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mardi, juillet 5, 2022

Dominique Vignon : « Il nous faut de l’éolien dans notre mix énergétique »

Sale temps pour les éoliennes. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le Sénat a voté le principe d’un droit de veto pour les maires ne souhaitant pas l’implantation de ce type d’équipement sur leurs communes. La veille, une trentaine d’associations du Nord de la France dénonçaient une saturation de leur région en éoliennes et demandaient un moratoire sur leur installation. Dominique Vignon, ancien pdg de Framatome et membre de l’Académie des technologies, nous explique pourquoi la France doit compter sur l’énergie du vent, malgré les nombreuses critiques liées à son utilisation.  

L’Express : Les projets d’implantation d’éoliennes font l’objet de nombreuses contestations. La saturation évoquée par certains opposants est-elle une réalité ?  

Dominique Vignon : Aujourd’hui, on ne peut pas dire objectivement qu’il y ait une saturation dans l’ensemble du pays. Rapporté à la surface du territoire, il doit y avoir trois fois moins d’éoliennes en France qu’en Allemagne. Cependant, la répartition des installations dans notre pays est loin d’être homogène. On trouve ainsi beaucoup plus d’éoliennes au km2 dans les Hauts-de-France et dans la région du Grand Est que dans le sud-ouest du pays qui bénéficie pourtant de conditions bien ventées. Ces écarts nourrissent des craintes et trouvent un large écho dans les médias. 

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D’autant que le gouvernement souhaite fortement développer l’éolien dans les années qui viennent. Selon la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, la puissance installée de ce secteur en France passerait de 15 gigawatts (GW) en 2015, à 33,8 en 2028, soit un peu plus qu’un doublement. Le gestionnaire du réseau RTE a lui aussi produit des scénarios pour tenir compte des engagements de la France en matière d’émissions de CO2. Ainsi, à horizon 2050, dans l’hypothèse d’un abandon du nucléaire, la puissance installée des éoliennes à terre serait multipliée par 4 par rapport au niveau actuel, et la puissance installée des éoliennes en mer augmenterait d’un ordre de grandeur équivalent, soit au total une multiplication par huit (pour le solaire, dans ce cas de figure, il est prévu une multiplication par 20). Un tel déploiement est-il réaliste, compte tenu de l’opposition actuelle ? On peut se le demander. Toutefois, cela ne change pas le constat de fond : il nous faut de l’éolien dans le mix énergétique. 

D’un côté, les éoliennes peuvent participer à la lutte contre le réchauffement climatique. Mais de l’autre, il serait contre-productif de les substituer au nucléaire dont l’énergie est déjà décarbonée. Comment trancher ce débat autour de leur utilité ?  

La question la plus importante à se poser est : quelle sera la demande d’électricité à horizon 2050 ? A cette date, la France a pour objectif d’être climatiquement neutre. Or ce que nous savons, c’est que la demande d’électricité va croître. Actuellement, elle est de l’ordre de 475 térawattheures (tWh) par an mais les deux tiers de la consommation d’énergie en France proviennent du gaz et du pétrole. A horizon 2050, selon le scénario de référence de RTE, la demande d’électricité passerait à 650 tWh. Il faudra en effet plus d’électricité pour compenser le déclin des hydrocarbures. Cependant, à l’Académie des technologies, nous pensons que les besoins seront encore plus importants : 730 TWh environ, c’est-à-dire 60% de plus par rapport à la consommation actuelle. Et encore, ce calcul tient compte d’économie d’énergies importantes qui seront réalisées dans le futur ! Dans ce contexte, dire que l’on doit se passer de l’éolien est absurde. Il en faudra pour contribuer à assurer la croissance de la demande énergétique.  

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Quel serait donc le mix énergétique idéal pour la France ?  

Pour l’instant, le gouvernement ne nous dit pas quelle sera la répartition entre énergie renouvelable et non renouvelable. Or cette information détermine le reste. Si vous avez 50% de nucléaire, vous n’avez pas trop de difficultés à boucler tout le système avec une quantité d’éoliennes qui reste acceptable. En revanche, si vous voulez faire du zéro nucléaire, alors cela devient extrêmement difficile. C’est peut-être même irréalisable s’il n’y a pas des décisions courageuses en matière d’investissement public. Car avec l’éolien, nous sommes confrontés à une série de contraintes. En France, on fait de l’assemblage des éoliennes. Il n’y a pas de production de leurs composants. Par ailleurs, les éoliennes sont une source d’énergie intermittente. Pour contourner cette difficulté, il n’y a qu’une solution : stocker l’énergie. Mais il faudrait pouvoir le faire sur une vingtaine de jours afin de passer les périodes sans vent. La seule technologie pour cela, c’est l’hydrogène : on convertit de l’électricité en hydrogène et on convertit ce dernier plus tard en électricité lorsqu’on en a besoin. Le problème ? Le rendement de cette chaîne est à peine de 25%. Donc il faut produire 4 fois plus d’électricité que ce qu’on va utiliser. Il faut aussi disposer de capacités de stockage très importantes. Tout ceci a un coût. Nous estimons que cela pourrait doubler ou tripler la facture de l’électricité éolienne. Mais il faut le dire aux Français : l’idée selon laquelle l’éolien ne coûte pas cher et crée beaucoup d’emplois est un mythe. La France a loupé le coche de la production des éoliennes sur son territoire et de manière générale, la transition énergétique coûtera cher.  

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