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mardi, juillet 5, 2022

Après le Covid-19, à quoi pourrait ressembler la prochaine pandémie ?

Le 31 décembre 2019, les autorités sanitaires de Wuhan, Pékin et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèlent au grand public l’existence d’une épidémie de pneumonie virale d’origine inconnue. Si, officiellement, 27 cas sont alors recensés, celui qui ne s’appelle pas encore Covid-19 a débuté sa course macabre. Dix-huit mois plus tard, la pandémie de SARS-CoV-2 a fait près de 4 millions de morts sur tous les continents, et mis la planète à genoux. À l’époque, personne n’a su anticiper l’apparition d’un tel virus, qui marque la première grande pandémie du siècle. Demain, saura-t-on anticiper pour prévenir l’émergence de nouveaux pathogènes ? Ce dimanche, les pays du G7 réunis au Royaume-Uni devraient adopté la « déclaration de Carbis Bay » présentée par Downing Street comme « historique » et qui comprendra une série d’engagements pour empêcher une nouvelle pandémie. Il s’agira de réduire le délai pour développer des vaccins, des traitements et des diagnostics, renforcer la surveillance sanitaire, et engager une réforme de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) afin de la renforcer. 

Car une chose est quasi certaine : si le Covid-19 est la première grande pandémie du siècle, elle ne sera probablement pas la dernière. Depuis la nuit des temps, la nature regorge de virus, bactéries et microbes en tout genre qui attendent la première occasion d’infecter des humains et de se propager grâce à eux sur l’ensemble de la planète. Certains nous permettent de vivre, et forment le microbiote – l’ensemble des micro-organismes qui vivent en nous -, d’autres, en revanche, nous attaquent. « Le vivant a une soif de conquête, résume pour L’Express François Renaud, directeur de recherches au CNRS et biologiste de l’évolution des maladies infectieuses. Et la plus belle des conquêtes est peut-être celle du vivant par le vivant. Si je vous dissèque demain, je découvrirai des dizaines de milliers de micro-organismes en vous ». 

Reste donc à détecter les pathogènes qui représenteront, demain, une menace pour l’Homme. Là encore, ce n’est pas si simple. Car l’humanité rencontrera toujours des espèces virales, microbiennes et parasitaires auxquelles elle n’est pas adaptée et contre lesquelles elle n’est pas préparée. On estime ainsi que 5400 espèces de mammifères connus dans le monde hébergent quelque 460 000 espèces de virus, dont l’immense majorité reste à décrire. « Rien qu’en Chine, les experts pensent qu’ils ne connaissent que 10% maximum des coronavirus de chauves-souris sur leur territoire », indique l’écologue au Muséum d’histoire naturelle Jean-François Julien.  

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Le danger d’une épidémie grippale

Aux quatre coins du globe, des scientifiques tentent donc de mettre en garde contre un prochain épisode pandémique. S’il est impossible de prédire quelle forme elle prendrait, les experts tentent de construire un faisceau d’indices. Et le suspect numéro un est bien connu : la grippe. « Le risque d’une épidémie grippale avec des virus recombinants est le plus important, selon Hervé Fleury, professeur émérite de virologie au CNRS et à l’université de Bordeaux. Le principal danger réside dans les oiseaux migrateurs qui portent en eux des antigènes de surface grippaux d’une très grande variété. Ils vivent avec depuis des siècles en étant porteurs chroniques sans maladie, mais ils peuvent transmettre ces virus grippaux à d’autres animaux, comme des porcs, où ils peuvent recombiner avant de contaminer l’Homme ». D’autant que ces animaux, par définition, portent ces pathogènes sur de grandes distances lors de leur migration. « On savait déjà qu’on risquait une épidémie grippale. On a eu une pandémie de coronavirus, mais la première hypothèse peut encore se produire », poursuit-il. Un autre risque concerne une grippe aviaire, de type H5N1, qui pourrait donner lieu à une pandémie. « En cas d’infection chez l’homme, on observe 40% à 50% de mortalité. Pour le moment, il n’a pas de capacité pandémique, et la transmission interhumaine est très faible, mais nous ignorons pourquoi d’un point de vue moléculaire. En cas de recombinaison, il pourrait devenir très dangereux », explique le virologue. Le cas de la souche grippale H1N12009 est à ce titre intéressant. Il s’agit d’une recombinaison entre la grippe humaine, celle des oiseaux et celle des porcs. « C’est une chimère mosaïque qui s’est adaptée à l’écosystème dans lequel elle évoluait », détaille François Renaud.  

Outre la grippe, Hervé Fleury met en avant les risques d’épidémies locales, comme Ebola, qui poseront des problèmes de santé publique dans les pays concernés. On peut également citer la fièvre de Lassa – endémique dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, où il infecte de 100 à 300 000 personnes par an dont 5000 à 6000 succombent -, ou encore le virus Nipah en Asie de l’Est. Un autre risque concerne les arbovirus (transmis par les moustiques). « Des épidémies de ce type vont se développer en Europe de l’Ouest sous l’impact du réchauffement climatique, comme Zika ou le chikungunya », prévient Hervé Fleury, qui met aussi en garde contre le West Nile. Cette arbovirose se transmet à l’Homme par des moustiques ayant piqué auparavant des oiseaux migrateurs. « Aux États-Unis, ils ont connu leur premier cas en 1999. Aujourd’hui, aucun État des USA n’est épargné. Il est désormais implanté en Europe, et en France dans le bassin méditerranéen. Il peut provoquer une maladie bénigne, mais aussi une méningite », souligne le virologue. « Attention par ailleurs à la variole, poursuit-il. Dans le passé, des groupes terroristes en avaient en leur possession. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le risque de bioterrorisme est réel ». Parmi ces différents pathogènes, François Renaud juge quant à lui qu’il faudra particulièrement surveiller « ceux qui se transmettent par aérosols, bien plus difficiles à juguler que ceux infectant les Hommes par contact ». 

Ces dernières années, l’espèce humaine a dû affronter plusieurs épidémies (le VIH, Zika, la dengue, le Sars, le H1N1, le H5N1), et bien d’autres maladies dites « émergentes ». Leur nombre semble en constante augmentation depuis un demi-siècle et les épisodes épidémiques de plus en plus fréquents. Pourtant, le déclin des mammifères sauvages est visible depuis des années. Ils ne représentent plus que 5% de la biomasse des mammifères terrestres, les humains et leurs animaux de compagnie représentant les 95% restants. On pourrait donc croire que le passage des virus des animaux sauvages aux humains diminue avec leur régression. Il n’en est rien. Le contraire se produit parce que l’empreinte humaine sur l’ensemble de la planète devient problématique. « On compte actuellement 7 milliards d’humains sur la planète. On parle de 10 milliards d’individus dans 50 ans. Nous allons nécessairement nous concentrer dans des mégapoles, des grands centres urbains qui vont se développer au détriment des écosystèmes. Vous vous rendez compte le réservoir que cela représente pour un pathogène ? », affirme François Renaud. Et de poursuivre : « S’il y avait eu un humain tous les 10km2 , le Covid-19 ne serait pas allé très loin… ». Autrement dit, notre mode de vie – industrialisation, modification des paysages, proximité plus grande avec la faune, etc. – favorise une transformation de certains pathogènes qui les rendent de plus en plus dangereux. 

« Les plus grands vecteurs d’un virus sont les Airbus A380 »

« Les plus grands vecteurs d’un virus sont les Airbus A380, abonde Hervé Fleury. Imaginez quelqu’un infecté par Ebola qui prend l’avion. En quelques heures à peine, il est dans une grande métropole occidentale… » La proximité toujours plus grande des Hommes avec les écosystèmes est associée à une transmission accrue. En Inde, par exemple, la maladie de la forêt de Kyasanur (une fièvre hémorragique) est liée à l’expansion d’une zone urbaine (Bangalore) vers une zone forestière. Les scientifiques s’attachent donc désormais à établir des zones à risques. Il s’agit de ceux à l’interface entre deux mondes, celui de la nature sauvage et celui de la civilisation mondialisée avec ses moyens de transport qui nous emmène d’un endroit à l’autre en quelques heures. Selon une étude parue dans la revue One Health, « à peu près la moitié des villes les plus connectées au monde se chevauchent avec des points chauds de contagion entre animaux et humains ». Entre 14% et 20% de ces zones urbaines seraient en outre mal dotées en infrastructures de santé. Dans ce cas, une maladie qui effectuerait un saut d’espèce pour infecter des humains aurait de fortes chances de ne pas être détectée avant qu’il ne soit trop tard. Ces zones à surveiller sont principalement l’Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi que l’Afrique subsaharienne, mais aussi l’Amazonie. « En créant des routes pour transporter le bois prélevé à l’intérieur de la forêt, les humains ont créé un foyer pour les moustiques. Quand il pleut, ces insectes vecteurs de maladies pullulent dans ces tranchées déboisées et fréquentées par les humains. Résultat : on a 300 fois plus de chances de se faire piquer que dans la forêt elle-même », note François Renaud. 

De la difficulté de prédire ce qu’il adviendra

Toutefois, il est difficile, voire impossible, de prédire quelle maladie va émerger à l’avenir. D’autant que ce qu’on appelle « maladies émergentes », sont en réalité bien souvent des maladies déjà circulantes qui ont évolué. « Les pathogènes sont des organismes vivants, qui évoluent en fonction de l’environnement et sont en compétition les uns avec les autres. Pour prévoir ce qu’il va se passer, il faut connaître ceux qui posent problème maintenant », prône François Renaud. Le biologiste prend l’exemple des variants du Covid-19 : « On doit ici parler d’émergence parce qu’ils ont muté à partir d’un environnement où la charge virale était importante, et se sont adaptés. Le virus en lui-même est toujours le même, mais il y a eu des modifications qui ont fait qu’il est devenu plus contagieux ».  

Les scientifiques appellent à tirer les leçons de cette pandémie et étudier les différents virus présents dans la nature, pour repérer une recombinaison très rapidement lorsqu’elle a lieu. « Dès qu’on observera l’apparition d’un foyer épidémique, il faudra tout de suite le circonscrire, assure François Renaud. Nous devrons agir comme les géophysiciens lorsqu’ils étudient les mouvements des plaques tectoniques : ils identifient des failles à travers le monde et alertent au moindre mouvement suspect, bien qu’ils ne puissent pas dire à l’avance quand un tremblement de terre aura lieu ». 

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Au-delà des virus, le biologiste du CNRS met en garde contre les bactéries. « L’antibiorésistance, juge-t-il, va devenir un très gros problème dans les prochaines années. S’il faut réduire nettement l’utilisation d’antibiotiques à l’avenir, il faudra également limiter nos contacts avec certains écosystèmes. On sait aujourd’hui, par exemple, en étudiant le permafrost, que des bactéries étaient résistantes aux antibiotiques avant même que l’Homme ne soit sur Terre… ». Les pathogènes emprisonnés depuis des milliers d’années dans cette couche de glace représentent en effet un véritable danger, car le réchauffement climatique favorise leur retour à la surface.  

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