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dimanche, juillet 3, 2022

1000 premiers jours de bébé :  » L’Etat devrait interdire les substances toxiques »

Les jeunes parents – et les moins jeunes – l’ont sans doute remarqué : depuis le 3 novembre, affiches, messages radio et spots télévisés leur rappellent l’importance cruciale des « 1000 premiers jours » de l’enfant, depuis sa conception jusqu’à ses deux ans environ. Une période souvent déconcertante, où chacun doit se réinventer pour accueillir un bébé.  

Avec cette campagne de communication orchestrée par Santé publique France, le gouvernement souhaite accompagner ces moments, aider les parents à les traverser au mieux. On le sait désormais, ce qui se joue durant la grossesse et les premiers mois de la vie a une influence forte sur le reste de l’existence. L’exercice s’avère délicat, car il faut apporter des conseils sans pour autant se voir accuser d’ingérence. Pour cela, Emmanuel Macron avait d’abord confié en septembre 2019 à Boris Cyrulnik le soin de mener des travaux sur le sujet. Sa commission, composée en très grande majorité de psychiatres et de spécialistes de la parentalité et du bien-être psychologique de l’enfant, a remis un rapport le 8 septembre 2020. 

Si l’impact de la pollution y est abordé, les messages et les réformes qui ont découlé de ces travaux ont surtout fait la part belle aux questions éducatives au sens large – gestion des pleurs, alimentation du bébé, nutrition pendant la grossesse, sommeil, etc. L’information sur les effets de l’exposition aux polluants environnementaux s’avère plus succincte. Celle-ci se trouve pourtant au coeur des travaux des scientifiques qui, un peu partout dans le monde, s’intéressent aux conséquences de cette période clé sur la santé future de l’enfant et qui, autour du concept de « dohad », explorent les « origines développementales » des maladies.  

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Ceci explique peut-être cela : à une exception près, la commission Cyrulnik était dépourvue de toxicologues. C’est pourquoi l’Express a demandé à l’un d’eux, le Pr Robert Barouki, son regard sur les recommandations proposées sur le site internet des « 1000 premiers jours ». Ce chercheur, directeur de recherche à l’Inserm et professeur à l’Université Paris Descartes, est l’un des grands experts français en matière de santé environnementale. Entretien. 

L’Express : Aérer, limiter l’usage et le nombre de produits ménagers et de cosmétiques, privilégier les labels environnementaux… Le site 1000-premiers-jours.fr donne différents conseils aux femmes enceintes et aux jeunes parents pour limiter l’exposition aux polluants de leur enfant. Mais peut-on vraiment s’en protéger, alors que notre environnement regorge de produits chimiques ?  

Robert Barouki : Disons qu’il s’agit de conseils de bon sens. Il faut bien commencer par quelque chose. Dans tous les plans « santé environnement », un peu partout dans le monde, les experts demandent aux gouvernements de communiquer sur ces questions, d’expliquer aux populations, et notamment aux plus vulnérables, comment elles peuvent agir pour se protéger. En même temps, il n’y a rien là de bien nouveau : cela fait déjà plus d’une quinzaine d’années que des organisations non gouvernementales, comme WECF (women engage for a common future), portaient ce discours. Les données sur lesquelles reposent ces conseils étaient déjà connues, et les pouvoirs publics auraient pu aller plus vite. Et effectivement, au regard de la quantité de produits auxquels nous sommes exposés en permanence, cela ne suffit pas. Mais ça va dans la bonne direction.  

Comment aller plus loin ?  

En regardant le site, j’ai trouvé de très bonnes choses mais j’ai été très surpris de l’information transmise aux parents sur l’étiquetage des produits chimiques. C’est incompréhensible pour la plupart d’entre nous : comment se souvenir d’autant de logos ? Il serait beaucoup plus simple de mettre en place un toxiscore, sur le modèle de ce qu’a fait la France pour le nutriscore. Cela a démarré pour les produits de décoration intérieure, mais pourquoi ne pas étendre cette démarche aux produits ménagers, par exemple ? Ce serait certainement un moyen bien plus simple de faire passer les bons messages au plus grand nombre.  

Ne serait-il pas plus efficace d’agir à la source, en retirant les produits toxiques, plutôt qu’en conseillant aux parents d’essayer de s’en protéger ?  

Il est vrai que l’approche individuelle seule n’est pas suffisante. Elle joue son rôle, mais il faut aussi que les pouvoirs publics agissent à leur niveau et prennent leurs responsabilités, en interdisant les substances toxiques. Cela a été fait pour le bisphénol A et certains phtalates, mais c’est seulement le début de l’histoire. Sur environ 100 000 substances chimiques en circulation, 500 sont très connues et ont été bien étudiées. Nous disposons d’un certain nombre d’informations pour 20 000 autres. Et nous manquons de connaissances sur toutes les autres. Cela donne une idée de l’ampleur de la tâche qui se trouve devant nous.  

Les PFAS – les composants perfluorés ou polyfluorés – suscitent actuellement des inquiétudes, et d’ailleurs, le site 1000 premiers jours conseille aux parents d’éviter d’utiliser des poêles antiadhésives, où on les retrouve. Cela suffit-il à régler le problème ?  

Là encore, c’est mieux que rien. Mais ces molécules s’avèrent très stables dans l’environnement, et elles sont massivement utilisées par les industriels – pas uniquement dans certains ustensiles de cuisine. En réalité, des études montrent que toute la population se trouve aujourd’hui plus ou moins imprégnée avec ces produits. Cela signifie que l’on y est exposé très largement, et qu’il est effectivement difficile de s’en protéger, même si certains PFAS ont déjà été interdits. C’est préoccupant car il est démontré que ces molécules sont toxiques pour le métabolisme et qu’elles peuvent perturber le système immunitaire.  

Avez-vous d’autres exemples ?  

C’est un peu la même chose pour les pesticides organophosphorés. Certains restent utilisés, alors que l’on sait qu’ils ont un effet sur le développement intellectuel des enfants. On peut conseiller aux parents d’acheter des aliments bio, mais ces molécules sont également utilisées comme retardateurs de flamme, sans que les consommateurs en soient informés. Ils ne peuvent donc pas s’en protéger… On peut multiplier les exemples : il est vrai qu’il faut aérer pour améliorer la qualité de l’air intérieur. Mais à titre individuel, on ne peut pas faire grand-chose pour se protéger de la pollution de l’air extérieur, alors que l’on sait bien qu’elle est impliquée dans de nombreuses pathologies, y compris via les expositions anténatales… 

Pouvez-vous nous rappeler comment la conscience de l’importance de la vie foetale et de la petite enfance pour la santé du futur adulte a émergé dans la communauté scientifique, avant de commencer à être prise en compte par les pouvoirs publics ?  

Tout a démarré dans les années 1980. David Barker, un épidémiologiste britannique a établi un lien entre un petit poids de naissance des enfants et un risque élevé d’infarctus à l’âge adulte. Ce chercheur l’a interprété comme un phénomène adaptatif : si la nourriture manque, le foetus met en place des mécanismes lui permettant de mieux stocker les nutriments reçus. Mais si cela représente un avantage dans une société de pénurie, cela peut s’avérer néfaste si l’environnement change et la nourriture devient abondante.  

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Cette hypothèse de départ a ouvert la voie à un vaste champ de recherche : les scientifiques se sont peu à peu intéressés à toutes les formes de stress pouvant survenir durant cette période désormais considérée comme critique. A ce jour, c’est l’exposition à un certain nombre de polluants chimiques et leurs conséquences qui ont été le mieux documentées.  

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Frédéric Filloux

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