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jeudi, juin 30, 2022

Covid-19 : la vaccination obligatoire pour tous est-elle inévitable ?

« Impossible n’est pas français ». C’est sans doute à cette expression à laquelle Alain Fischer, le « Monsieur vaccin » du gouvernement, a pensé lorsqu’il a déclaré la semaine dernière que l’immunité collective à 90 % de la population âgée de 12 ou plus pouvait être atteinte au début de l’automne. Avec l’extension du passe sanitaire, qui entre en vigueur lundi, le gouvernement aura donné un sacré coup d’accélérateur à la campagne de vaccination française. Après les annonces d’Emmanuel Macron le 12 juillet, plus de 5 millions de Français se sont en effet précipités sur les plateformes de réservation pour prendre un créneau afin de recevoir leur première dose. 

Mais la dynamique s’essouffle. Ces dernières semaines, le nombre d’injections quotidiennes en France qui atteignait des sommets en juillet retombe dans ses travers. Sur les deux dernières semaines, nous sommes passés de plus de 690 000 doses administrées tous les jours en moyenne à plus de 530 000 début août. A la fin août, le gouvernement vise 50 millions de primo-vaccinés, soit près de 75 % de la population française, encore loin du compte pour atteindre l’immunité collective nécessaire d’après les spécialistes. 

Une immunité collective illusoire avec le variant Delta ?

« Il y a une situation relativement simple : nous sommes à deux tiers de couverture vaccinale. Celle-ci aurait stoppé le virus de 2019, dont un cas provoquait trois cas. Avec le variant Delta, c’est environ un cas pour 8 cas. Pour être efficace contre sa transmission, il faudrait que 7 personnes sur 8 soient vaccinées pour arriver ainsi à 90 % de couverture vaccinale », explique Gérard Dubois, professeur de santé publique et membre de l’Académie de médecine. « On est à peu près dans la même situation que vis-à-vis de la rougeole. La vaccination pour les enfants n’était pas obligatoire dans les années 1980, uniquement recommandée et nous n’arrivions pas à la stopper, car il s’agit de la maladie la plus contagieuse connue avec 1 cas pour 12 cas », poursuit-il.  

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Lorsque l’on s’intéresse de plus près à la couverture vaccinale française par classe d’âges, certains objectifs semblent aussi difficilement atteignables. Plus de 10 % des 75 ans ou plus n’ont pas encore franchi le pas alors que la vaccination leur est ouverte depuis plusieurs mois. Même constat chez les 60-74 ans. Quant aux 50-59 ans, le chiffre monte à plus de 15%. « Si le rythme de vaccination ne ralentit pas, la vaccination obligatoire ne sera pas nécessaire. Dans le cas inverse, seule l’obligation vaccinale permettra de grignoter les derniers pourcentages nécessaires et de parvenir à l’immunité collective », estime Gérard Dubois. 

Une telle mesure permettrait aussi de donner de la clarté aux Français. « Le passe sanitaire est une bonne avancée, mais c’est une mesure qui a été prise pour des raisons politiques. Cela suscite beaucoup de réactions, il y a de nombreuses exceptions et cas particuliers, cela crée de la confusion », juge l’épidémiologiste Yves Buisson, président du groupe Covid-19 à l’Académie nationale de médecine. Selon lui, « l’obligation pourrait être très bien acceptée si elle était très bien expliquée. Elle ne permettra pas d’éradiquer l’épidémie mais de contrôler la circulation du virus. Il y aura toujours des réintroductions de virus avec des pays étrangers ». 

« Mettre tout le monde sur un même pied d’égalité »

De son côté, Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de Santé, préfère encore attendre quelques mois pour connaître l’efficacité du vaccin et juger de l’utilité d’une obligation vaccinale : « A la Haute autorité de santé, on a encore besoin d’un petit peu de temps pour prendre en compte toutes les conséquences du Delta et de sa transmissibilité, connaître mieux la durée de protection et la qualité de protection des vaccins ».  

D’autant plus que les vaccins ne sont pour l’instant pas autorisés pour les moins de 12 ans. « Vacciner tout le monde, cela se discute. Pour l’instant, on n’a pas encore de vaccin qui permette de vacciner les enfants. On aura une partie relativement non négligeable de la population qui ne sera pas vaccinée et chez laquelle la circulation peut devenir importante », souligne Elisabeth Bouvet. 

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Sur l’aspect légal, l’Etat serait tout à fait en mesure de mettre en place une obligation vaccinale. Il l’a déjà fait en 2018, en passant de 3 à 11 le nombre de vaccins obligatoire pour les enfants. Pour Yves Buisson, si une obligation vaccinale contre le Covid-19 était mise en place, elle devrait en revanche être temporaire. « Il y a eu des obligations vaccinales qui ont été levées comme la variole et la tuberculose. C’est une obligation temporaire. Il faut que tout le monde y aille. Il est très probable que le virus continue de circuler, après on pourra maintenir une recommandation vaccinale », explique-t-il. Selon lui, « les Français sont plutôt d’accord avec le fait d’être vaccinés. C’est plus avec les méthodes employées qu’il y a des divisions. La vaccination obligatoire a l’avantage de mettre tout le monde sur un même pied d’égalité ». 

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