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mercredi, septembre 28, 2022

Les récifs coralliens sont-ils toujours résilients ?

Quel avenir pour les récifs coralliens ? Vont-ils disparaître d’ici à 2050, victimes du réchauffement climatique, ou parviendra-t-on à les protéger, donnant par la même occasion un avenir aux populations qui dépendent de ces zones ? Si on en croit les dernières données issues du monde scientifique, les deux futurs sont encore possibles. Certes, la dernière décennie a été particulièrement douloureuse pour les écosystèmes marins. Entre 2009 et 2018, la surface occupée par le corail dans les récifs a diminué de 14% à l’échelle de la planète, selon un rapport dévoilé à l’occasion du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), à Marseille. Mais sur la période récente, une amélioration se dessine. « Pour la première fois, nous avons une idée précise des variations de l’état de santé des coraux sur longue période au niveau mondial » observe Serge Planes, directeur de recherche au CNRS, et l’un des principaux rédacteurs de l’étude.  

Les travaux ont mobilisé de nombreux chercheurs. Plus de 12 000 sites abritant du corail ont fait l’objet d’une enquête méticuleuse. Dans l’ensemble, les nouvelles ne sont guère réjouissantes : tous les récifs ont subi ces dernières années des épisodes de blanchissement aux conséquences dramatiques. Celui de 1998, par exemple, s’est traduit par une chute brutale de 8% de la surface occupée par les coraux dans le monde. Depuis, d’autres phases de stress – moins violentes – ont eu lieu. Mais les épisodes s’enchaînent, maintenant le taux de couverture corallien nettement en dessous de son niveau historique (autour de 30%). « Notre crainte est que ces événements de blanchissement deviennent plus récurrents et que malgré les phases de reprise, la surface occupée par les coraux continue de diminuer en tendance », prévient Serge Planes.  

Car l’affaiblissement de ces organismes s’explique en grande partie par le réchauffement climatique. Un phénomène irréversible à court ou moyen terme. « Lorsque la température de l’eau grimpe en surface, les coraux subissent un stress qui les fait expulser des microalgues essentielles à leur survie », expliquait récemment à L’Express Jean-Pierre Gattuso, océanographe au CNRS. En s’affaiblissant, ils laissent aussi la place à des algues beaucoup plus grandes, qui sont en concurrence pour le même substrat. Ainsi, depuis 2011, la présence d’algues dans les récifs s’est accrue de 20%, constatent les auteurs de l’étude. Un très mauvais signal.  

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En Asie du Sud-Est, plus de corail aujourd’hui qu’en 1983

Il y a cependant quelques bonnes nouvelles : en Asie du Sud-Est, la couverture algale a plutôt tendance à diminuer sur la période récente. A l’inverse, le corail s’y refait une santé. Il est même plus présent aujourd’hui qu’en 1983 ! « Les accroissements de la couverture corallienne entre 2002 et 2009, ainsi qu’en 2019 laissent penser que beaucoup de récifs demeurent résilients et qu’ils peuvent se remettre sur pied, si les conditions le permettent », soulignent les auteurs de l’étude.  

Toutefois un coup de pouce de la part de l’Homme ne serait pas de trop. Ces dernières années, plusieurs initiatives de restauration ont vu le jour. Les scientifiques utilisent par exemple la reproduction naturelle du corail pour faire de l’élevage et implanter des spécimens dans le milieu naturel. Cependant, le passage à une grande échelle pose problème.  » Les événements de blanchissement se produisent parfois sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. Lorsque derrière on a un peu de bouturage sur quelques dizaines de mètres carrés, le ratio est très disproportionné », constate Serge Planes.  

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Le chercheur prône donc pour un patchwork de solutions : « Il va falloir à la fois faire de la reproduction aidée, de la sélection, limiter le développement des algues, mettre au point des coraux 2.0 plus résistants ou qui récupèrent plus vite ». Selon des travaux récents, certains mélanges de bactéries peuvent permettre à ces organismes marins de mieux récupérer après une vague de chaleur. Le refroidissement de l’eau fait aussi partie des solutions envisagées, soit en créant des zones d’ombre, soit en redistribuant de l’eau captée en profondeur à la surface. « Ce type de projet est encore à l’étude », reconnaît Serge Planes. Tenter de refroidir la température de l’eau peut paraître un peu fou, mais le jeu en vaut la chandelle : 25% des espèces marines ont besoin des coraux et l’économie des récifs pèse, à elle seule, 2700 milliards de dollars par an, soit un peu moins que le PIB de la France. 

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