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jeudi, août 18, 2022

En Allemagne, un an de vaccination contre le Covid : « La pandémie ne sera pas finie en 2022 »

Avec plus d’un million de doses injectées par jour, juste avant la période de Noël – soit environ 12 personnes à la seconde – la campagne de rappel contre le Covid-19 va bon train en Allemagne. Comme en France ou ailleurs sur la planète, et malgré un an de vaccination, l’émergence de nouveaux variants (Delta, Omicron…) a repoussé l’espoir d’un retour à la « vie d’avant ». Et invoqué ce besoin en « booster » d’immunité. Les similitudes entre l’Allemagne et la France vont plus loin. Depuis l’apparition de la maladie au printemps 2020, nos voisins ont commandé toutes leurs sérums via l’Union européenne, et ont respecté à la lettre les recommandations de l’Agence européenne du médicament avant de les injecter.  

Pourtant, les différences entre les deux pays sont aussi importantes. Moins impactée par les différentes vagues depuis le début de l’épidémie, l’Allemagne a récemment souffert d’une très forte flambée épidémique, avec des records de contaminations et de décès à la clé. Puis, la défiance vaccinale s’est intensifiée, au point de devenir l’une des plus importantes d’Europe occidentale. Aujourd’hui, l’Allemagne peine encore à convaincre de nouvelles personnes de se faire immuniser avec une piqûre. Le regard du professeur à l’université de Göttingen, Matthias Klumpp, expert en logistique pharmaceutique et en management des services de santé, observateur aiguisé de cette longue campagne de vaccination. 

L’Express : Depuis son top départ le 26 décembre dernier, la vaccination a-t-elle été un succès en Allemagne ? 

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Matthias Klumpp : La campagne de vaccination a été plutôt bonne. Je pense cependant que nous avons eu deux principaux problèmes. Le premier c’est que nous avons eu un départ relativement lent. Nous avons commencé en décembre, mais nous n’avons atteint des chiffres élevés d’injections que quatre mois plus tard environ, vers avril, concordant avec la mise en activité des centres de vaccination. Un peu comme en France finalement. Le deuxième problème, c’est qu’après août 2021, le rythme des injections a significativement baissé. Il y avait de la défiance. Mais on a surtout fermé les centres de vaccination.  

En ce qui concerne les rappels, intervenus un peu plus tard, c’est une vraie réussite. Depuis octobre, plus de 35% de la population déjà double vaccinée a reçu un booster. Les Allemands en voient le besoin, en raison d’une très forte quatrième vague de Covid. Tout le monde dispose d’un ami, d’un proche qui a attrapé la maladie à cette occasion. La motivation a donc augmenté. Nous avons cependant appris « à la dure ». 

 

Si vous ne pouvez pas lire le graphique cliquez ici. 

Quelles étaient vos craintes avant le début de la vaccination en Allemagne ? 

Je m’attendais à ce départ plutôt lent pour des raisons logistiques, les conditions de conservation des sérums étaient spéciales et nécessitaient pour certains du froid. Et c’est ce qu’il s’est passé, donc. Ma deuxième peur c’était que l’on ne touche pas assez de monde. Mais là, ce n’était pas un problème de logistique, tout simplement de confiance. Un problème qui atteint d’ailleurs tous les locuteurs en langue allemande, car l’hésitation vaccinale est également forte en Autriche ou encore en Suisse. 

Le phénomène apparaît étonnant, vu de France, où l’intérêt pour la vaccination était très faible avant le début de la campagne. Aujourd’hui, la France est légèrement en avance sur le nombre de vaccinés en proportion (76% de la population immunisée, contre 70 en Allemagne). 

Comme vous le dites. On aurait pu penser que l’Allemagne atteigne des niveaux élevés de vaccination. Le phénomène reste encore difficile à comprendre, étant donné que nous n’avons pas fait face à des problèmes sanitaires du même genre par le passé. Je tenterais d’expliquer cela par la perte de confiance dans le gouvernement ces dernières années et dans les politiciens en règle générale. La campagne de vaccination a avant tout été menée par le politique, ce que je comprends totalement vu la vitesse à laquelle cette crise a émergé. Après, il aurait été bon d’en confier davantage le soin à des docteurs et des experts de santé. Tout le monde croit encore son médecin. Du moins, je l’espère. L’arrivée du nouveau gouvernement est peut-être une chance de convaincre les derniers réfractaires. Si l’on enlève les personnes que l’on ne peut vacciner, ceux qui ont guéri depuis moins de six mois, il reste encore 15 à 20% de la population à aller chercher. 

Comment voyez-vous l’année à venir. Avec de nouveaux vaccins ? De nouveaux besoins logistiques face à la pandémie ? 

De toute façon, nous devons utiliser tous les outils que nous avons sous la main. En ce moment, ce sont les boosters. Demain, ce seront effectivement de nouveaux vaccins spécialement développés contre des variants comme Omicron. Le message le plus important à mon sens est d’informer la population, de rendre lisible le fait que le combat continue. La pandémie ne sera pas terminée au printemps 2022. Le variant va muter, encore et encore. 

Comme la grippe, le Covid est là pour longtemps.

On doit donc élaborer un système de vaccination, comme pour la grippe. En Allemagne, 23% des personnes se font vacciner chaque année contre cette maladie, surtout des personnes âgées. On peut s’adapter pour en faire une dose contre le Covid-19, chaque année, pour éviter des confinements et des vagues comme nous l’avons vu. La logistique sera très importante, les politiciens ne l’ont peut-être pas tous compris d’ailleurs.  

Nous devons décentraliser. Dernièrement, le nouveau ministre de la Santé a encore commandé 20 millions de doses. Une seule personne est responsable du réapprovisionnement pour toute l’Allemagne, ce n’est pas tenable. Autre problème : on stocke les vaccins dans nos locaux militaires. Ça non plus, ce n’est pas tenable. Même à l’échelle européenne, enfin, c’est la Commission seule qui négocie avec les laboratoires. Face à ce challenge, à long terme, on se doit d’être bien plus flexible. La centralisation des décisions était logique au début de la crise, dans l’urgence, nous nous devons maintenant d’évoluer. 

Quelles leçons avez-vous apprises après un an de vaccination ? 

Malgré l’hésitation, nous ne sommes pas en retard en termes de couverture vaccinale, production de vaccin, distribution. Mais on peut le voir au Royaume-Uni, ou ailleurs, cet outil, même s’il représente notre principal espoir, ne suffit pas. En Allemagne, 70% de la population est vaccinée, ce qui n’a pas empêché le plus gros pic de contaminations de survenir.  

Notre haut taux de mobilité demeure notre grande vulnérabilité.

La preuve nous a encore été apportée par le variant Omicron, venu tellement vite d’Afrique australe. Nos fondamentaux, aujourd’hui, à savoir notre liberté de mouvement, notre tourisme, notre commerce international, nous rendent vulnérables. On doit donc développer de meilleurs systèmes de surveillance pour contrer le virus, être plus conscient encore qu’il s’agit d’un problème global.  

Deux points vont définir notre futur : serons-nous en mesure de vacciner le monde entier ? Moins de 15% des habitants du continent africain, par exemple, ont reçu au moins une dose. Sommes-nous capables de rendre les vaccins disponibles ? Dans nos recherches logistiques, nous tentons actuellement de savoir comment rapprocher la production des sérums vers les pays qui en ont le plus besoin. Nous devrions être capables de ramener la production en quelques semaines dans un pays, prenons l’Afrique du Sud dernièrement victime d’Omicron. Puis le distribuer plus rapidement, dans des régions ciblées. Les contrats entre la Commission européenne et les laboratoires devraient normalement le permettre, sans forcément qu’il soit question de lever les brevets.  

Notre responsabilité est grande en Europe, notamment vis-à-vis de ceux qui ne peuvent pas bénéficier du vaccin. C’est malheureux en Allemagne qu’on puisse vacciner à tour de bras et que certains n’en veuillent pas alors que, dans d’autres pays, de nombreuses personnes n’aient pas les moyens de s’en procurer. L’opinion publique allemande commence à gronder à ce sujet. J’ai mené une étude (préprint, pas encore revue par les pairs) à ce sujet : les approches politiques et les décisions favorisant des niveaux de redistribution plus élevés seraient soutenues par l’opinion publique du pays. 

Rationalité, pragmatisme, efficacité… L’Allemagne a semblé plutôt efficace pendant plusieurs mois, avant de connaître des moments difficiles. Comment peut-elle redevenir un exemple dans la lutte contre le Covid-19 ? 

Quand on regarde un peu en arrière, on se rend compte qu’il n’y a eu aucune bonne stratégie sur le long terme. Au lancement de la vaccination, on regardait avec admiration Israël, le Royaume-Uni, qui allaient très vite dans ce domaine. En Allemagne, nous étions contents d’avoir eu quelques vagues sans que notre système hospitalier ne soit mis à rude épreuve, et en limitant le nombre de morts par rapport à nos voisins européens. Puis, Israël a aussi connu des moments difficiles, le Royaume-Uni également. Nous aussi, enfin, lors de notre quatrième vague. La pandémie change tellement vite qu’il faut s’adapter en permanence, toutes les semaines, tous les mois. Cela crée de l’insécurité, c’est certain. Omicron a été repéré il y a quatre semaines, la vague est déjà à nos portes. Il est impossible de savoir ce qu’il va se passer dans trois mois. 

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Cette insécurité nourrit aussi les extrêmes, les fake news… Et finalement, alimente cette défiance qui pénalise l’Allemagne sur le plan vaccinal. 

Un membre du parlement du parti d’extrême droite AfD, anti-restrictions, anti-vaccin, Bernd Grimmer, est récemment décédé du Covid. Je crois que quelque chose est en train de se passer. En Allemagne, on remarque petit à petit que les positions extrêmes et populistes aident encore moins face à l’épidémie. Que leur positionnement est le plus mortel qui soit. L’un des exemples les plus flagrants étant pour moi le cas du nouveau ministre de la Santé, l’épidémiologiste Karl Lauterbach. L’homme s’est fait remarquer sur les plateaux de télévision, dans les médias, par ses analyses sur l’épidémie, mais aussi par un style particulier, alternant des opinions alarmistes sur la gestion de l’épidémie, et affirmant son souhait de rendre la vaccination obligatoire. On aurait pu penser qu’il agaçait, qu’il clivait. Et pourtant, sa cote de popularité est énorme à son entrée en poste. On comprend que les faits, la science rigoureuse, sont bien les meilleures façons d’aider les gens. 

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