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dimanche, juillet 3, 2022

Covid-19 : avant la rentrée, le grand bazar des capteurs de CO2 dans les écoles

Emmanuel Macron et ses ministres n’ont eu de cesse de le répéter. « C’est une chance d’avoir maintenu les écoles ouvertes ». Mais cette sérénité gouvernementale constante pourrait bien être mise à mal en septembre prochain. Avec la progression du variant Delta, qui représente désormais plus de 90 % des nouveaux cas chaque jour, la seconde rentrée en période de pandémie s’annonce beaucoup plus compliquée que la première. Et un élément cristallise les tensions au sein de l’éducation nationale : l’installation de capteurs de CO2 dans les salles de classe.  

Le 28 juillet dernier, Jean-Michel Blanquer dévoilait le nouveau protocole sanitaire pour la rentrée scolaire 2020-2021. Outre la mise en place de « scénarios » en fonction de la circulation du virus dans une classe et l’obligation pour les élèves non-vaccinés du lycée et du collège de rester chez eux pour suivre les cours à distance en cas de contamination d’un de leur camarade, le ministère de l’Education nationale a recommandé d’installer des « capteurs mobiles » qui mesurent la concentration en CO2 des salles. Une recommandation seulement, car comme le précise la rue de Grenelle, « il s’agit d’une prérogative des collectivités ». Charge à elles de les mettre en place.  

Un outil essentiel pour empêcher les contaminations

Avec un variant Delta plus contagieux, cet outil s’avère essentiel pour empêcher d’éventuelles contaminations. « C’est une façon pragmatique de vérifier l’état d’aération d’une pièce fermée et bondée dans laquelle on est appelés à rester plusieurs heures. Cela peut se faire par une meilleure ventilation des locaux et une vérification systématique et continue de cette ventilation par l’installation de capteurs de CO2 », explique l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé de Genève, fortement mobilisé sur cette problématique.  

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D’autant plus qu’à la rentrée « les personnes les plus à risque seront les personnes non-vaccinées, or les enfants de moins de 12 ans ne sont pas encore éligibles au vaccin, donc ce sont eux qui devraient bénéficier en premier d’une meilleure sécurisation de leur environnement, notamment à l’école et dans les cantines », poursuit Antoine Flahault. Le principe est simple : « A l’intérieur, dès qu’une personne entre dans une pièce, elle émet du CO2 en respirant, et cela fait monter la concentration en CO2. Si l’on ventile correctement la pièce, le CO2 a tendance à revenir vers le niveau de l’atmosphère. On peut donc se servir d’un capteur de CO2 pour piloter l’aération d’une pièce », détaille l’épidémiologiste.  

Une inégale répartition sur le territoire

Dans la pratique, l’installation des capteurs de CO2 dans les écoles se fait au petit trot. En laissant la charge financière et opérationnelle aux collectivités, comme le veulent leurs compétences (la Région s’occupe du matériel des lycées, les départements de celui des collèges et les communes de celui des écoles publiques), l’Etat ne compte pas faire d’exception. « On aurait souhaité un geste exceptionnel de l’Etat pour les collectivités parce qu’on est dans une crise inédite. On ne peut pas avoir le gouvernement qui dit : il faut tout faire pour garder les écoles ouvertes et que cela ne se traduise pas dans les actes », regrette Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire.  

Au niveau des régions, les annonces de Jean-Michel Blanquer fin juillet, en plein milieu de l’été, ont paru pour le moins « précipitées ». « Ce protocole sanitaire n’a pas été écrit en concertation avec nous. On nous a mis devant le fait accompli avec ces équipements. Ce n’est pas de la mauvaise volonté de notre part, il faut trouver une solution dans l’intérêt de tout le monde. Mais cela nécessitera un temps de mise en place au-delà de la rentrée », reconnaît un cadre de région. 

Cette précipitation se ressent directement sur le terrain et risque de provoquer beaucoup de disparités. « Très peu de choses ont bougé depuis les annonces de Jean-Michel Blanquer. La répartition des capteurs de CO2 est très inégale d’une commune à l’autre. Il y a une question de coût », assure Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire. Pour certaines classes sans possibilité d’ouvrir les fenêtres, les capteurs de CO2 s’avèrent pourtant essentiels. « Il faut vraiment un plan d’urgence pour pouvoir équiper toutes les salles de classe et faire les travaux nécessaires. On sait que c’est un investissement sur le long terme », estime Guislaine David.  

Les régions s’en saisissent, pas toutes les communes

Les régions disposant d’un plus gros budget, les lycées devraient être les premiers bénéficiaires de ces capteurs. En Auvergne Rhône-Alpes comme en Occitanie, des expérimentations ont eu lieu dès les mois de mai et juin. « Pour la rentrée, le dispositif sera généralisé et l’ensemble des 224 lycées d’Occitanie sera équipé », nous précise la région. Mais le coût à supporter pour équiper tous les lycées d’une région est très élevé. « La région Occitanie a 224 lycées, vous multipliez par 225 euros, soit le prix d’un capteur de CO2 mobile, puis par le nombre de classes, entre 15 et 20, et vous arrivez à des budgets qui dépassent les millions d’euros », souligne le cadre de région. 

Toutes les communes ne peuvent pas se le permettre. La ville de Cannes a décidé de prendre les devants. Son maire, David Lisnard (LR), a annoncé le lendemain de la prise de parole de Jean-Michel Blanquer que des capteurs de CO2 seraient installés dans les 230 classes des 32 écoles communales et les crèches de Cannes. Un investissement qui a un coût. Pour les 300 capteurs de CO2 commandés, la mairie a dépensé plus de 90 000 euros. « Depuis le début de la crise sanitaire, l’investissement pour les collectivités est majeur et elles ne peuvent pas tout supporter. Les collectivités ont pallié l’absence de l’Etat au début », assure Thierry Migoule, directeur de cabinet de David Lisnard.  

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« D’autant plus que nos recettes ont fortement diminué en 2020 en raison de la baisse de la fréquentation touristique. Tous les achats liés à la crise sanitaire, à part une fraction sur les masques, n’ont pas été remboursés », déplore-t-il. Après les capteurs de CO2, se posera naturellement la question des purificateurs d’air, notamment pour les cantines. La ville de Cannes en a commandé une centaine comme d’autres communes, mais c’est encore trop faible. Non recommandés par le ministère de l’Education nationale, ils devraient être les grands absents de la rentrée. Et là encore, « Etat et collectivités territoriales se renvoient la balle ». 

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