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mercredi, juillet 6, 2022

Avec Blue Origin, Jeff Bezos remporte la première bataille du tourisme spatial

Le 20 juillet prochain, Blue Origin deviendra la première société privée à envoyer un vrai touriste dans l’espace. Pour l’occasion, son très riche patron Jeff Bezos – qui quittera la présidence d’Amazon au mois de juillet – fera partie du voyage. Qui aurait pu parier qu’il coifferait au poteau ses deux meilleurs ennemis Richard Branson et Elon Musk, respectivement dirigeants de Virgin Galactic et SpaceX ? Sûrement pas le grand public. « Bezos et Musk ont des caractères radicalement opposés, le premier avance dans l’ombre, cherchant à rester le plus discret possible, lorsque le second est attiré par la lumière – il tweete comme un fou à chaque lancement », constate Pierre-José Billote, président de 3I3S, une association internationale consacrée aux applications aéronautiques et spatiales.  

Mais fidèle à la devise Gradatim ferociter (« pas à pas, férocement », en latin), et filant la métaphore du lièvre et de la tortue de La Fontaine, Jeff Bezos a su faire les bons choix technologiques tout en profitant des déboires de ses adversaires. Sa fusée New Shepard, par exemple, est bien plus petite que celle de son rival Elon Musk. Cette différence dans la conception n’est pas due au hasard : New Shepard a été développé sur fonds propres (1 milliard de dollars chaque année) dans un seul but : le tourisme spatial. Ainsi, le lanceur se « contente » d’atteindre une altitude de 100 kilomètres pour offrir à ses riches passagers (on parle d’un billet oscillant entre 200 000 et 300 000 dollars) une rapide excursion (11 minutes) au-delà de la fameuse ligne de Karman, afin d’apercevoir la courbure de la Terre et de vivre l’expérience de voler en absence de pesanteur. La fusée d’Elon Musk, elle, est conçue pour envoyer plusieurs tonnes de matériel dans l’espace afin d’approvisionner la station spatiale internationale (ISS) ou de mettre des satellites en orbite. Elle peut aller beaucoup plus haut en altitude, ce qu’Elon Musk ne manque pas de souligner dès qu’il en a l’occasion sur les réseaux sociaux.  

Comme dans un ascenseur

Toutefois, la taille d’une fusée rend aussi son atterrissage vertical plus périlleux. Et même si SpaceX a résolu le problème – son Falcon 9 est réutilisable jusqu’à dix fois – Blue Origin a eu, sur le papier, la tâche plus facile. Après une quinzaine d’essais réussis, sa technologie de retour sur Terre semble parfaitement contrôlée. « Pour les passagers, l’expérience est tellement douce qu’elle pourrait se rapprocher de celle d’un ascenseur », estime même Christophe Bonnal, expert à la direction des lanceurs du centre national d’études spatiales (CNES).  

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Virgin Galactic, l’autre concurrent de Blue Origin, n’a pas eu un parcours aussi lisse, la faute là encore à des choix technologiques moins pertinents. Pour propulser des touristes à une centaine de kilomètres d’altitude, Richard Branson mise sur un avion-fusée accroché à un gros porteur. Une fois que celui-ci atteint son altitude de croisière, l’appareil contenant les touristes est lâché. Son moteur s’allume puis sa trajectoire se cabre jusqu’à flirter avec l’espace. Ce système complexe mobilisant deux appareils et utilisant une propulsion dite « hybride » a connu plusieurs incidents graves : une explosion au sol en 2007 coûtant la vie à trois personnes et la désintégration d’un appareil en plein vol en 2014 dans lequel un pilote a perdu la vie. Une erreur humaine semble être à l’origine de ce dernier drame. Mais Virgin Galactic a mis longtemps avant de maîtriser les vibrations inhérentes à sa propulsion dite « hybride ». Lors des phases de tests, l’appareil semblait poussé à son extrême limite, au bord de la casse, laissant nombre d’experts sceptiques. Le vol réussi du mois dernier leur a redonné de l’espoir. Mais pendant tout ce temps, Blue Origin avançait méthodiquement vers son but.  

Si le vol du 20 juillet se déroule sans accroc, on pourra dire que Jeff Bezos a remporté une victoire importante. Il n’a cependant pas remporté la guerre. Pour de nombreux spécialistes, le tourisme orbital – à une altitude bien plus élevée – pourrait l’emporter, à terme, sur le tourisme suborbital. Les briques de cette nouvelle activité se mettent peu à peu en place : SpaceX peut désormais servir de taxi vers l’ISS et les futurs hôtels flottants comme celui de la start-up américaine Axiom. Les Russes proposent eux aussi des virées dans l’espace à des non professionnels et les Chinois feront de même sur leur future station… Dans quelques années, une grosse fusée comme le Starship de SpaceX pourra mettre en orbite plusieurs dizaines de touristes à la fois.  

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Mais surtout, le tourisme orbital proposera une expérience bien plus longue qu’un simple saut de puce. « Ce n’est pas juste un vol. Vous passerez une semaine dans un « Spatioport », choyé, dorloté avec votre famille ou vos amis. Il y aura des piscines de simulation 0g, des petits avions pour faire des loopings et avoir des sensations qui vont bien, une centrifugeuse, mais aussi des boutiques et des restaurants de luxe. C’est tout cela qui est vendu », souligne un expert du spatial. Avec une expérience qui dure une heure tout au plus, les acteurs du vol suborbital auront sans doute du mal à lutter. Mais qu’importe pour Jeff Bezos dont la vision ne se limite pas à quelques sauts de puce en dessous de la ligne de Karman. Son Blue Shepard sert aussi de démonstrateur pour les futures installations humaines sur la Lune ou sur Mars. Et le milliardaire prépare d’ores et déjà un lanceur lourd pour tailler des croupières à SpaceX. Baptisé New Glenn, son premier lancement pourrait intervenir dès la fin de 2022.  

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