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mercredi, juillet 6, 2022

Dernière étape du déconfinement : et si la France négligeait la contamination par aérosols ?

De l’importance de tout ouvrir à l’heure du déconfinement. Alors que la France a fait un nouveau pas vers une vie normale avec la réouverture, mercredi, des bars et restaurants en intérieur, de nombreux spécialistes soulignent l’importance de la ventilation pour lutter contre le Covid-19. Selon eux, ce mode de contamination a trop souvent été sous-estimé par les autorités françaises. 

« Sans parler de déni, la voie de contamination du Sars-CoV-2 par aérosols a été trop négligée depuis le début de la pandémie », souligne auprès de L’Express l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Les mesures actuelles sont-elles suffisantes pour accompagner les réouvertures ?  

Lente évolution

Pendant longtemps, les principaux modes de transmission du coronavirus identifiés étaient les gouttelettes, ainsi que les surfaces contaminées – d’où les recommandations de se laver fréquemment les mains au savon ou au gel hydroalcoolique, ou de ne pas se serrer les mains. Les scientifiques ont alors alerté sur un autre mode de transmission : les aérosols, c’est-à-dire les particules en suspension dans l’air. 

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En juillet 2020, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a finalement reconnu que « de nouvelles preuves confirment le potentiel de transmission aérienne du nouveau coronavirus, un aspect crucial à prendre en compte dans tout dispositif de réouverture des lieux publics ». 

« La contamination par aérosols ne se produit pratiquement qu’en milieux clos, mal ventilés, dans lesquels il y a du monde et où l’on passe plusieurs dizaines de minutes au moins », explique Antoine Flahault. Pourtant, le risque a souvent été oublié malgré les preuves avancées par les spécialistes. En octobre dernier, le président Emmanuel Macron avait finalement souligné l’importance d’aérer son logement, un geste simple (et une consigne parfois moquée), mais que certains pouvaient oublier de faire.  

« Incompréhensible point aveugle »

Les consignes restaient rares. « Pas un mot, et pour cause, sur cet incompréhensible point aveugle : l’aérosolisation n’a jamais été sérieusement prise en compte, ni dans les messages de santé publique, ni dans les faits, pendant plus d’un an », a dénoncé début juin dans Libération l’écrivain et médecin Christian Lehmann.  

« Il aura fallu quatorze mois pour que, peu à peu, au niveau international, l’aérosolisation soit enfin considérée comme une voie majeure de contamination, bien supérieure à la contamination manuportée. » Sur cette question, Christian Lehmann critique l’épidémiologiste Didier Pittet, auteur d’un rapport sur la gestion de la crise remis à Emmanuel Macron mi-mai.  

« Tout au long de la crise, il a farouchement combattu l’hypothèse de la contamination par aérosol », affirme Christian Lehmann. Didier Pittet, invité sur France Inter le 18 mai, a notamment déclaré : « Il n’y a aucune donnée scientifique sur [le pourcentage de contamination par] aérosols (…) Cette question restera en suspens »  

Sur cette question, l’homme a « une position à rebours du consensus scientifique », selon Le Monde. « Il s’avère qu’aujourd’hui on s’accorde à dire qu’il s’agit de la voie prédominante de transmission, si ce n’est la voie exclusive, et cela a des implications majeures en termes de mesures de prévention qui ont été le plus souvent retardées ou ont été notoirement insuffisantes », explique en effet Antoine Flahault à L’Express.  

Des protocoles suffisants ?

Le gouvernement a publié le 12 mai le protocole sanitaire pour les commerces qui ont commencé à rouvrir dès le 19 mai. Sur la ventilation des magasins, les commerces s’engagent à « aérer les locaux par une ventilation naturelle ou mécanique en état de marche. Lorsque cela est possible, privilégier une ventilation de la pièce par deux points distincts ». Autre consigne : « favoriser la mesure du dioxyde de carbone dans l’air. La mesure du CO2 dans l’air doit être effectuée à des endroits significatifs de la fréquentation et à des périodes de réelle fréquentation chargée », peut-on lire.  

Dans le détail, « au-delà de 1000 ppm, l’évacuation du local doit être proposée le temps d’une aération suffisante pour retrouver des niveaux de CO2 inférieurs à 800 ppm. La mesure du CO2 dans l’air doit être effectuée à des endroits significatifs de la fréquentation et à des périodes de réelle fréquentation chargée ». Avec ces chiffres, « on est encore loin d’un protocole de maîtrise du risque », a expliqué auprès de l’AFP Bruno Andreotti, professeur à l’Université de Paris et chercheur à l’Ecole normale supérieure. Fixer un seuil aussi élevé que 1000 ppm « n’est pas sérieux », selon lui. 

Les inquiétudes sont encore plus fortes après les réouvertures en intérieur, car le risque de contamination est beaucoup plus élevé, surtout dans les espaces insuffisamment ventilés. Les mesures sont-elles suffisantes ? « Dans un sens, comme il n’est pas possible de rendre l’atmosphère d’un espace clos aussi bien ventilée que l’atmosphère extérieure, on peut dire qu’aucune mesure n’est jamais ‘suffisante’. Car aucune de ces mesures ne ramène à zéro le risque de contamination en milieu intérieur », estime Antoine Flahault.  

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L’épidémiologiste cite les mesures suivantes permettant de réduire le risque de transmission : « le port (correct) du masque, les demi-jauges, la distance physique entre les personnes, la courte durée d’exposition et une ventilation appropriée. » Par ailleurs, selon lui, « lorsque le virus circule peu dans la communauté, comme c’est le cas en juin dans toute l’Europe, ou lorsque toutes les personnes présentes sont vaccinées ou sont guéries d’un Covid documenté, alors les risques de contamination sont considérablement réduits même si les mesures ne sont pas toutes appliquées ». 

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