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mercredi, septembre 28, 2022

Traitements contre le Covid-19 : pourquoi la route est encore longue

Ce n’est pas la molécule miracle mais ses effets sont suffisamment intéressants pour en élargir l’accès. Le 6 août, la Haute Autorité de Santé a autorisé l’accès au Ronapreve, un nouveau traitement fondé sur des anticorps de synthèse, aux personnes immunodéprimées qui ne sont pas protégées par une vaccination complète. Ce traitement par injection, développé par la biotech américaine Regeneron en partenariat avec le laboratoire Roche, combine deux types d’anticorps monoclonaux dirigés contre la protéine Spike du virus. Le but, pour ces personnes dont les défenses immunitaires sont réduites par un traitement particulier ou en raison de maladies, est d’éviter la pénétration du virus dans les cellules, et ainsi lutter contre sa réplication dans l’organisme.  

Un an et demi après le début de l’épidémie, la route vers un traitement efficace du Covid-19 est encore longue. « On est dans une stratégie d’essais, on avance encore à tâtons », résume Florence Ader, infectiologue au CHU de Lyon qui dirige depuis plus d’un an l’essai Discovery, une vaste étude européenne sur les traitements contre le Covid-19. Depuis les premiers temps, la recherche sur les spécificités du virus a permis de mieux cerner son fonctionnement, et la manière d’y répondre. « La problématique est que nous faisons face à une machinerie complexe, ce qui veut dire qu’il n’y a pas un seul point d’impact pour le combattre », souligne Florence Ader, qui insiste : « On n’a peut-être pas assez expliqué que l’on ne cherche pas la baguette magique contre le Covid-19, mais avant tout à en atténuer l’impact ».  

« L’arsenal thérapeutique est assez pauvre »

Depuis un an et demi, la prise en charge des patients et la connaissance des profils à risque de faire des formes graves du Covid-19 s’est considérablement améliorée. « Avec un an et demi d’épidémie dans les pattes, on connaît maintenant la dynamique des grands profils d’évolutions de la maladie », évoque Florence Ader. Savoir « positionner » le patient dans l’évolution de la maladie permet d’adapter le traitement. « Quand on met tout cela en équation à un instant T, on sait si le patient sera plutôt sur le versant viral ou inflammatoire de la maladie et on adapte nos approches thérapeutiques ».  

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Malgré les nombreux essais et les recherches, peu de médicaments se sont révélés efficaces pour lutter contre la mortalité du Covid-19. « Actuellement l’arsenal thérapeutique est assez pauvre », reconnaît l’infectiologue Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP), « on y retrouve la dexaméthasone, un corticoïde qui a considérablement amélioré l’état des patients sous oxygène, et le tocilizumab, un traitement d’anticorps monoclonaux que l’on administre également aux patients sous oxygène ». Le but de ces deux médicaments est de lutter contre la seconde phase de la maladie, c’est-à-dire l’emballement immunitaire résultant de l’infection et de la réplication du virus. L’utilisation de corticoïdes, dont l’efficacité a été démontrée pour réduire la réponse inflammatoire, permettrait de réduire d’environ 30% la mortalité des patients pris en charge à l’hôpital.  

Les anticorps monoclonaux ont le vent en poupe

Fini donc les principaux antiviraux dits « repositionnés », comme le Remdesivir, qui n’ont pas montré leur efficacité, la recherche se porte désormais davantage vers de nouveaux médicaments dirigés spécifiquement contre ce virus. Et depuis quelque temps ce sont les anticorps monoclonaux qui ont le vent en poupe. « Ils représentent le gros de la recherche », indique Karine Lacombe. Ces anticorps, cultivés en laboratoire, permettent de viser la Spike du virus, pour l’empêcher de se fixer sur les cellules. Actuellement en France deux associations d’anticorps monoclonaux sont autorisées, celles du laboratoire américain Eli Lilly et celles de Roche-Regeneron. Mais, dernièrement, l’arrivée du variant Delta a contraint les médecins à revoir l’utilisation du traitement développé par Eli Lilly, moins efficace contre cette nouvelle forme du virus. 

Reste que ces thérapeutiques sont relativement lourdes. « Ce sont des traitements qui doivent se faire en milieu hospitalier, dans des conditions particulières, et qui restent chers » souligne Karine Lacombe. D’autant que la durée de protection conférée par ces anticorps monoclonaux dure environ un mois, ce qui nécessite des injections régulières. D’autres anticorps monoclonaux sont actuellement à l’étude notamment des anticorps monoclonaux adaptés à toutes les formes du SARS-CoV 2, et ayant des durées d’action plus longues.  

Signe que la recherche sur les nouveaux traitements continue, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mercredi le lancement prochain de nouveaux essais cliniques dans le monde pour mesurer l’efficacité de trois traitements supplémentaires. Ce nouvel essai, qui s’inscrit dans le programme Solidarity, testera « trois médicaments l’artésunate, un traitement contre le paludisme dans sa forme grave; l’imatinib, un médicament contre certains cancers; l’infliximab, un traitement pour les troubles du système immunitaire », expliquait lors d’une conférence de presse le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.  

Une combinaison de molécules

Aujourd’hui la plupart des traitements concernent les patients à risque d’aggravation, ou dans un état avancé de la maladie. Le but des futurs traitements sera notamment de pouvoir couvrir une large partie du spectre du Covid-19. « Nous disposons déjà de nombreux outils pour prévenir, tester et traiter le Covid-19, notamment l’oxygène, la dexaméthasone et les antagonistes de l’interleukine 6. Mais il en faut plus, pour tous les patients, qu’ils aient une forme grave ou légère de la maladie », expliquait le Dr Tedros. « On avance, chaque laboratoire travaille activement et beaucoup de ces molécules nous sont encore inconnues face au coronavirus. Il y a les molécules antiprotéases, des ‘small molécules’ qui interfèrent avec les étapes de fabrication du virus, ou l’enzyme qui permet de fabriquer l’ARN viral… Beaucoup d’industriels travaillent sur l’un ou l’autre de ces mécanismes pour les bloquer de manière spécifique et éviter des dégâts pour la cellule », détaille Florence Ader.  

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Pour répondre à la maladie, les médecins l’assurent : la solution ne proviendra pas d’un médicament en particulier, mais d’une combinaison de molécules. « On marchera toujours sur deux jambes, on ne trouvera pas un traitement à large échelle dès le début des symptômes par exemple, car ils sont très frustes et peuvent évoluer très vite », souligne Karine Lacombe. Patience donc, les résultats des nouveaux essais sont attendus cette année. 

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