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jeudi, août 18, 2022

Doit-on s’inquiéter d’une épidémie de Covid-19 chez les cerfs ?

Après les visons, doit-on s’inquiéter d’une épidémie de Covid chez les cerfs ? Selon une étude prépubliée sur le site biorxiv.org, ces mammifères servent déjà de réservoir au virus. En tout cas aux Etats-Unis. Pour en avoir le coeur net, les chercheurs américains ont effectué des tests RT-PCR sur des prélèvements réalisés sur 283 animaux (132 captifs et 151 en liberté) dans l’Iowa. Résultat : environ un tiers des ganglions lymphatiques analysés contenaient le matériel génétique du SARS-Cov-2. Le taux de contamination au Covid aurait notamment grimpé en flèche fin 2020 en pleine période de chasse.  

C’est la première fois qu’une étude fait état d’une telle épidémie de Covid chez les animaux sauvages. Jusqu’ici les contaminations les plus problématiques concernaient les élevages intensifs de visons : des soigneurs atteints par le Covid avaient d’abord contaminé des bêtes ; le virus s’était ensuite propagé parmi les animaux puis il était passé à nouveau vers l’homme, obligeant les autorités sanitaires de plusieurs pays à procéder à un abattage massif.  

Doit-on s’attendre à une succession d’événements similaires avec les cerfs de l’Iowa ? « Nos travaux soulèvent la possibilité de zoonose inverse (c’est-à-dire de la transmission d’un agent pathogène de l’animal vers l’homme, NDLR) », préviennent les auteurs. Mais ce n’est pour l’heure qu’un scénario hypothétique. « Attention il s’agit d’un travail prépublié, réagit Muriel Vayssier-Taussat chef du département santé animale à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Il faudra donc que l’étude soit examinée de près par d’autres scientifiques et que les résultats soient confirmés. « Sur ce sujet-là, il y a déjà eu des études qui ne tenaient pas la route d’un point de vue méthodologique », constate la scientifique. Cependant, ce n’est pas la première fois que les cerfs américains sont pointés du doigt comme réservoir potentiel.  

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En juillet dernier, une autre étude américaine, prépubliée sur le site biorxiv.org, concluait que 40% des cerfs à queue blanche analysés dans les États de l’Illinois, du Michigan, de New York et de Pennsylvanie possédaient des anticorps contre le Covid, signe qu’ils avaient été contaminés. La nouvelle étude va donc dans le même sens que la précédente. Elle apporte aussi quelques éléments nouveaux : les chercheurs ont pu identifier dans les prélèvements plus d’une dizaine de lignées virales différentes, correspondant à celles circulant chez l’homme au même moment. Cette concomitance accrédite la thèse d’une contamination de l’homme vers l’animal, suivie d’une propagation du virus chez les animaux.  

Les chasseurs en faute ?

En revanche, elle n’explique pas comment des animaux en liberté ont pu être contaminés par l’homme. Le pic de cerfs testés positifs coïncide avec la saison de la chasse. Or les chasseurs ont a priori peu de contact avec les animaux puisqu’ils les tuent à distance. « On ne peut pas exclure des contaminations par les chasseurs chargés de réaliser les prélèvements avant qu’ils ne soient analysés en laboratoire. D’autant que le virus circule fortement dans les Etats concernés par l’étude. Peut-être aussi que la contamination s’est faite par les eaux ou la nourriture utilisée par les chasseurs pour attirer leurs proies », avance Alexis Lécu, responsable du groupe des maladies infectieuses pour l’association des vétérinaires de parcs zoologiques en Europe.  

L’étude américaine a en tout cas déclenché la vigilance des agences sanitaires. « Beaucoup d’échantillons vont être analysés pour voir si nous avons la même chose en Europe. Mais pour l’heure, cela ne correspond pas à la réalité de terrain, estime Alexis Lécu. Aucun cas par exemple de cervidés positifs en semi-captivité, c’est-à-dire dans les pâtures de plusieurs hectares. C’est dans les zoos que les animaux ont le plus de chance d’être en contact avec le virus, mais même dans cet environnement, les espèces les plus sensibles comme les grands singes, restent peu touchées jusqu’ici. Quand elles le sont, les signes cliniques passent vite. De fait, aucun primate concerné n’est mort des suites d’une infection », détaille le scientifique.  

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« Plus on teste et plus on risque de trouver des animaux positifs, explique Muriel Vayssier-Taussat. Toutefois, il n’y a pas pour l’instant de passage avéré d’un réservoir animal vers l’homme, en dehors de l’hypothèse de départ de la chauve-souris et des cas de transmission des visons à l’Homme ». Aux États-Unis, la vaccination dans les zoos a tout de même commencé. « Mais il y a plus d’animaux contaminés qu’en Europe et la balance risques /bénéfices y est différente », analyse Alexis Lécu. De ce côté-ci de l’Atlantique, nous ne sommes pas dans la même situation.  

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