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dimanche, juillet 3, 2022

Covid-19 : « Epi-phare, c’est un peu le GIGN des produits de santé », estime Mahmoud Zureik

C’est en France que la plus grande étude sur l’efficacité des vaccins anticovid a été réalisée, avec 22 millions de personnes incluses. Une analyse effectuée par le groupement d’intérêt scientifique public Epi-Phare, à qui on doit aussi des travaux poussés sur les facteurs de risque du Covid-19, ou la hausse de la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs depuis le début de la crise. Son directeur, le Pr Mahmoud Zureik, explique à L’Express les spécificités de cette structure unique en son genre, créée en réunissant les équipes à qui l’on doit des analyses qui ont fait date sur tous les scandales de santé publique de ces dernières années – Mediator, dépakine, Essure, Androcur… 

L’Express : Qu’apportent les travaux d’Epi-phare sur l’efficacité des vaccins anticovid par rapport à tous ceux déjà publiés ?  

Mahmoud Zureik : Jusqu’ici, la plus grande étude disponible, réalisée par une équipe israélienne, incluait 6 millions de personnes. De note côté, nous avons pu prendre en compte 11 millions de sujets vaccinés, et 11 millions de sujets non vaccinés. Cela offre une image presque exhaustive de l’efficacité des injections dans la vraie vie, avec un résultat d’une grande précision : un peu comme quand vous faites un sondage puis un référendum. Par ailleurs, cette population très large nous a permis de comparer les résultats obtenus par trois vaccins, là où les autres travaux ne pouvaient en suivre qu’au maximum deux. Nous avons d’ailleurs confirmé à cette occasion que les injections de Pfizer, de Moderna et d’AstraZeneca présentaient toutes un niveau d’efficacité similaire, et très élevé, contre le risque d’hospitalisation et de décès par Covid.  

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Une polémique a récemment émergé sur les réseaux sociaux, certains s’étonnant d’un nombre de sujets de plus de 75 ans inclus supérieur à la population réelle dans cette classe d’âge… 

En réalité, il n’y a pas matière à débat. Des personnes peuvent être comptées deux fois car il arrive qu’elles changent de statut vaccinal en cours d’étude, passant du groupe non-vacciné au groupe vacciné (et heureusement). L’étude israélienne avait utilisé la même méthodologie, classique et éprouvée en épidémiologie, parfaitement admise par la communauté scientifique.  

Comment fonctionne Epi-phare ?  

Nous avons accès, avec les autorisations réglementaires nécessaires, aux bases de données anonymisées des hôpitaux et de l’Assurance maladie, via le système national des données de santé (SNDS). Il regroupe tous les actes, consultations, prescriptions de médicaments remboursés de 67 millions d’assurés sociaux depuis 2006. C’est une base de données unique au monde. Nos scientifiques, qui ont des compétences fortes en pharmaco-épidémiologie, en data management, en bio statistiques, lui appliquent les techniques issues du big data pour mener des études sur l’utilisation, l’efficacité et la sécurité des produits de santé pour pouvoir éclairer les pouvoirs publics et la société.  

« L’idée était de doter l’Etat d’une expertise publique autonome et réactive dans le domaine de l’épidémiologie des produits de santé »

Après le scandale du Mediator, l’Assurance-maladie et l’ANSM avaient chacune créé un service de pharmaco-épidémiologie, qui ont été fusionnés en 2018 après avoir étroitement collaboré depuis plus de dix ans. Ce sont les travaux qui avaient confirmé le lien entre ce médicament et les valvulopathies cardiaques, puis qui avaient chiffré le nombre de décès qui lui était imputable. Nous avons travaillé, l’Assurance maladie et l’ANSM conjointement, sur tous les sujets très médiatisés ces dernières années : les effets indésirables des contraceptifs oraux combinés, la dépakine, les vaccins anti HPV, les dispositifs Essure, les traitements progestatifs en lien avec les méningiomes… 

Quels liens entretenez-vous avec vos administrations de rattachement, et avec le ministère, sur des sujets aussi sensibles ?  

L’idée était de doter l’Etat d’une expertise publique autonome et réactive dans le domaine de l’épidémiologie des produits de santé (médicaments et dispositifs médicaux). On est considérés un peu comme le « GIGN » des crises médicamenteuses : il s’agit de pouvoir répondre rapidement à toute interrogation en réalisant des études scientifiques fiables et solides. Bien sûr la question de l’indépendance est cruciale : personne ici n’a de lien avec l’industrie pharmaceutique, pas même un café ou un repas. Et nous travaillons en toute indépendance par rapport aux pouvoirs publics qui n’interviennent jamais dans la conduite des études et l’interprétation des résultats. Pour ce qui me concerne, je suis universitaire, je n’ai donc pas de lien hiérarchique avec ces deux administrations.  

« L’objectif de cette surveillance proactive est d’éviter les crises sanitaires »

Comment choisissez-vous vos sujets ?  

Les décideurs publics peuvent nous poser des questions en lien avec des situations de crise, mais nous pouvons aussi nous auto-saisir. Pendant l’épidémie de Covid, nos données ont confirmé le déficit de vaccination des enfants, la baisse très marquée de l’utilisation des antibiotiques ou encore le moindre recours à différents actes nécessitant l’intervention physique d’un professionnel de santé (IRM, colonoscopie,…). Nous avons aussi fait des études sur l’hydroxychloroquine. Hors covid, nous surveillons de façon proactive les produits très consommés par les Français – les inhibiteurs de la pompe à proton (traitement des brûlures d’estomac), les statines, les anti-hypertenseurs….L’objectif de cette surveillance proactive est justement d’éviter des crises sanitaires. 

Mahmoud Zureik est professeur d’épidémiologie et de santé publique. Il est également directeur d’EPI-PHARE, une structure spécialisée dans l’expertise publique en pharmaco-épidémiologie.

Mahmoud Zureik pour L’Express

Êtes-vous à même d’exploiter les données pour repérer des effets indésirables jusqu’ici inconnus sur tel ou tel produit de santé ?  

Non, nous ne faisons pas de data mining, sinon nous risquerions de travailler dans le vide et de ne rien trouver ou de trouver à tort des associations fortuites. Nous agissons toujours sur la base de signaux faibles – remontées de terrain, publications scientifiques, alertes de pharmacovigilance… Nos travaux permettent de confirmer ou d’infirmer ces signaux. Par exemple, sur les nouveaux anticoagulants oraux d’action directe, nous avions montré qu’il n’y avait en réalité pas de surrisque hémorragique par rapport au traitement classique avec l’anti-vitaminique K, ce qui a depuis été confirmé par plusieurs publications scientifiques.  

Y a-t-il des limites à vos travaux, par exemple avec des informations qui ne sont pas disponibles dans la base de données ?  

Effectivement, certains points importants ne sont pas inclus, comme le poids des patients ou des détails sur leurs caractéristiques sociales. Nous n’avons pas les diagnostics en médecine de ville, mais nous disposons d’éléments indirects à ce sujet, via par exemple les traitements pris par les assurés. Mais il y a aussi des problématiques auxquelles nous ne pouvons pas répondre à cause des limites de ces données. Par exemple, nous avons vu un signal de pharmaco-vigilance à propos d’un contraceptif sous-cutané qui peut migrer dans le poumon. Nous avons voulu faire une étude à ce sujet, mais nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas de codes valides dans la base hospitalière pour le repérage et l’intervention chirurgicale liée au retrait éventuel de ce dispositif. Nous n’avons donc pas pu pousser plus avant les investigations.  

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Hors covid, sur quels sujets travaillez-vous actuellement ? 

Sur des questions très variées, qui vont de la sécurité des inhibiteurs de la pompe à protons et des médicaments biosimilaires aux prescriptions inappropriées chez les personnes âgées, en passant par l’étude de l’efficacité de la Prep, la prophylaxie pré-exposition contre le VIH, dans la vraie vie, ou l’analyse des consommations médicamenteuses pendant la grossesse. Tous nos rapports d’étude ont bien entendu vocation à être rendus publics sur notre site et publiées ensuite dans des revues scientifiques internationales à comités de lecture. 

Opinions

Edito

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Par Hervé Le Treut, climatologue et professeur à la Sorbonne université et Polytechnique, membre de l’Académie des sciences

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