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vendredi, juillet 1, 2022

À la tête de son orchestre Les Siècles, François-Xavier Roth en pilote de l’authenticité musicale

La formation qui se produit depuis samedi au Théâtre des Champs-Élysées livre une interprétation de Pelléas et Mélisande avec des instruments de l’époque de Debussy. Une historicité chevillée au moindre archet.

Et si la musique ne se jouait qu’au moyen des instruments de l’époque de sa composition ? Tel est le pari fou de l’orchestre Les Siècles, le seul au monde à jouer un très large répertoire, de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) aux Daft Punk, avec les instruments de l’époque de chaque œuvre. Depuis près de 20 ans, la formation est telle un «musée vivant» des instruments historiques, selon son fondateur, le chef d’orchestre international François-Xavier Roth.

«C’est comme un chef cuisinier qui ferait une recette du temps de Louis XIV avec les légumes de l’époque», a glissé à l’AFP le mélomane français de 49 ans, dont l’«utopie» est d’approcher au plus près de ce que pouvaient entendre les compositeurs qu’il interprète avec ses musiciens. Le dernier d’entre eux est nul autre que Claude Debussy, dont François-Xavier Roth assure, depuis samedi à Paris, la direction musicale de l’opéra Pelléas et Mélisande. À l’affiche du Théâtre des Champs-Élysées, où il entame une résidence, l’œuvre du compositeur est mise en scène par Éric Ruf avec des costumes de Christian Lacroix. Elle profite surtout, comme Mozart ou Stravinsky, de l’obsession du chef d’orchestre pour l’authenticité des instruments mobilisés.

Un cercle d’amis devenu un orchestre

Cela fait bien longtemps que François-Xavier Roth s’est piqué de cette idée fixe. «Il y avait d’un côté ceux qui adoraient la création contemporaine; de l’autre, tout un pan de musiques était redécouvert, baroque, classique, préromantique et on redécouvrait les instruments d’époque, s’est-il souvenu de l’époque où il étudiait au Conservatoire de musique à Paris. J’étais fasciné par ces deux mondes mais frustré qu’ils se rencontrent assez rarement au sein d’un même concert».

Son aventure vers l’authenticité de toutes les époques commence avec des répétitions dans son salon, en 2003, autour de quelques amis. Depuis, son groupe de musiciens est devenu un orchestre à succès, jouant dans les plus grandes salles du monde. «D’entendre l’orchestre qu’a pu entendre, Debussy, Berlioz, Mahler, c’est vraiment ma grande fierté», a confié François-Xavier Roth à l’AFP. On peut retranscrire ce que les compositeurs ont voulu dire bien mieux avec les instruments qu’ils ont connu (…) et les musiciens des Siècles sont des caméléons qui ont appris à jouer de tous ces différents instruments».

Ce n’est pas une prouesse sportive. Musicalement, quelque chose fait sens.

François-Xavier Roth

Également directeur musical de l’opéra et du Gürzenich de Cologne ainsi que principal chef invité de l’Orchestre symphonique de Londres, François-Xavier Roth a expliqué que ce travail d’adaptation et de recherche est d’autant plus important, que le répertoire des Siècle est d’une versatilité sans pareille. Alors que les ensembles jouant sur des instruments d’époque se focalisent généralement sur un seul répertoire, il n’est pas rare que les membres de son orchestre changent jusqu’à trois fois d’instruments en une soirée pour passer de l’époque baroque au XXe siècle. «Ce n’est pas une prouesse sportive. Musicalement, quelque chose fait sens», a souligné François-Xavier Roth, qui a aussi dirigé avec Les Siècles le Get Lucky de Daft Punk aux concerts des Proms à Londres en 2017.

«Des couleurs en plus»

Pour Hélène Mourot, hautboïste au sein des Siècles, jouer des instruments historiques – qu’ils soient des originaux ou des copies faites par des luthiers – donne «des micro-nuances, des couleurs en plus». Et plus encore à mesure qu’on recule dans le temps. «Quand je jouais du Berlioz, du XIXe siècle, sur un instrument moderne, je ne comprenais rien. Je trouvais ça fatigant et impraticable sur l’instrument, a-t-elle expliqué à l’AFP. Pour Pelléas et Mélisande, la musicienne joue avec un hautbois de 1894, préféré à un modèle de fabrication récente. «La différence principale, c’est la perce, c’est-à-dire la façon dont le trou est fait à l’intérieur du bois, a-t-elle précisé à l’AFP. Comme la perce est plus fine, le son a moins de volume mais plus de timbre, donc on va jouer moins fort mais avec une couleur plus marquée».

Ce sens du détail concerne tous les instruments de l’orchestre, parfois jusqu’aux détails les plus infimes. La forme des archets des instruments à cordes a ainsi évolué, pendant que les cordes en métal d’un violon moderne n’ont rien à voir avec les cordes en boyaux utilisées jusqu’à la Seconde guerre mondiale en Europe. «La couleur du son est totalement différente», a assuré à l’AFP François-Xavier Roth. Son orchestre respecte également les différences géographiques puisqu’au XIXe siècle, les instruments n’étaient pas les mêmes en Allemagne qu’en France.

Constituer cet impressionnant parc instrumental n’a pas été aisé. Hélène Mourot, qui a à elle seule une quinzaine de hautbois, a acheté son instrument auprès d’une personne qui l’a trouvé dans le grenier de son grand-père. «Pour les instruments d’avant 1830, c’est rare de trouver des originaux en bon état ou qui ne soient pas dans les musées», a-t-elle constaté. Si des instruments se chiffrent à des milliers d’euros, de bonnes affaires se trouvent aussi en ligne, comme sur Le Bon Coin. Des circuits de seconde main essentiels, a souligné François-Xavier Roth, dont l’orchestre est financé par le public et plusieurs mécènes : «Nos musiciens sont de véritables Indiana Jones qui recherchent ces instruments partout dans le monde (…) dans des brocantes ou sur eBay». Avec, parfois, des trouvailles émouvantes, tel un basson qui aurait joué à la première du Sacre du Printemps de Stravinsky.

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