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vendredi, juillet 1, 2022

Avec Inspiration4, SpaceX et Elon Musk se lancent dans le grand cirque du tourisme spatial

Et de trois lancements ! Après Richard Branson et Virgin Galactic, le 11 juillet dernier, le show musical à l’arrivée, les déclarations béates et surtout la nouvelle communiquée ultérieurement que, ce jour-là, le SpaceShipTwo et ses six passagers (dont deux pilotes) ont frôlé la catastrophe en volant en dehors de l’espace aérien qui lui était dédié – une déviation de trajectoire qui aurait pu être fatale aux manoeuvres d’atterrissage ; après Jeff Bezos et Blue Origin, 9 jours plus tard (20 juillet), une mise en scène moins soignée lors de l’atterrissage parfaitement réussi de la capsule du New Shepard mais des symboles bien affichés – Stetson et Santiag pour l’ex-PDG d’Amazon, Texan dans l’âme et Space cow-boy affiché.  

Après donc les deux milliardaires pionniers, la caravane du Tourisme spatial s’arrête devant la porte d’Elon Musk. Cette nuit, entre minuit et 6 heures du matin, la capsule Dragon devrait décoller du centre spatial Kennedy (Floride) avec à son bord quatre astronautes dans le cadre de la mission baptisée « Inspiration4 ».  

Un vrai statut d’astronautes

Et comme souvent avec le patron de Space X, les choses sont différentes, pardon, démesurées par rapport à tout ce que s’est fait avant lui. D’abord ses « Quatre fantastiques » passagers – contrairement à ceux de Bezos et Branson -, seront officiellement considérés comme de « vrais » astronautes. La capsule New Dragon qui leur permettra de voyager au moins trois jours évoluera à 575 kilomètres d’altitude, c’est-à-dire là où aucun humain n’est allé depuis bien longtemps puisque même la station spatiale internationale (ISS) navigue en moyenne autour de 450 kilomètres au-dessus de nos têtes. En fait, la dernière fois que des astronautes professionnels sont allés si haut, c’était en mai 2009 pour la réparation du télescope Hubble et grâce à la navette spatiale américaine. 

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Ensuite, contrairement à ses rivaux, Elon Musk ne se contentera pas d’un petit spectacle de patronage pour le retour de mission. Voilà quelques semaines que ses équipes de communication orchestrent l’événement en mondovision, en technicolor et sur grand écran : depuis le 6 septembre, la petite aventure fait l’objet d’une série documentaire produite par Netflix en partenariat avec Time Warner, intitulée Countdown : Inspiration4 Mission to Space. Elle comporte cinq épisodes. Les deux premiers, déjà diffusés, présentent l’équipage et les deux suivants, leur entraînement. Le dernier, diffusé fin septembre sera un condensé de ce que l’équipage aura vécu durant son épopée autour de la Terre avec des images de l’intérieur du vaisseau et du spectaculaire retour (il doit amerrir) dans l’océan. Et, puisque cela ne suffisait pas, SpaceX claironne depuis quelques jours que, côté direct, le lancement sera retransmis cette nuit depuis la chaîne YouTube de Netflix. Bref, difficile de faire mieux en termes de résonance médiatique.  

Une litanie de bons sentiments

Enfin, avec un souci du détail mi-philanthropique, mi-bons sentiments, Musk casse la baraque en matière d’affichage. En juillet Branson l’a joué « corporate » en invitant des employés de Virgin Galactic, tandis que Bezos a visé les symboles en embarquant la pionnière de l’aviation Wally Funk, 82 ans, et un Néerlandais de 18 ans, Oliver Daemen, qui sont devenus respectivement l’astronaute la plus âgée et le plus jeune de l’Histoire. Le patron de SpaceX a confié l’équipage d’Inspiration4 à Jared Isaacman, un milliardaire comme lui qui a fondé à 16 ans dans son garage Shift4 Payments, une société de traitement des transactions par carte bancaire – parfait pour le mythe Silicon Valley ! Isaacman aurait payé la totalité du vol pour un montant qui n’a pas été révélé officiellement. Au moment de la signature du contrat en février 2021, un chiffre de 35 millions de dollars avait circulé. Pour ce prix l’homme d’affaires s’achète des galons de « commandant » et a le droit de choisir ses coéquipiers sous des auspices radieux : amour, désintéressement et générosité. En effet, le but d’Inspiration4 est de sensibiliser et de collecter des fonds pour l’hôpital de recherche pour enfant St Jude à Memphis.  

La première passagère sera d’ailleurs Hayley Arceneaux, une assistante médicale de 29 ans qui a guéri d’un cancer des os (une tumeur dans la jambe gauche quand elle était enfant) ce qui en fait d’après les présentations officielles « la première personne dotée d’une prothèse » à aller dans l’espace… Les deux autres acolytes ont des profils plus classiques quoique tout de même sélectionnés pour avoir effectué une levée de fonds pour l’hôpital St. Jude (Christopher Sembroski) et avoir créé un site de ventes en ligne (Sian Proctor). 

Un équipage 100% civil pour entrer dans l’Histoire

Mais pour entrer dans l’histoire de l’aéronautique, il fallait à Elon Musk trouver un objectif supplémentaire : Inspiration4 sera le « premier vol dans l’espace avec un équipage civil » Cela est exact. Mais dans les faits, entre 2001 et 2009, sept touristes fortunés ont déjà gagné le firmament, à bord de l’ISS pour des séjours encore plus longs (10 jours), ce qui plaçait le prix de leur billet de 20 à 40 millions de dollars ! Le détail qui fait la différence est que ces pionniers du tourisme spatial sont partis et ont été entourés par des astronautes professionnels. Là, avec Inspiration4, les civils seront livrés à eux-mêmes. Du moins dans une certaine limite puisque la totalité du vol se fera en « pilote automatique » et sera gérée par les hommes de SpaceX.  

A priori, même si la société de Boca Chica assure que les membres d’équipage ont été formés à cet effet, aucun d’entre eux n’aura à « prendre les commandes » du vaisseau Dragon. A bien des égards d’ailleurs, l’entraînement reçu pendant près de sept mois et tel que les premiers épisodes diffusés par Netflix le montrent, fut assez léger : un peu de centrifugeuses, des vols paraboliques (en zéro gravité), des simulations à bord du vaisseau, des examens médicaux, etc. Mais là encore SpaceX prend des risques humains limités. Outre Haley Arceneaux qui peut être présentée comme une novice mais dont l’âge plaide pour une parfaite santé, les autres membres d’équipage sont aguerris : Isaacman est un fou de pilotage et détient d’ailleurs un record du monde en jet, Sian Proctor était finaliste de la dernière sélection d’astronautes de la Nasa et Chris Sembroski est un ancien de l’armée de l’air ayant servi en Irak.  

Un échec serait fatal

En ce qui concerne l’intérêt de la mission, il semble limité : la capsule Crew Dragon effectuera une série de rotations autour de la Terre ce que Youri Gagarine a réussi pour la première fois en… 1961. Finalement, le véritable enjeu d’Inspiration4 serait qu’elle se passe mal. Les hommes de SpaceX ne maîtrisent pas tout, notamment la coupole qui a été installée sur le haut du Crew Dragon pour que les passagers puissent bénéficier d’une vue à 360° mais qui n’a pas été qualifiée et testée précédemment.  

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Si un problème survient, il faudra le gérer depuis le sol. Qu’ils s’appellent Richard Branson, Jeff Bezos ou Elon Musk et qu’ils fassent voler leurs clients à 100 ou 500 kilomètres d’altitude, les milliardaires du New Space ne doivent pas oublier une chose : contrairement à d’autres activités (comme un lancement de satellite), le tourisme spatial n’a pas le droit à l’erreur. Un échec leur serait fatal. 

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