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mercredi, septembre 28, 2022

Pr Gilles Pialoux : Covid-19 – L’école, symbole du fossé entre politique et expertise

A l’heure où s’écrivent ces lignes, l’accalmie en métropole sur le front du Covid-19 est aussi réelle que salvatrice. La quatrième vague a été abrasée en France, grâce à la vaccination, au passe sanitaire et au maintien de gestes barrière. On se doit de rendre grâce au ministre Olivier Véran d’avoir tenu la barre face aux incertitudes, aux antipasse et au cortège de polémistes faussement rassuristes. Mais, dans ce contexte de décrue, le débat sur le protocole sanitaire à l’école ne cesse d’enfler. Au point que l’on peut se demander si le ministère de la Santé et celui de l’Éducation nationale suivent vraiment la même pandémie, les mêmes courbes, les mêmes modélisations. Car la situation épidémique dans les établissements scolaires reste un véritable angle mort dans la gestion de cette épidémie. Et le déroulé de cette rentrée questionne une nouvelle fois les relations entre pouvoir politique et expertise scientifique, distendues de vague en vague.  

Le 21 août dans Le Journal du dimanche, Jean-Michel Blanquer dévoile un nouveau protocole qui, par certains aspects, fait écho aux slogans qui s’affichent le samedi lors des rassemblements antipasse sanitaire : « Touche pas à mes enfants ! » Cette annonce était pourtant précédée le 20 août d’une note d’alerte du conseil scientifique estimant que « les approches de contrôle de la circulation du virus en milieu scolaire utilisées jusqu’à présent pourraient être mises à défaut « . A l’origine de cette inquiétude, un variant Delta plus contagieux, l’impossibilité de vacciner les moins de 12 ans et l’absence de politique de dépistage massif en milieu scolaire, qui est une singularité, pour ne pas dire une faille, française.  

La zone d’ombre de la circulation virale chez les enfants

Le 9 septembre sort, chez Gallimard, le livre plaidoyer du ministre de l’Education nationale intitulé Ecole ouverte. Titre dont de la polysémie permet autant de justifier le choix de maintenir les écoles ouvertes le plus longtemps possible durant la pandémie que de symboliser la vision, par l’auteur, de l’école du futur. La France reste l’un des pays développés où les écoles ont rouvert le plus vite. Ce qui se traduit sous la plume du ministre par cette assertion : « Je voyais que nous avions sauvé les enfants de France d’un naufrage dramatique par-delà toutes les vicissitudes et les manques. » 

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Cinq jours après, le 13 septembre, le conseil scientifique Covid-19 et le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale unissent pourtant leur voix – fait assez rare pour être souligné – pour suggérer que le protocole retenu n’est pas le plus opportun. Pour les deux instances, il conviendrait « pour sécuriser aussi bien la santé que la scolarité des élèves de renforcer la place du dépistage en milieu scolaire avec une stratégie adaptée ». A pression virale égale, la stratégie retenue de fermeture des classes au premier cas positif conduirait en effet à 16% d’élèves absents, contre 2% en cas de dépistage deux fois par semaine. Ce que font nombre de pays, dont l’Autriche.  

Le 24 septembre, le ministère de l’Education nationale communiquait confusément sur « les tests salivaires pour les élèves et les personnels » réalisés entre le lundi 13 et le lundi 20 septembre. Ceux-ci étaient livrés « poolés », sous-entendant que les adultes se font dépister avec des tests salivaires et sans différencier enfants et enseignants… Au total 159 828 tests ont été réalisés, soit 0,01% de l’ensemble des élèves et de leurs professeurs. Chiffre dérisoire qui atteste les faibles moyens déployés pour connaître le niveau de circulation virale dans les écoles, qui reste à ce jour largement méconnu. Finalement, le 28 septembre, M. Blanquer a consenti à expérimenter sur dix départements les recommandations des deux conseils scientifiques. « A chaque cas positif, toute la classe sera testée, et seuls les positifs seront renvoyés chez eux », a fait savoir le ministre. Et d’ajouter : « On verra si cela change vraiment la donne. Mais, donc, ça ne fera pas une différence gigantesque avec ce que nous faisons actuellement »…  

Cette crise sanitaire a montré combien les décisions politiques consistent souvent à choisir entre deux risques. Alors qu’un relatif consensus scientifique semble se dégager en faveur d’une stratégie de « suppression » à la danoise, il conviendrait, faute de pouvoir prédire l’après-accalmie, de limiter les zones d’ombre qui entachent les prises de décisions. A commencer par les chiffres de circulation virale chez les enfants. 

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Le Pr Gilles PIALOUX est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (AP-HP) à Paris (XXe). Membre du collectif PandemIA et du pôle santé de Terra Nova, il est également l’auteur de « Nous n’étions pas prêts. Carnet de bord par temps de coronavirus » (éd. JC Lattès). 

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