l’AP-HM pour crédibiliser ses discours complotistes et antivax ; le non-renouvellement du contrat d’un chef de service connu depuis des années pour son comportement « sexiste et homophobe » ; ou, entre autres, le lancement de projets communs avec le Centre de lutte contre le cancer, impensable jusqu’ici tant les deux établissements étaient à couteaux tirés.  

Surtout, François Crémieux et le Pr Jouve partagent la même ambition de développer l’accès aux soins dans les quartiers nord de Marseille. Des quartiers déshérités où le nouveau DG a passé quelques jours en compagnie d’associations humanitaires, avant même de prendre son poste, pour « se rendre compte de la réalité de ces bidonvilles verticaux ».  

Un féministe à l’hôpital

En effet, s’il a su faire une carrière sans faute depuis son premier poste à Montfermeil, avec un passage au cabinet de Marisol Touraine et à l’agence régionale de santé d’Ile-de-France, François Crémieux se dit aussi « très soucieux de mettre ses actes en cohérence avec ses idées ». C’est ainsi que son engagement contre le racisme pendant son adolescence, puis contre le totalitarisme, l’a conduit en Bosnie. L’expérience lui a laissé un goût amer, mais elle a aussi structuré sa vie – c’est là qu’il a rencontré des responsables de la revue Esprit, dont il est devenu l’un des piliers.  

L’hôpital, après ses études d’économie, s’est imposé à lui comme un choix qui permettait « d’allier un côté opérationnel, pragmatique, tout en étant en lien direct avec de grands enjeux de politique publique, de réflexion à moyen terme ». A quoi s’est ajoutée une certaine fascination pour l’engagement du personnel hospitalier, « le même que l’on soit dans un pays en guerre, aux Etats-Unis ou ici ». Travailler dans un univers aussi sexiste que peut être l’hôpital l’a aussi rendu féministe : « Je ne veux pas vivre dans un monde où le « hasard » fait que les décisionnaires se trouvent être tous des hommes, quand 70% du personnel, médecins compris, sont des femmes », insiste-t-il.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

« Vous voulez en savoir plus sur lui ? Demandez-lui où il s’est installé à Marseille », nous glisse Martin Hirsch. Réponse de l’intéressé, un brin embarrassé : « Dans un studio de 25 mètres carrés, en attendant de trouver un appartement. » Le logement de fonction sur la très chic Corniche, en bord de mer ? Très peu pour lui : « Pas pertinent pour un directeur d’hôpital », a-t-il jugé.  

Opinions

Economie

Jean-Marc Daniel

Chronique

Stefan Barensky

Economie Appliquée

par Valérie Plagnol

Edito

Anne Rosencher

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici