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mardi, juillet 5, 2022

Dôme de chaleur en Amérique du Nord : « Nous entrons dans l’ère des méga-canicules »

Hors norme par les températures qu’il entraîne, le dôme de chaleur qui frappe le Canada et les Etats-Unis est un phénomène bien connu des scientifiques. Il s’est déjà produit à plusieurs reprises dans le passé – y compris en France – et pourrait voir sa fréquence augmenter dans le futur. Serge Zaka, chercheur en agroclimatologie pour l’entreprise d’innovation agronomique ITK, fait le point pour L’Express sur ce phénomène à la fois meurtrier pour l’homme, les forêts et les cultures. 

L’Express : au fil des jours, la température continue de grimper sous le fameux dôme de chaleur canadien. La barre des 50 degrés n’est plus très loin. Comment l’air peut-il rester bloqué et monter à ce point en température ?  

Serge Zaka : On est sur un phénomène classique. Le dôme de chaleur se forme quand le jet-stream – un courant d’air qui fait le tour de la planète – suit un trajet sinusoïdal (un peu comme un serpent, NDLR). Dans la partie haute de ces oscillations qui remontent vers le Nord, l’air se retrouve piégé. Il se forme alors un anti-cyclone extrêmement puissant qui se traduit par une absence de nuages mais aussi par une compression de l’air au niveau du sol, ce qui contribue à la montée des températures. Toutes proportions gardées, il se produit la même chose lorsque vous gonflez un pneu de voiture avec un compresseur : la pression exercée sur l’air génère de la chaleur. 

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L’ampleur et la durée d’un dôme de chaleur peuvent varier. Cependant, lorsqu’il se met en place, ce n’est pas à un niveau local mais à l’échelle d’un continent. On l’a vu en Europe en 2003 lorsque la canicule a touché plusieurs pays. En France, un nouveau record national de température (44°C) a été établi. Dans la ville d’Auxerre, le thermomètre a affiché plus de 40 degrés pendant sept jours et la vague de chaleur dans le pays s’est traduite par 15 000 décès. Ces records ont malheureusement été battus en juin 2019. A ce moment-là, nous sommes passés de 44 à 46 degrés ! Deux degrés de plus d’un coup. Ce n’est pas rien ! Au Canada aussi, l’ancien record national vient d’être battu de … 4,6 degrés. C’est inquiétant : aucune entité vivante dans cette partie du globe n’est habituée à ce genre de températures extrêmes dignes d’une zone désertique.  

Selon vous, nous sommes entrés dans l’ère des méga-canicules. Que voulez-vous dire exactement ?  

Le terme « mega » renvoie au fait que, année après année, de nouveaux records sont battus. Statistiquement parlant, on est dans l’aberration et tellement loin des séries de données habituelles qu’on pourrait se demander s’il n’y a pas un bug dans les mesures. Ainsi, au lieu de produire des températures comprises entre 40 et 45°C, les dômes de chaleur vont plutôt se traduire, désormais, par des valeurs comprises entre 45 et 50°C. Ici, le réchauffement du climat joue un rôle d’amplificateur. Ce n’est pas lui qui crée le phénomène de dôme. Mais il induit une température plus élevée à l’intérieur car au fil du temps, les masses d’air deviennent plus chaudes. Les scientifiques soupçonnent aussi le changement climatique d’avoir un effet déformant sur le jet-stream. Celui-ci ondulerait davantage, créant ainsi plus souvent les conditions d’un dôme de chaleur. Cette théorie n’est pas encore validée par l’ensemble de la communauté scientifique et il faudra sans doute plusieurs années de recherche avant de trancher cette question. Mais ce que l’on observe un peu partout sur la planète va dans ce sens.  

Au-delà des conséquences sur la santé humaine, que peut-on dire de l’impact des dômes de chaleur sur les végétaux ?  

C’est effectivement un sujet qui pourrait monter dans l’actualité à mesure que le dôme de chaleur observé au Canada se déplace vers l’Est. Jusqu’ici, celui-ci couvrait surtout des régions montagneuses où il n’y avait pas forcément beaucoup de cultures. Mais dans les jours qui viennent, il devrait se déplacer vers des zones assez agricoles. On risque alors de se retrouver avec des températures supérieures à celles que peuvent supporter certaines espèces d’un point de vue génétique. En Juin 2019, on avait parlé, en France, de l’effet sèche-cheveux : les plantes se desséchaient sur pied. Les 46°C s’étaient traduits par des brûlures extrêmement graves sur la vigne et l’ensemble des cultures. Des espèces avaient perdu la majorité de leur feuillage en quelques heures.  

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A plus long terme, il faudra aussi surveiller la fatigue végétale des forêts. Au Canada, les arbres ne vont pas mourir immédiatement contrairement à ce qui peut se passer pour le blé et pour le maïs exposés à une forte chaleur. Cependant, à force de subir des sécheresses répétées, l’arbre devient davantage sujet à la maladie ou à la mort. Et plus il devient sec, plus le risque d’incendie s’accroît. 

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