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mercredi, juillet 6, 2022

De la Lune à Mars… L’espace, ce nouveau refuge

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L’un rêve de coloniser Mars, l’autre parle de transhumance intersidérale. Elon Musk contre Jeff Bezos, ou l’histoire d’une rivalité sans fin. Le bouillonnant PDG de SpaceX veut envoyer 1 million de personnes sur la planète rouge d’ici à 2050. Voilà pour le dessein, présenté en 2016 à Guadalajara (Mexique) au 67e congrès international d’astronautique (IAC). A l’époque, Musk avait des accents messianiques : « L’humanité s’apprête à vivre des jours sombres, voire à disparaître du fait de l’avènement de l’Intelligence artificielle et de robots. » Pour la préserver, il convient donc d’établir une colonie martienne qui, dans un premier temps, dépendrait de la Terre pour « survivre » puis, au fil des années, deviendrait autonome et finirait vraisemblablement par faire sécession.  

Cinq ans plus tard, le milliardaire d’origine sud-africaine n’a pas changé ses plans malgré les railleurs – ceux-là même peut-être qui, en 2006, ne l’avaient pas pris au sérieux lorsqu’il leur avait annoncé vouloir se lancer dans la construction d’un lanceur surpassant tous les autres. Aujourd’hui, le Falcon 9 est bien la fusée qui domine le marché. Qu’en sera-t-il demain avec Mars, pour laquelle il promet une première mission humaine dès 2026 ? « Elon Musk est un génie des temps modernes qui allie les talents de visionnaire, de technicien, de financier et de politique », s’émerveille Richard Heidmann, fondateur de l’association Planète Mars.  

Surtout il va vite. Ces deux dernières années, la Starbase de Boca Chica (Texas) où travaillent des centaines de personnes, a changé d’envergure en s’étendant toujours plus : construction du pas de tir, puis de l’usine d’assemblage et actuellement édification d’une gigantesque tour d’où s’élanceront les futurs lanceurs. « Après les essais du Starship, les ingénieurs testent actuellement les boosters de l’étage principal Falcon Heavy », poursuit Heidmann. D’ici à quelques semaines les deux engins seront placés l’un sur l’autre, et Musk aura sa fusée pour aller sur la Lune puis sur Mars. Nul doute qu’il enchaînera les échecs, ils font partie de sa culture du risque qui, seule, permet d’avancer. A condition d’avoir les reins solides. 

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SpaceX vs Blue Origin

Jeff Bezos ne nourrit pas la volonté de faire de l’humanité une espèce multiplanète. Il n’a pas non plus le charisme de gourou de son principal rival. L’ex-PDG d’Amazon rêve de prendre de la hauteur et d’investir l’orbite basse. Mais comme Musk, son rêve d’espace le poursuit depuis son plus jeune âge. Enfant, il a forgé sa conviction de créer une civilisation dans l’espace en se rendant chaque été dans le ranch du sud du Texas où son grand-père maternel lui a ouvert les yeux en direction du firmament, comme le raconte Brad Stone dans la biographie qu’il lui a consacré (Amazon Unbound : Jeff Bezos and the Invention of a Global Empire, mai 2021, non traduit en français). Puis en 1982, à la sortie du lycée lorsque, major de sa promotion, il a ébauché son projet en prononçant un discours sur la surpopulation et la pollution. 

Des années plus tard, le créateur de Blue Origin l’a précisé au Convention Center de Washington en 2019. « C’était incroyable se souvient, Arnaud Saint-Martin, sociologue et chargé de recherche au CNRS. La conférence avait lieu à huit heures du matin et plusieurs centaines de congressistes s’étaient pressés pour assister à la grand-messe. Jeff Bezos a assumé sa place nouvelle au sein de la communauté spatiale américaine en soulevant un tonnerre d’applaudissements. A l’inverse de Musk, il développe une rhétorique plus affichée de protection de la Terre. » Ce jour-là, son verdict est sans appel : à terme, « nous allons manquer d’énergie. C’est un problème mathématique. Cela va arriver. » Les ressources de notre planète vont s’épuiser alors que le reste du système solaire est riche. « Voulons-nous stagner et nous rationner ou voulons-nous le dynamisme et la croissance », a-t-il poursuivi. 

Son idée ? Construire des stations spatiales orbitales géantes dont la rotation serait source de gravité. Un concept directement inspiré par le physicien de Princeton, Gerard O’Neill qui proposait une roue de 500 mètres de diamètre tournant à 1,9 tour par minute. Celles de Bezos accueilleraient 1 milliard de personnes avec une ambition : « Permettez-moi de vous le dire, [la Terre] est la meilleure planète. Nous devons la protéger […]. Nous pourrions construire des usines gigantesques qui fonctionneraient à l’énergie solaire, a-t-il plaidé en 2016 durant une autre conférence organisée par Re/Code. […] Dans les prochaines centaines d’années, toutes nos industries lourdes seront transportées hors de la planète et la Terre sera une zone résidentielle et d’industries légères. » A l’instar des fermes de serveurs informatiques abritant les données du cloud qui dépenseront moins d’énergie en étant directement refroidies par le vide intersidéral. 

 

Des projets différents, mais la même ambition

A chacun son délire pourrions-nous dire. Mais Musk comme Bezos y croient dur comme fer même s’ils ne ratent pas une occasion d’afficher une détestation réciproque. Lorsque le patron de SpaceX parle de colonisation martienne, Bezos compare l’aventure à un séjour aussi « confortable qu’au sommet du Mont-Blanc ». Et lorsque Bezos conteste officiellement un contrat lunaire obtenu par Musk, celui-ci lui répond de façon graveleuse sur Twitter : « Can’t get it up (to orbit) lol ». Une allusion au fait qu’à l’époque (en avril 2021) Blue Origin n’avait toujours pas réussi un vol orbital… Reste que derrière leurs rêves respectifs, les deux hommes ont une ambition commune : développer des systèmes de transport pour réduire drastiquement le coût de l’accès à l’espace. 

J’utilise mes ressources pour mettre en place de très lourdes infrastructures, ainsi la génération future bénéficiera d’une explosion dynamique et entrepreneuriale pour l’espace.

En 2016 toujours, lors de cette même conférence au Re/Code, Bezos l’a assumé : « J’utilise mes ressources pour mettre en place de très lourdes infrastructures, ainsi la génération future bénéficiera d’une explosion dynamique et entrepreneuriale pour l’espace. » Elon Musk aussi a longtemps affirmé qu’il oeuvrait pour nos descendants. Mais la dernière fois qu’il a évoqué ses projets martiens, en décembre 2020 alors qu’il recevait le prix Axel Springer, il s’en est sorti par une pirouette dont il a le secret en assurant qu’il espérait « pouvoir mourir sur Mars, mais pas à l’impact ». Donc, pour y finir ses jours. Et force est de constater qu’il peut y croire tant son avance reste considérable dans le domaine des lanceurs. « Entre la réussite du Falcon 9, ses contrats avec la Nasa pour ses vaisseaux Dragon et pour aller sur la Lune, il possède désormais une assise financière inégalée, estime Richard Heidmann. Les investisseurs le suivent. » Jeff Bezos qui a avancé essentiellement sur fonds propres n’a, pour l’heure, mis au point que sa petite fusée New Shepard, dédiée au tourisme spatial. Son successeur, le New Glenn, présentée en 2016, boxera aussi dans la catégorie « poids lourds » comme le Starship avec 100 mètres de hauteur, deux étages, dont un réallumable. Mais son premier vol a été repoussé en 2022, voire 2023. 

« La conquête de l’espace se fera dans un ordre désormais bien établi : l’orbite basse, la Lune, puis Mars », souligne François Chopard, de Starburst Accelerator un incubateur de start-up dans le domaine aéronautique. Lui, a déjà investi dans une société (Orbit Fab) qui développe un satellite « station-service » avec des capacités de rendez-vous et d’amarrage en apesanteur pour que toutes sortes de vaisseaux fassent le plein avant d’aller plus loin ; ou encore Momentus, un autre engin qui sera chargé de placer sur la bonne orbite les satellites une fois largués par leur lanceur. Le débarquement sur la Lune, lui, restera à l’initiative des grandes agences, américaine, européenne et chinoise. Mais avec l’aide du secteur privé et des géants de la tech.  

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Premier épisode, la construction d’une station non loin de l’astre sélène, la Gateway comme le promet la Nasa pour 2024. « Nous en finançons la moitié, tout comme nous développons le module de service d’Orion, le vaisseau placé sur le lanceur qui ira autour et sur la Lune », détaille Didier Schmitt, responsable de la stratégie et de la coordination en matière d’exploration robotique et humaine à l’European Space Agency (ESA). Le Starship développé par SpaceX sera le fameux lanceur. Après la Lune et l’installation d’une base, il servira à un horizon plus lointain en direction de Mars, voire pour y séjourner. « Reste à savoir dans quelles conditions juridiques se fera cette conquête, conclut Julien Mariez, chef du service juridique du Centre national d’études spatiales (CNES). En l’absence d’un nouvel accord, nul ne s’appropriera un territoire martien ou lunaire mais il pourra en exploiter les ressources, dans la mesure où un consensus international commence à émerger sur ce point. » Selon l’adage bien connu du Far West dont Musk, Bezos et consorts ont bien l’intention de profiter : « Premier arrivé, premier servi. » 

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