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vendredi, juillet 1, 2022

Eric Caumes : « Sur le front de l’épidémie, le gouvernement prend désormais les bonnes décisions »

L’Express : Alors qu’ils ne représentent que 15% de la population, ces Français qui ne veulent pas de la vaccination ne cessent d’être au coeur de l’actualité. Les médias en font-ils trop, ou pensez-vous que cette minorité représente un vrai problème autant d’un point de vue sanitaire que sociétal ?  

Eric Caumes : Malheureusement, je serais plutôt du deuxième avis. Ces antivax sont un reflet de l’état d’une société qui est plus tournée sur l’individu que la collectivité. Ce qui n’est jamais bon quand on a une épidémie à gérer. La santé publique, c’est la collectivité, ce n’est pas l’individu roi. D’ailleurs, cette épidémie, depuis le début, est un révélateur de nos fractures sociétales.  

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Il est complètement logique que ce soient désormais les non-vaccinés qui sont majoritairement hospitalisés. Hélas, ces patients sont souvent en opposition contre le discours scientifique. Après, nous médecins n’avons pas non plus toujours été d’une transparence absolue. Il est vrai que nous nous sommes un peu « emballés » sur l’efficacité du vaccin. Nous avions des raisons d’être optimistes, il était très performant sur le variant Alpha ou Beta. Malheureusement, sur le variant Delta, il marche moins bien. Cela confirme qu’avec cette épidémie, la vérité d’un jour n’est pas toujours celle du lendemain. Ces évolutions peuvent perturber les gens. 

Mais il faut qu’on leur explique correctement que la vaccination contre ce variant Delta fonctionne certes un peu moins bien, mais que l’essentiel est quand même assuré. Le vaccin réduit considérablement les hospitalisations et les admissions en réanimation. L’exemple de la Martinique et de la Guadeloupe est édifiant, tout comme celui de Marseille. Dans les endroits où on ne se vaccine pas, on va en réanimation. Même si le vaccin est moins efficace contre le variant Delta, ce n’est donc pas une raison pour le remettre en cause. 

Vous évoquez le cas de Marseille. Le discours de Didier Raoult s’est, ces dernières semaines, radicalisé sur la question de la vaccination. Il a notamment déclaré que la vaccination actuelle était peu ou pas efficace contre le risque d’infection, mais qu’en plus, rien ne prouverait qu’elle diminuerait la gravité de la maladie… 

Didier Raoult a une lourde responsabilité dans cette épidémie. Il s’est fait le porte-parole des antisystème, et a quand même dit beaucoup d’âneries. Je vous rappelle qu’il ne croyait pas au départ au vaccin contre le Covid-19. J’ai vraiment du mal à le suivre. J’avais essayé d’être objectif sur son cas, en soulignant qu’il avait quand même accompli des choses dans sa carrière de microbiologiste. Mais là, il est devenu le héros de la France des Gilets jaunes, des antivax, des partisans de la théorie d’un Lyme chronique… Didier Raoult a complètement dérapé.  

« L’exécutif a fait preuve d’un vrai courage »

Des opposants au passe sanitaire déplorent « l’amalgame » fait entre antivax et anti-passe sanitaire . Est-ce légitime de faire la distinction?  

Je ne vous cache pas mon soutien au passe sanitaire. Je comprends que cette mesure puisse être interprétée comme une atteinte à la liberté individuelle. Après, il faut quand même rappeler plusieurs choses. Premièrement, la Déclaration des droits de l’homme précise bien que la liberté individuelle consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Or, durant une épidémie, on ne peut pas faire ce qu’on veut. Deuxièmement, le passe sanitaire a, sans conteste, servi à faire prendre conscience aux gens qu’il est essentiel de se faire vacciner pour le bien collectif. Surtout, ce passe permet de reprendre des activités économiques, sportives ou culturelles dans une certaine sécurité, sans qu’on ne prenne le risque de se faire accuser d’être à l’origine d’un cluster dans une salle de théâtre ou de cinéma. 

De toute façon, dans une épidémie, la réponse ne peut être que collective, et pas individuelle. Il est urgent que nous changions de boussole. Cette société vire vraiment à l’individualisme forcené, au détriment d’autrui. Pour moi, cela frise l’incivisme.  

Au début de la campagne vaccinale, le gouvernement français a été critiqué pour son retard par rapport à des pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou Israël. Mais depuis l’instauration du passe sanitaire, la couverture vaccinale de la France a dépassé celle de ces nations longtemps présentées comme modèles. Nous en sommes à près de 50 millions de primo-vaccinés… 

Au niveau politique, je trouve que l’exécutif a fait preuve d’un vrai courage. Ce passe sanitaire est complètement justifié sur le plan de la santé publique. Autant je trouvais le gouvernement plutôt mauvais au départ de cette épidémie, autant là il prend les bonnes décisions. Macron a bien compris l’enjeu de la vaccination, et l’importance d’une réponse collective, en faisant fi des individualismes. A mes yeux, c’est très positif.  

« Il devrait y avoir un consensus dans la classe politique sur la vaccination »

77% des Français adultes ont à l’heure actuelle reçu leurs deux doses. Alors que l’immunité collective s’éloigne de fait du variant Delta, cela reste-t-il important de vacciner l’ensemble de la population, et de convaincre les indécis ?  

Quand on augmente la couverture vaccinale, on diminue la circulation du virus. Cela fait moins de personnes infectées, même avec ce variant Delta. L’important, c’est d’éviter à tout prix que les gens soient hospitalisés ou entrent en réanimation. Malheureusement, le vaccin ne va pas empêcher les infections, mais celles-ci seront moins graves. On arrivera à l’immunité collective plus lentement que prévu. Mais on va y arriver ! Jusque-là, l’essentiel est d’avoir le minimum de casse, en évitant l’encombrement du système hospitalier. L’exemple de la Martinique et de la Guadeloupe appuie quand même tout ce que ne cessent de dire les médecins. C’est la démonstration, à une petite échelle, de ce qui peut arriver quand on ne vaccine pas en masse. 

A l’image de Jean-Luc Mélenchon, des opposants à Emmanuel Macron entretiennent des positions ambigües sur la vaccination. Qu’en pensez-vous?  

Le problème qui pollue le débat, c’est la campagne électorale. J’ai envie de demander à Jean-Luc Mélenchon: « au final, vous êtes vacciné ou pas ? ». S’il est intelligent, il l’est. En s’opposant au passe sanitaire, il est sur son créneau électoral. Mais il s’est aussi montré ambigu sur le vaccin, en sachant qu’une partie de ses soutiens y est opposée. J’ai l’impression que Marine Le Pen est, elle, plus claire sur la question du vaccin, tout en étant opposée au passe sanitaire. 

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Mais cette politisation d’une question de santé publique est regrettable. On est déjà en campagne électorale depuis quelques mois, et cela va s’accentuer. Or il devrait y avoir un consensus dans la classe politique, en expliquant de manière forte qu’il est dans l’intérêt de la collectivité que tout le monde aille se vacciner. Les écologistes me déçoivent d’ailleurs. Ils se disent pour la vaccination, mais contre le passe sanitaire. Cela dit, c’est déjà un progrès par rapport aux habituelles positions de l’eurodéputée Michèle Rivasi sur le sujet, qui est obsédée par « Big Pharma », et qui là-encore, ne défend la vaccination que pour les plus vulnérables… 

Opinions

Economie

Jean-Marc Daniel

Chronique

Stefan Barensky

Economie Appliquée

par Valérie Plagnol

Edito

Anne Rosencher

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