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vendredi, juillet 1, 2022

« Cela tombe à un très mauvais moment » : en pleins congés, les hôpitaux inquiets face au Covid

Entre les murs des hôpitaux, le cauchemar se dessine presque à l’identique. Une nouvelle vague, une hausse des admissions et un personnel épuisé. Alors que l’épidémie gagne du terrain – attisée par le variant Delta – les établissements de santé sont sur le qui-vive. Les compteurs affichent plus de 25 000 contaminations par jour. Et les patients hospitalisés sont de plus en plus nombreux. « On a vu une augmentation du nombre de patients dès début juillet, liés au variant Delta, de façon perlée. Depuis une dizaine de jours, les admissions deviennent presque quotidiennes », confie à L’Express le professeur Djillali Annane, chef du service réanimation à l’hôpital de Garches, dans les Hauts-de-Seine. Lundi, 7840 personnes atteintes du Covid-19 étaient hospitalisées en France, contre moins de 7000 la semaine dernière. 

Covid-19 : le nombre de personnes en réanimation par région

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« La situation pourrait faire de cette quatrième vague la pire »

Cette fois-ci, la vague surgit en pleine période estivale. « On entre dans une période de congés absolument incontournable », confirme François-René Pruvot, à la tête de la Conférence des présidents de commissions médicales d’établissement de CHU. Au menu donc : réduction du nombre de personnels et fermeture de plusieurs lits. « Au-delà des seuls chiffres d’incidence, la situation de nos établissements pourrait faire de cette quatrième vague la pire. De 10 % à 50 % des lits sont actuellement fermés dans les hôpitaux publics faute de personnel », avance quant à lui dans L’Express le professeur Gilles Pialloux, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon. 

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Les gardes d’urgence ne sont plus assurées et des services d’urgence ferment la nuit compte tenu du nombre de soignants en arrêt de travail, rapporte par ailleurs l’infectiologue. Mais le variant Delta ne prend aucune pause. Les services de réanimation, qui accueillent les malades les plus gravement atteints, enregistraient lundi 1232 patients contre 878 il y a sept jours. « Actuellement, on a trois patients Covid-19 graves en réanimation et trois autres en soins critiques. Il faut savoir qu’on était pratiquement redescendu à zéro à la fin du mois de juin », reprend le professeur Djillali Annane. Alors que les indicateurs sanitaires tournent à nouveau au rouge, le stress est palpable dans les hôpitaux. 

Covid-19 : évolution du nombre de personnes hospitalisées (par jour) au mois de juillet

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Signe que la tension monte, le directeur général des Hauts-de-France a envoyé une « petite alerte » au ministère de la Santé – 48 heures auparavant – déclarant que plusieurs secteurs d’urgence se trouvaient en difficulté. « L’intensité de la vague reste modeste – excepté dans certains hôpitaux situés dans le sud de la France notamment. Si on regarde le plan blanc, on n’a pas dépassé le niveau 2 », tempère François-René Pruvot. Mais la situation inquiète de nombreux chefs de service qui doivent jongler entre un nouvel afflux de patients et les vacances d’été. « Nous sommes dans une situation très paradoxale. D’un côté, les plans et les protocoles sont prêts. Mais de l’autre, on est dans une période de congés qui a une saveur particulière cette année », souligne le professeur. 

« Douze infirmières sont en congés »

Conséquence : l’hôpital fonctionne avec des services amputés.  » En général, nous avons quinze lits de réanimation et dix lits dédiés aux soins critiques. On a été obligé de fermer trois lits de réanimation temporairement pour les vacances. Ils ne seront pas rouverts avant la mi-septembre », indique le professeur Djillali Annane. Dans le service de réanimation de l’hôpital de Garches, un tiers du personnel manque à l’appel cet été. Même constat au Nouvel Hôpital civil (NHC) de Strasbourg qui fonctionne aussi au ralenti au mois d’août. » Pendant l’été, on a été obligé de fermer une unité dont s’occupent quatre infirmières. Au total, douze infirmières sont en congés », rapporte le professeur Ferhat Meziani, chef du service de médecine intensive et réanimation au NHC à Strasbourg. 

Le spécialiste en profite pour évoquer un personnel soignant « à genoux sur le plan physique et psychique. » Déjà fortement marqués par les vagues précédentes, tous pensaient que la prochaine vague attendrait le mois de septembre. Le professeur Ferhat Meziani avoue que ce regain de l’épidémie « tombe à un très mauvais moment ». L’une de ses craintes ? Faire revenir d’urgence du personnel soignant parti en congés. « Pour l’instant, on peut tenir, mais il ne faut pas que le nombre de personnes hospitalisées augmente davantage », s’inquiète le spécialiste. Dans son service, six personnes se trouvent actuellement en réanimations – ce qui fait gonfler le bilan à trente patients depuis deux semaines.  

« Il y a encore trois semaines, il nous restait un seul malade du Covid-19 », rembobine-t-il. En plus du nombre de patients, leur profil a évolué : « Le plus jeune patient a 25 ans et la moyenne d’âge a baissé à 45-50 ans », précise Ferhat Meziani. Aucun des patients Covid reçu à l’hôpital n’était vacciné, affirme-t-il. Si l’hôpital de Strasbourg est classé « en tension », la situation est bien plus grave dans certaines régions du sud de la France prisées par les vacanciers. En Occitanie, la situation est très préoccupante. Les nouvelles hospitalisations dues au Covid-19 dans la région se sont multipliées par plus de dix en moins d’un mois, a indiqué samedi l’Agence régionale de santé (ARS). 

Covid-19 : Nombre d’hospitalisations quotidiennes par région.

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« Les oreilles se sont dressées »

« Nos collègues du Sud ou du Sud-Ouest sont submergés et nos collègues parisiens ont du mal sachant qu’ils vont devoir accueillir des patients de la Martinique », reprend Ferhat Meziani. L’hôpital de Lariboisière à Paris est placé quatrième sur la liste des établissements qui s’étaient proposés pour recevoir des patients d’Outre-mer. « On devrait en accueillir un ou deux dans les prochains jours », indique Bruno Megarbane, chef de service en réanimation médicale et toxicologique. Dans cet établissement, la cellule de crise n’a jamais fermé. « Le rythme des réunions avait décru, mais il a repris. On compte une réunion par semaine et cela pourrait s’accélérer », note le spécialiste. Lui aussi observe d’un oeil inquiet la hausse du nombre de patients qui arrivent à l’hôpital.  

A l’intérieur de l’établissement situé dans le Xe arrondissement de la capitale, six patients souffraient d’une forme grave au 2 août. « Pour le moment, il n’y a pas de souci particulier, on peut prendre en charge nos malades, mais le problème est de savoir si ces infections vont augmenter avec le temps. C’est là où il y a une certaine inconnue », reprend le professeur de l’établissement. La question redoutée est donc la suivante : les courbes d’hospitalisations vont-elles être décorrélées de celles des contaminations grâce à la couverture vaccinale en France ? A noter que la détection d’un cas et l’éventuelle hospitalisation du patient sont décalées de trois semaines. Ainsi, la situation pourrait évoluer très prochainement. « Les jours qui vont venir vont nous donner quelques informations », espère Bruno Megarbane. 

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Si le pic de l’épidémie intervient à la mi-août – avec 50 000 contaminations par jour – « l’hôpital aurait un risque de saturation jusqu’à mi-septembre », craint-il. Selon lui, le danger devrait plutôt pointer à la rentrée. « Lorsque les vacanciers vont rentrer des stations balnéaires et reprendre leur vie professionnelle et sociale… Il y a un risque que les contaminations repartent ». Et là encore, le personnel pourrait manquer. Le chef de service fait état de « 40% des infirmières » de son service qui quittent leur poste à la rentrée. Leur remplacement sera extrêmement difficile et le risque, c’est de fermer des lits », expose le professeur. Si la situation sanitaire à venir reste incertaine, les services hospitaliers sont en état d’alerte, gardant en tête les images des vagues précédentes. François-René Pruvot en reste malgré tout convaincu : « Les oreilles se sont dressées et tous les plans sont là pour réagir en cas de besoin ». 

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