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mardi, juillet 5, 2022

Comment le changement climatique amplifie les conflits entre l’homme et l’animal

C’est une autre forme d’insécurité, à mille lieues de celle des grandes villes. En trente ans, les incidents impliquant des ours polaires dans la baie d’Hudson (Canada) ont plus que triplé. Avec la disparition progressive de la banquise sur laquelle ils pêchent les phoques nécessaires à leur alimentation, les plantigrades s’aventurent de plus en plus vers la civilisation, occasionnant des dégâts et menaçant parfois la vie des habitants. Dans l’Himalaya, le grand bharal – ou mouton bleu – a modifié lui aussi ses habitudes. Il se rend plus fréquemment vers les parties basses de la montagne car en altitude, le changement climatique fait disparaître ses végétaux préférés. Le problème ? Il attire dans son sillage un prédateur redoutable : le léopard des neiges, qui en profite pour s’attaquer au bétail. Des conflits de ce genre, impliquant hommes et animaux sur fond de crise climatique, Briana Abrahms, professeure assistante en biologie à l’université de Washington, pourrait en citer beaucoup. Dans un article de la revue Science, elle lance même un appel pour mieux les étudier.  

« Nous avons désormais suffisamment de données pour affirmer que le changement climatique amplifie le nombre de confrontations entre l’homme et l’animal », explique la scientifique. Parfois, les conséquences de ces rencontres s’avèrent dramatiques. Ainsi, en 2015 et 2016, le réchauffement important de l’océan au large des côtes californiennes a poussé les baleines à se déplacer vers des zones plus fraîches mais exploitées par l’homme pour la pêche au crabe. Résultat, elles se sont retrouvées piégées dans les cordages reliant les cages aux bouées situées à la surface. Plus de 50 cas de baleines prisonnières ont ainsi été répertoriés et dans la plupart des cas, les grands cétacés n’ont pas survécu. Le Botswana a lui aussi connu des événements dramatiques en 2018, à l’occasion d’une sécheresse intense. Ne trouvant pas suffisamment de nourriture, les fauves se sont mis à attaquer fréquemment le bétail. Et en représailles, la population a éliminé un grand nombre de félins.  

Ces bilans désastreux poussent aujourd’hui les scientifiques à mener l’enquête pour voir si une parade existe. L’enjeu n’est pas seulement de sauver des vies. En effet, les conflits entre hommes et animaux produisent aussi des effets inattendus. Dans certaines régions d’Afrique, par exemple, les attaques répétées de babouins sur les cultures poussent les populations à déscolariser leurs enfants afin qu’ils servent de sentinelles dans les champs. En exterminant les singes, les hommes auraient donc favorisé in fine le travail des mineurs ! Aux Etats-Unis, l’abattage des pumas dans certaines régions a profité aux daims, qui ont ensuite propagé la maladie de Lyme. Personne n’avait imaginé au départ une telle succession d’événements. Jusqu’à ce que les scientifiques entrent en scène et effectuent des recherches approfondies.  

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L’intelligence artificielle pour anticiper les attaques de tigres

« Aujourd’hui, une quarantaine d’études établissent un lien entre le climat et les conflits avec les animaux. Et sur le terrain, les exemples sont légion. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe de nombreuses façons de réduire l’impact de ces confrontations », assure Briana Abrahms. On sait par exemple que les carnivores hésitent à attaquer leur proie lorsque celle-ci les fixe du regard. Au Botswana, certains chercheurs ont donc eu l’idée de peindre de faux yeux sur la croupe du bétail. Pour calmer les ardeurs des éléphants un peu trop prompts à piétiner les cultures, d’autres expérimentent l’implantation de ruches qui agissent comme une barrière invisible et naturelle. Moins créatif, le département de la pêche de Californie s’attaque de manière réglementaire au problème des baleines. Désormais, il n’hésite pas à retarder l’ouverture de la pêche au crabe en cas d’arrivée importante de cétacés. A l’avenir, l’intelligence artificielle pourrait aussi être mise à contribution. Confrontée à des attaques de tigres de plus en plus nombreuses sur le bétail et sur l’homme, l’Inde est en train de franchir le cap. Elle mène une expérience dans la forêt de Brahmapur, une zone de 1 200 kilomètres carrés dans laquelle félins, humains et bétail cohabitent. Ici, l’idée est de croiser les données de terrain (photos satellites, position des animaux équipés de balises) avec les enquêtes menées auprès de villageois, afin de mettre au point un algorithme capable d’évaluer le risque d’attaque. L’instinct animal d’un côté, la machine de l’autre… Le match pourrait bien inspirer les scénaristes de Bollywood.  

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