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mercredi, juillet 6, 2022

Covid-19 : doit-on encore croire au rêve de l’immunité collective ?

Comme à chaque reflux de l’épidémie, il serait tentant de se dire que nous en avons enfin terminé avec le Covid. Après tout, avec le cap des 50 millions de Français vaccinés franchi, n’atteignons-nous pas un seuil suffisant pour contrecarrer le virus ? La diminution rapide du nombre de cas n’en est-elle pas la meilleure preuve ? Au Royaume-Uni ou au Danemark, les dernières mesures de contrôle sont en train d’être levées ou l’ont été récemment. Et, en France, le président Emmanuel Macron laisse entendre qu’il en ira bientôt de même. Mais, comme à chaque fois, cette ambiance soudainement plus légère risque de se révéler trompeuse. 

Avec le variant Delta, la plupart des experts estiment que les taux de vaccination actuels ne suffiront pas, à eux seuls, à prévenir une nouvelle submersion des hôpitaux. « Nous entrons dans une période de forte incertitude, avertit Simon Cauchemez, responsable des modélisations de l’Institut Pasteur et membre du conseil scientifique. L’an dernier, la vague automnale est arrivée en octobre et novembre, probablement sous les effets conjugués d’une météo plus favorable au virus et d’un moindre respect des gestes barrières, dans un contexte où beaucoup ne croyaient pas un rebond possible. » Avec le refroidissement des températures, une reprise reste possible cet hiver, notamment s’il y a un relâchement des comportements, souligne ce scientifique. Cependant, grâce à la vaccination, l’effort à fournir pour freiner une nouvelle hausse des contaminations serait moins important, comme on l’a vu avec la quatrième vague.  

« Les réinfections paraissent moins graves, donc on peut supposer que ce coronavirus finira par perdre son pouvoir de nuisance »

Toutes les épidémies, pourtant, prennent fin à un moment ou à un autre. Jusqu’à l’arrivée de Delta, beaucoup espéraient que l’immunité collective apportée par la vaccination et les infections naturelles stopperait le Covid. Cet été, il est toutefois apparu que les personnes vaccinées, qui sont très bien protégées contre les formes graves de la maladie, n’ont qu’une protection partielle contre l’infection et la transmission. « Cela signifie que, même si 100% des Français recevaient les injections, le virus pourrait continuer à circuler à bas bruit, mais avec un impact moindre sur le système de santé », décrypte Simon Cauchemez. L’immunité collective s’avère donc toutefois un mirage, et l’élimination du Sars-CoV-2 n’est plus à l’ordre du jour. 

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« L’hypothèse la plus favorable pour le moment, c’est que l’on réussisse à prévenir les prochaines vagues grâce à la combinaison des vaccins et des gestes barrières », assure l’épidémiologiste Renaud Piarroux. Les masques dans les espaces clos ne sont donc pas près de disparaître. « Nous nous attendons à voir des résurgences locales, surtout dans les zones qui combinent une couverture vaccinale plus faible et une densité de population élevée », indique Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’université de Montpellier.  

Le scénario le plus noir verrait le virus nous jouer de nouveaux tours

Poursuivre la vaccination s’avère essentiel car, au fil du temps, toutes les personnes non immunisées finiront par rencontrer le virus – avec encore des conséquences dramatiques pour une partie d’entre elles, mais un impact toujours plus modéré sur le système de santé. « C’est surtout la première infection qui est la plus difficile. Les réinfections paraissent moins graves, donc on peut supposer que ce coronavirus finira par voir son pouvoir de nuisance s’affaiblir et par rejoindre les quatre autres coronavirus qui circulent de façon endémique dans la population », prédit le Pr Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). 

Toute la question est de savoir quand, mais aucun spécialiste ne se risque aujourd’hui à répondre. Des évolutions dans la stratégie vaccinale aideront peut-être à arriver plus vite à ce stade. « La troisième dose pourrait renforcer l’immunité au niveau de la muqueuse nasale, ce qui diminuerait encore le risque d’infection et les transmissions », estime le Pr Jean-Daniel Lelièvre, expert pour la Haute Autorité de santé. Les vaccins par voie nasale représentent également un espoir de renforcer cette immunité muqueuse, mais ils se trouvent pour l’instant tous à des stades de développement préliminaires.  

« Il y a des discussions pour savoir si un nouveau mutant pourrait se montrer encore plus transmissible »

La durée de l’immunité sera aussi un paramètre à suivre de près. Sur cette question, certains espèrent beaucoup de l’arrivée des vaccins à protéine recombinante, développés notamment par Sanofi et l’américain Novavax : « Cette technologie fait appel à des adjuvants, ce qui pourrait théoriquement donner des réponses plus fortes et plus durables qu’avec l’ARN messager. Mais il faut maintenant attendre les résultats des essais de phase 3 pour conclure », indique le Pr Yves Buisson, responsable de la cellule Covid-19 de l’Académie de médecine.  

A l’inverse, le scénario le plus noir verrait le virus nous jouer de nouveaux tours. Avec, par exemple, l’émergence de variants plus problématiques que le Delta. « Il y a des discussions pour savoir si un nouveau mutant pourrait se montrer encore plus transmissible, et les avis ne sont pas consensuels. En revanche, il existe malheureusement un potentiel d’évolution vers l’émergence de mutations favorisant l’échappement immunitaire », constatait récemment Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé publique France. Plus la population mondiale barrera la route au virus, après une infection naturelle ou par la vaccination, et plus la pression sera forte sur le Sars-CoV-2 pour qu’il acquière cette caractéristique, ce qui relancerait les contaminations.  

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Pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Mais une surveillance constante pour repérer et circonscrire au plus vite un tel mutant restera encore longtemps nécessaire. Et, si l’idée que le virus ne disparaîtra pas semble déprimante, son évolution vers une circulation endémique peut aussi nous pousser à améliorer la prévention : le port du masque, le lavage des mains ou une meilleure aération auront aussi un effet bénéfique contre d’autres virus. Nous y aurions alors quand même gagné quelque chose.  

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