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mercredi, juillet 6, 2022

EXCLUSIF. Le palmarès des universités qui promeuvent le plus les pseudo-thérapies

Diplôme universitaire (DU) d’aromathérapie à Rennes ou Limoges, de mésothérapie à Clermont-Ferrand, d’art-thérapie à Poitiers ou Grenoble, ou encore de taï-chi thérapeutique et d' »auriculothérapie scientifique » (sic) à Paris : les pratiques de soins les plus farfelues continuent de trouver leur place dans les programmes des facultés françaises.  

L’offensive voilà trois ans d’une poignée de médecins contre le remboursement de l’homéopathie et l’enseignement à l’université de pratiques non validées par la science avait pourtant fait grand bruit. La tribune de ce qui allait devenir le collectif Fakemed, parue le 18 mars 2018 dans Le Figaro, puis la publication dans nos colonnes quelques mois plus tard d’un appel de la même teneur, signé par 131 académiciens, avaient suscité un large débat et conduit à la fin de la prise en charge par la collectivité des petits granules. 

Mais pour ce qui concerne la porosité des universités aux pseudo-thérapies, les résultats se sont révélés plus modestes. En témoigne l’enquête réalisée cet été par les membres de Fakemed, dont L’Express présente les résultats en exclusivité : le collectif a examiné à la loupe les offres de formation continue des facultés, mais aussi leurs partenariats, ainsi que les prises de position de leurs dirigeants sur ce sujet, et les conclusions sont sans appel. « Les diplômes d’homéopathie paraissent moins nombreux qu’il y a trois ans, mais malheureusement, en dehors de quelques endroits, le ‘ménage’ s’est arrêté là », déplore le Dr Cyril Vidal, président du collectif.  

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A Strasbourg, de l’anthroposophie en formation continue

Parmi les universités les plus ouvertes aux pseudo-sciences (voir ci-dessous), celle de Strasbourg. Cas unique dans l’Hexagone, on trouve même sur son campus des séminaires de médecine anthroposophique (4 en 2020-2021). Une pratique dont les principes se révèlent pourtant dénués de tout fondement rationnel : les maladies seraient le résultat d’un déséquilibre entre les niveaux biologique, psychologique et spirituel de l’homme. « Cela relève de la formation continue. Ces enseignements ne donnent pas un droit d’exercice, il s’agit d’offrir une ouverture d’esprit. Je ne vois pas pourquoi la médecine anthroposophique, pratiquée notamment en Allemagne, devrait être censurée », défend le doyen de la faculté de médecine Jean Sibilia. Ce n’est pas tout : la faculté alsacienne propose aussi un « diplôme d’université de médecine, méditation et neurosciences » ou encore un « diplôme interuniversitaire (DIU) d’acupuncture obstétricale ». « Nous avons retrouvé assez fréquemment ce type de formation, alors que cette pratique n’a jamais fait la démonstration de son efficacité », regrette Cyril Vidal.  

Pour réaliser ce classement, le collectif fakemed a tenu compte des diplômes de formation continue, des consultations dans les CHU, des positions prises par les responsables universitaires, et des partenariats en lien avec des pseudo-thérapies (voir méthodologie détaillée ci-dessous).

L’Express

A l’été 2019, les doyens des facultés avaient pourtant annoncé travailler à une charte pédagogique. « Mais depuis, nous avons eu beaucoup de sujets à gérer, avec en particulier la réforme en profondeur de la formation initiale. Nous sommes attentifs à ce que ne soient délivrés que des enseignements basés sur des preuves scientifiques, mais il faut reconnaître que cette problématique, même si elle est importante, est passée au second plan ces deux dernières années », constate le Pr Patrice Diot, président de la Conférence des doyens de médecine.  

Les universités avancent avec d’autant plus de prudence sur cette question que la popularité des « médecines alternatives » alimente la demande en formation, et que ces DU et DIU représentent des sources de financement non négligeables. « Il s’agit de cursus payants, facturés plusieurs centaines, voire plus d’un millier d’euros », rappelle Thomas Gille, maître de conférences, praticien hospitalier et membre du collectif Fakemed. « C’est une rentrée d’argent conséquente, même si une partie des fonds sert à rémunérer les intervenants. » La pérennité de ces enseignements dans le giron des facultés ne va pourtant pas sans poser de questions.  

La caution universitaire apporte en effet une forte légitimation à ces « thérapies » mais aussi à ceux qui les pratiquent. « Pour constituer les équipes des DU, on peut faire participer des non-universitaires. C’est ainsi que l’on se retrouve parfois avec des pseudo-thérapeutes qui peuvent faire valoir auprès de leur clientèle qu’ils enseignent à l’université. Cela leur donne du crédit », soupire Cyril Vidal. Les responsables universitaires envisagent-ils enfin de se saisir du sujet ? Le Pr Patrice Diot préfère botter en touche : « Avec le suivi des adaptations du premier cycle et la réforme du deuxième cycle des études de médecine, ce ne sera peut-être pas la grande urgence des mois qui viennent. » Les pseudo-thérapeutes ne sont pas près de quitter les bancs des facultés… 

Fakemedomètre 2021 : La méthodologie

Pour établir le classement des universités en fonction de leur porosité aux pseudosciences, le collectif Fakemed a pris en compte les diplômes de formation continue aux pratiques de soins non conventionnelles proposés par les différentes structures, les consultations proposées au sein des CHU de rattachement (puisque les étudiants y réalisent une partie de leur cursus), les prises de position publiques des doyens ou de responsables universitaires, et les partenariats passés par les structures. Plus le nombre de points est élevé, plus la porosité est forte. 

Les points ont été attribués de la façon suivante :  

Formations : quatre points pour un diplôme interuniversitaire (DIU) ou un diplôme d’études supérieures universitaires ; trois points pour les diplômes universitaires ; toutes les autres formations rapportent 2 points.  

Centres hospitaliers universitaires (CHU) : Toute consultation mettant en valeur des pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) rapporte 1 point à l’université à laquelle est rattaché le CHU. 

Direction des universités : Dans cette partie, des points ont été attribués en raison des prises de position publiques du doyen ou de responsables universitaires en faveur de pseudosciences ou de pseudo-thérapies. 

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Partenariats : Tout partenariat avec une structure faisant la promotion voire le commerce de pratiques de soins non conventionnelles rapporte 3 points. 

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