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mercredi, septembre 28, 2022

Pour ou contre : faut-il rendre le vaccin contre le Covid-19 obligatoire ?

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Un peu plus de 75% des Français ont reçu au moins une dose de vaccin. Une performance à laquelle nul ne s’attendait voilà encore quelques mois… mais qui reste encore bien insuffisante au regard de la contagiosité du variant Delta. Pour nous mettre totalement à l’abri d’une nouvelle submersion hospitalière dans les prochains mois, une plus large part encore de la population doit être immunisée. Mais comment aller plus loin ? Continuer à aller chercher les récalcitrants un par un, ou rendre la vaccination obligatoire ? Le sénateur Bernard Jomier, qui s’apprête à défendre une proposition de loi en ce sens, et le Pr Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, en débattent pour l’Express.  

Oui / « Ce serait plus efficace que le passe »

PAR BERNARD JOMIER 

Ce sont 8 millions de Français de plus de 12 ans qui ne sont toujours pas vaccinés, auxquels il convient d’ajouter 9 millions d’enfants. Soit un total de 17 millions de personnes qui représentent encore un vaste espace de circulation pour le virus. En cas de rebond épidémique, nous pourrions donc une nouvelle fois faire face à une saturation des hôpitaux.  

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Le passe sanitaire a été efficace pour inciter les Français à la vaccination. Mais, aujourd’hui, cet effet est épuisé : actuellement, seules 35 000 nouvelles personnes se font immuniser en moyenne chaque jour, contre 700 000 au pic du 21 juillet. Certains espéraient que le passe permettrait aussi de limiter la circulation virale, mais à ce jour aucune donnée ne permet de l’établir, alors qu’il représente une atteinte importante à nos libertés. 

A présent, les pouvoirs publics misent sur la fin de la gratuité des tests pour relancer la vaccination, mais je pense que cela ne sera pas le cas, car beaucoup ont déjà anticipé cette fin. Pour aller plus loin, nous savons que l’obligation fonctionne. En 2018, la seule annonce de la mesure [NDLR : passage de 3 à 11 vaccins obligatoires] a poussé les parents à faire vacciner leurs enfants, et les objectifs ont été atteints. En Nouvelle-Calédonie, les autorités locales viennent d’opter pour cette solution, et la vaccination progresse fortement, alors que les sanctions n’entreront en vigueur que début 2022. Mais l’effet – conjugué à l’arrivée du variant Delta – a été immédiat.  

En ce qui concerne la métropole, je crains que le gouvernement ne fasse le pari que les personnes non vaccinées finiront par s’immuniser en étant infectées par le virus. C’est un très mauvais calcul. Pour les individus concernés, car ils prennent un risque pour leur santé, mais aussi d’un point de vue collectif, car nous sommes dans l’urgence, l’épidémie pouvant rebondir à l’automne. Le facteur temps joue contre nous, et l’obligation permettrait d’atteindre la protection collective plus rapidement.  

Bernard Jomier est sénateur de Paris (groupe socialiste) et médecin généraliste.  

 

Non / « La priorité : aller vers les plus éloignés du soin »

PAR ALAIN FISCHER 

Nous poursuivons tous le même objectif : protéger contre le Covid-19 la plus large part de la population. Ayant défendu la vaccination obligatoire pour les nourrissons voilà cinq ans, je n’ai pas de position de principe contre l’idée d’imposer une immunisation anti-Covid. Ce type de mesure peut s’avérer un outil intéressant et efficace, sous réserve de l’accompagner de pédagogie et d’explications.  

Pour autant, est-ce le moment de le faire ? A ce jour – cela pourrait évoluer -, je ne le pense pas. Au regard de ce que l’on pouvait espérer en début d’année, quand plus de 50% des Français se disaient hostiles à ces injections, nous avons de bons résultats. Au 29 septembre, 74,6% des plus de 12 ans avaient déjà reçu au moins une dose. L’incitation a bien fonctionné, puis, quand la demande a ralenti, le passe sanitaire a convaincu de 4 à 5 millions de personnes supplémentaires. Enfin, une obligation a été instaurée pour les professionnels de santé.  

Pour aller plus loin, la priorité reste de parvenir à vacciner les personnes vulnérables qui se trouvent en périphérie du système de santé. Nous devons développer des politiques « d’aller vers », pour toucher les 14% de plus de 80 ans encore non immunisés, et les personnes précaires ou obèses éloignées des soins. Pour ces publics, l’obligation ne changerait rien : la seule façon de réussir à les protéger reste d’aller les chercher, quasiment une par une, grâce aux médecins traitants, aux infirmières, aux associations. Il s’agit d’une action longue et difficile, qui demande des efforts gigantesques, mais nous n’avons pas d’alternative.  

Par ailleurs, l’obligation serait probablement difficile à contrôler. Pour autant, on ne peut exclure de devoir y recourir, en cas de nouveau rebond épidémique qui saturerait les hôpitaux. Mais pour le moment, le contexte ne le justifie pas.  

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Alain Fischer préside le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale 

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