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mercredi, juillet 6, 2022

Décès à 85 ans du chansonnier wallon Julos Beaucarne

Apôtre inconditionnel de sa région natale et de la chanson à texte, le compositeur laisse derrière lui un catalogue aussi prolifique que pacifique.

Il était l’un des plus grands chantres de la Wallonie. Le trouvère belge Julos Beaucarne s’est éteint samedi à l’âge de 85 ans, a annoncé dimanche la commune de Beauvechain (Brabant wallon), à proximité de laquelle s’était établi le chanteur. Né en 1936, ce barde humaniste et bienveillant, grand amoureux de la nature, passait pour le plus vénérable et le plus doux conteur du terroir wallon. Marqué à vie par le meurtre de sa femme, en 1975, le musicien aux 49 albums et plus de 500 chansons avait réagi en écrivant des mots poignants d’humanité, dans une lettre ouverte restée fameuse : «C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion».

La disparition de Julos Beaucarne a ému une partie de la classe politique belge francophone, à l’image de Bénédicte Linard, ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes : «“Faites semblant de pleurer, mes amis, puisque les poètes ne font que semblant d’être morts“ nous disait-il. Julos Beaucarne, poète wallon ou peut-être Wallon poète, entame un nouveau voyage non plus à la lisière mais au cœur de l’infini… Nous ferons donc semblant de pleurer…». Le commissaire européen liégeois Didier Reynders, a également fait part sur Twitter de sa tristesse : «Une voix, une poésie, un autre regard sur les êtres et le monde, Julos s’en est allé et mes pensées vont à ses proches comme à celles et ceux qui le garderont toujours dans leurs souvenirs…»

Un amoureux du verbe

Chanteur prolifique, Julos Beaucarne a gardé tout au long de sa vie, chevillé au corps, un amour profond pour la langue wallonne et pour la littérature. Un temps étudiant en philologie romane, l’artiste aux longs cheveux se décrivait volontiers comme un «obsédé textuel», rapporte la RTBF. Il «colportait ses valeurs de la plus simple des manières : par des mots justes et sages emballés dans de la soie musicale», a également évoqué, dimanche, un communiqué de la mairie de Beauvechain. «Le wallon, ce champagne continuel du langage, cet esprit qui ne se prend jamais au sérieux et que les snobinards de service regardent du haut de leur grandeur avec leur langue pointue et pharmaceutique de discours académique. Si Louis XIV s’était installé à Namur, toute la France parlerait le wallon de Namur», écrivait le chansonnier en 1975, d’après une citation de la RTBF extraite de son premier recueil de poèmes Julos écrit pour vous.

L’engagement précoce du barde pour la cause environnementale et pour la protection de la biodiversité constituait une autre marotte de l’artiste belge. Composé en réaction à des mesures européennes qu’il estimait aller à l’encontre de l’environnement, son sixième album – éloquemment intitulé Front de libération des arbres fruitiers – avait décroché un disque d’or après sa sortie, en 1974. Julos Beaucarne se défendait, cependant, d’être un précurseur écologiste. «Lorsque j’ai lancé tout cela, je ne savais même pas que cela existait. Je ne me suis jamais retrouvé dans le style baba cool», confiait-il au journal La Croix, en 2007. Amoureux du vivant, le chanteur malicieux était enfin un personnage d’une tolérance sans borne. Son aphorisme le plus connu le résume bien : «Ton christ est juif, ta pizza est italienne, ton café est brésilien, ta voiture est japonaise, ton écriture est latine, tes vacances sont turques, tes chiffres sont arabes et… tu reproches à ton voisin d’être étranger !»

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