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mercredi, juillet 6, 2022

Aux origines du Covid-19 : de Wuhan à Paris, à la recherche du « patient zéro »

En ce 8 décembre 2019, le monde poursuit sa course folle, comme à l’accoutumée. En France, la réforme des retraites fait la Une de l’actualité sur fond de grogne sociale. De l’autre côté du globe, des manifestations se tiennent à Hongkong. Non loin de là, en Chine, dans la mégalopole alors peu connue de Wuhan, un homme du nom de Chen ne se sent pas bien. Peut-être a-t-il contracté une grippe, le pays étant confronté à son pire épisode depuis une décennie. En réalité, le quadragénaire est le premier cas documenté positif au Sars-CoV-2, un virus qui a depuis causé la mort de plus de 4 millions de personnes à travers le monde. Un an et demi plus tard, la piste qui mène aux origines du pathogène s’arrête à cet homme. 

Comment et où a-t-il été infecté ? Nul ne le sait. Dans son rapport sur la genèse de la pandémie publié en mars, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) donne quelques détails sur ce patient, appelé « S01 » : il est comptable, originaire de Wuhan, âgé d’une quarantaine d’années et n’a pas voyagé avant son infection. Par ailleurs, il ne fréquentait pas le marché Huanan – un temps considéré comme l’épicentre de l’épidémie -, mais un supermarché moderne appelé RT-Mart, situé sur l’autre rive du fleuve Yangzi, qui coupe la ville en deux. Seule certitude : il est le premier cas officiellement reconnu, mais certainement pas le premier contaminé. « Nous ne pouvons pas dire avec certitude qui est le ‘patient zéro’, regrette Lawrence Gostin, professeur en droit de la santé mondiale à l’université Georgetown de Washington. Il vient très probablement de Chine, mais ce n’est pas prouvé. » 

Cette quête des origines est rendue d’autant plus délicate que Pékin brouille les pistes. Dans son rapport, l’OMS livre l’identifiant génétique de S01 : EPI_ISL_403928. Une sorte de code-barres propre à chaque échantillon de sang analysé. Or, cette série de chiffres correspond dans les bases de données chinoises à un employé du marché Huanan de 61 ans tombé malade le 20 décembre 2019. En réalité, le profil de S01 correspond davantage à une personne plus jeune. Mais là encore, il y a un hic : à en croire les données partagées par Pékin, ce suspect n° 1 serait officiellement tombé malade le 16 décembre, et non le 8. Face à ces imprécisions, l’OMS a reconnu vendredi 16 juillet des « erreurs d’édition » dans le rapport conjoint avec la Chine de mars dernier, et modifié le code pour le patient S01, qui s’appelle désormais EPI_ISL_403930. Une légère correction qui ne risque pas d’accélérer la recherche du fameux patient zéro, mais qui en dit long sur l’efficacité de l’enquête sur l’origine de la pandémie et les obstacles incessants dressés par Pékin. Le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lui-même évoqué récemment un manque de partage par la Chine de données brutes sur le virus. 

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Une circulation en Europe dès novembre 2019

Malgré un désir intense de comprendre les origines de ce virus, il n’est pas surprenant que des zones d’ombre demeurent. « C’est assez courant de ne pas découvrir rapidement qui est le patient zéro, car la tâche est ardue. Mais ici le problème semble aussi venir du manque de transparence et de coopération de la Chine », note Lawrence Gostin. 

Infographie

L’Express

Si Pékin a révélé le 31 décembre 2019 l’existence d’un foyer de pneumonie virale inconnue sur son sol, le pays n’admet pas pour autant que le Covid-19 soit d’origine chinoise, et a même laissé entendre qu’il aurait pu être importé. Une théorie qui n’a trouvé que peu de soutiens au sein de la communauté scientifique en raison de la similitude génétique entre le SARS-CoV-2 et les coronavirus de chauve-souris prélevés dans le sud du pays. Pour parfaire son discours, la propagande chinoise a largement relayé plusieurs études montrant que le virus circulait déjà en Europe bien avant décembre. Des chercheurs italiens ont documenté dans une étude parue en décembre 2020 dans la revue Emerging Infectious Diseases, le cas d’un enfant positif au SARS-CoV-2 le 5 décembre 2019, soit trois jours avant le patient S01. En France, une équipe de l’Inserm a ainsi découvert a posteriori des anticorps au Covid-19 dans 13 prélèvements sanguins effectués de novembre 2019 à janvier 2020. Pour Marie Zins, directrice scientifique du projet, cette étude « montre que le virus circulait en Europe à cette période », peut-être sous une forme moins agressive, mais « cela ne signifie en aucun cas qu’il était originaire d’Europe ». « Ce que l’on sait, poursuit-elle, c’est que, chaque fois qu’on a eu accès à des prélèvements viraux chez des patients atteints de la maladie telle qu’on la connaît, il s’agissait du virus de Wuhan. » 

Selon des experts en phylodynamique, discipline étudiant des souches de virus pour en recomposer l’origine, l’épidémie mondiale de SARS-CoV-2 serait apparue chez l’homme entre la fin août et le début décembre. Problème : alors qu’en juin, Gao Fu, directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, déclare que le système de monitoring médical centralisé permet à Pékin d’être au courant d’une nouvelle maladie en six heures seulement, celle-ci passe alors complètement inaperçue. Les plus anciens cas connus, découverts rétrospectivement en analysant des archives de radios pulmonaires, ont été hospitalisés le 16 novembre à Colmar en France et le 17 novembre dans la région du Hubei en Chine, même si ces analyses a posteriori, sans analyse sérologique, ne permettent pas d’attester à 100 % qu’il s’agit de malades du Covid-19. Contacté par L’Express, Santé Publique France assure que la recherche du patient zéro dans le pays « n’est plus d’actualité », « d’une part car le contexte épidémique rend cette recherche peu pertinente au regard des travaux de suivi de l’épidémie (…). D’autre part, il est désormais très clair qu’il n’existe pas un patient zéro, seul à l’origine de l’ensemble des cas de la première vague ». « De multiples introductions virales donnant lieu à des chaînes de transmission distinctes se sont produites, et leur détection a été retardée par l’existence de nombreux cas asymptomatiques, de l’excrétion existant avant les symptômes pour les autres cas, et de la circulation concomitante de la grippe », poursuit l’agence sanitaire.  

Aux origines était Wuhan

Dans ce jeu de (fausses) pistes, la traque des premiers patients infectés est complexe. Marie Zins l’assure : la grande majorité des personnes avec des anticorps en France dès novembre 2019 n’avaient aucun lien avec la Chine. Seul l’un d’eux avait passé deux mois à sillonner le pays, mais il ne s’était pas rendu à Wuhan. Reste que l’enquête se poursuit, au moins aux États-Unis, où le président Joe Biden attend un rapport de ses services de renseignement sur les origines de la pandémie – et notamment en ce qui concerne une potentielle fuite accidentelle depuis l’Institut de virologie de Wuhan (WIV). Selon des informations parues dans la presse américaine, trois chercheurs de ce laboratoire où des coronavirus de chauve-souris étaient étudiés avaient été hospitalisés en novembre 2019, présentant des symptômes compatibles avec le Covid-19, mais aussi avec ceux d’une « infection saisonnière ». Soit un mois avant les premiers cas officiellement recensés par Pékin. Ces derniers s’étaient rendus auparavant dans une grotte abritant des chauves-souris « fer à cheval » dans la province du Yunnan, à 1500 km au sud de Wuhan. À la Maison-Blanche, l’immunologue Anthony Fauci est même aller jusqu’à affirmer qu’il est « entièrement concevable que l’origine du Covid-19 se soit trouvée dans cette grotte, et qu’il ait commencé à se propager naturellement ou soit passé par le laboratoire. »  

Une chose est certaine : la ville de Wuhan grouillait d’activités entre octobre et décembre 2019. La mégalopole aux 11 millions d’habitants a accueilli les Jeux mondiaux militaires, avec des athlètes des quatre coins du monde, puis le plus grand salon automobile d’Asie, puis un forum mondial pour la construction de ponts ou encore une réunion des anciens étudiants de l’Université de Pékin. Autant d’événements qui ont pu conduire à la propagation massive et silencieuse d’un virus inconnu. D’autant qu’à cette époque, la Chine était confrontée à une épidémie grippale très forte. Selon les statistiques officielles chinoises, il y avait cinq fois plus de cas de grippe dans le pays qu’un an auparavant en octobre 2019. En décembre, il y en avait neuf fois plus. Autrement dit, il aurait été facile de rater les premières contaminations à un virus jusqu’alors inconnu et qui provoque, entre autres, de la fièvre et des quintes de toux. 

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Aujourd’hui, il n’y a pas de chasse internationale « rigoureuse » et « bien coordonnée » pour traquer le patient zéro, regrette Lawrence Gostin. Connaîtra-t-on un jour le fin mot de l’histoire ? « Ce sera difficile, car cette pathologie comprend de nombreux patients asymptomatiques », explique Marie Zins. Le chercheur américain est du même avis, mais juge cette recherche « importante », car elle « aiderait à comprendre comment les nouveaux coronavirus agissent et évoluent » dans l’optique de prévenir… une future pandémie. 

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