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jeudi, août 18, 2022

Covid chez les enfants : entre fake news et vrais doutes, par le Pr Gilles Pialoux

Il est des signes qui, après vingt mois de pandémie, devraient avoir si ce n’est valeur d’alerte au moins force incitative à l’humilité. Tant pour les politiques que pour les polémistes, les experts, les sociétés savantes et autres observateurs. S’agissant de l’impact direct du Covid Delta chez les enfants sur fond de débat quant à l’opportunité, ou non, d’une vaccination chez les moins de 12 ans, on pourrait ne retenir qu’un chiffre : l’incidence des nouveaux cas de Covid chez les enfants de moins de 10 ans en Autriche serait de 4500 pour 100 000 habitants! Même si, tout particulièrement chez l’enfant, contamination ne veut pas dire maladie. Et maladie n’est pas synonyme de gravité. 

L’Autriche, rappelons-le, qui est le pays d’Europe qui a le plus dépisté dans les écoles, instituant le dépistage répété par test salivaire pour entrer à l’école. A Vienne, le dépistage est obligatoire dès l’âge de 6 ans et pour les enfants entre 12 et 15 ans, le « Pass Ninja » des écoles autrichiennes s’applique. Tournant ainsi le dos au dogme de « l’école ouverte quoi qu’il en coute » cher au ministre de l’Éducation nationale. Cette même Autriche qui subit de plein fouet une cinquième vague de forte ampleur en dépit, contrairement à certaines déclarations politiques, de la mise en place dès le 19 mai dernier d’un « passe sanitaire vert ». En France, où l’une des manières de ne pas fermer les écoles, a été d’y dépister peu, le dernier point de situation du ministère de l’Éducation nationale fait état de 4048 classes fermées à la date du jeudi 18 novembre, du fait d’au moins un cas. Situation partielle et partiale que résume parfaitement Vittoria Colliza (Inserm), spécialiste de la modélisation, dans le JDD : « les fermetures de classes ne représentent que ce qu’on voit, et on voit peu ». 

Le mythe de l’immunité « naturelle »

Une autre idée – mais on sait la distance tenue qui sépare l’idée de l’idéologie – (re)prend corps actuellement: celle de l’immunité « naturelle » des enfants comme porte de sortie à l’élargissement vaccinal des plus jeunes. Le terme « naturelle » n’étant que l’adaptation individuelle de l’immunité « collective ». En plus prosaïque : « tu joues au bac à sable avec les autres et tu attrapes la gastro et c’est immunisant… « . Certes la vaccination pédiatrique Covid n’est pas encore d’actualité faute de recul, de préparation de l’opinion publique et « d’aller vers » les 6,4 millions de français « éligibles » qui n’ont pas reçu la moindre dose vaccinale. Mais laisser courir l’idée de l’immunité collective des plus jeunes, celle-là même qui a plongé en début de première vague les États-Unis de l’ère Trump dans un chaos mortifère, pose question. 

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Et cette idée, entre fake news et doute tant elle ne repose sur aucune preuve scientifique, circule dans les plus hautes sphères expertes. A l’instar de la Société française de pédiatrie (SFP) : « En dehors de cas particuliers (NDRL les pathologies de l’enfant constituant un facteur de risque de formes graves), l’infection par le SARS-Cov2 chez l’enfant apparait comme le plus souvent bénigne, même avec le variant delta, ce qui permet d’envisager les bénéfices de l’immunité naturelle » (communiqué de Presse de la SFP et de 4 associations en date du 15/11/2021) . Concept repris par l’Académie nationale de médecine (ANM) avec une circonvolution sémantique posant « l’avantage spéculatif d’une stratégie laissant se développer une immunité naturelle dans la population en laissant le virus circuler dans les groupes les moins à risque de formes graves de Covid-19 » (Avis de L’ANM du 15/11/2021). L’adjectif « spéculatif » et le glissement populationnel renvoyant clairement à l’absence totale de donnée étayant cette hypothèse.  

L’enjeu du « Covid long » en pédiatrie

Un autre élément d’opinion circule çà et là. A l’instar du même communiqué de la SFP : « les jeunes enfants, même en France, sont moins infectés et hors du milieu familial, moins contagieux que le reste de la population ». Là aussi : fake news ou doute scientifique? Nul ne sait précisément. Tant il n’existe aucune donnée fiable sur la contagiosité du variant delta chez les enfants. Selon plusieurs experts, à « symptômes égaux » ils contribueraient autant que des adultes, mais ils sont moins souvent symptomatiques. Avec le variant Delta deux fois plus contagieux, même à 50% moins contagieux chez l’enfant on arrive à des risques non négligeables de tranmissibilité. Et les études comme celles menées par l’équipe d’Arnaud Fontanet (Institut Pasteur), du temps des variant non delta, montrent bien qu’avoir un enfant dans son entourage augmente le risque d’être infecté en intrafamilial (Etude EpiCov 2020). 

Enfin, dernier zone de doute : les enfants de France contaminés ne développeraient que peu ou prou un « Covid long » dont le cadre nosologique reste assez flou. Nonobstant l’avis rendu par le Conseil scientifique et le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV) le 13 septembre dernier sur les enjeux de la rentrée scolaire : « même si la fréquence est moindre, l’enjeu du « Covid long » en pédiatrie est également à prendre en compte ». Et plus encore les déclarations de « Mr Covid » aux États-Unis, Anthony Fauci, lors de la conférence de presse de lancement de la campagne vaccinale pédiatrique à la Maison blanche le 3 novembre dernier qui a souligné la réalité de cet impact à long terme, qui pourrait concerner selon lui 4 à 6% des enfants infectés. 

Comme quoi l’enfant n’est pas seulement un adulte en miniature, ce qui est la base fondatrice de la pédiatrie. Mais la défense de l’intérêt supérieur des enfants n’est le pré-carré d’aucun spécialiste, tant il concerne la société entière. Et ceux qui misent sur une circulation aléatoire du variant delta chez les plus jeunes – faute de dépistage et de tracer/isoler des enfants – pour justifier l’attentisme, aujourd’hui légitime, de la vaccination des moins de 12 ans pourraient avoir rendez-vous avec les vagues à venir. 

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Le Pr Gilles Pialoux est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (AP-HP) à Paris. Membre du collectif PandemIA et du pôle santé de Terra Nova, il est également l’auteur de « Nous n’étions pas prêts. Carnet de bord par temps de coronavirus » (éd. JC Lattès).  

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