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mercredi, septembre 28, 2022

Covid-19 : quatre questions sur la bataille autour de l’ivermectine, un médicament controversé

« Vous n’êtes pas un cheval. Vous n’êtes pas une vache. Sérieusement, arrêtez tous maintenant ». Voilà ce qu’a déclaré samedi sur Twitter l’US Food and Drug Administration (FDA), partageant un article expliquant pourquoi l’ivermectine ne devrait pas être utilisée pour traiter le Covid-19. 

Cet avertissement de l’agence américaine intervient alors que plusieurs rapports de personnes ayant été hospitalisées aux Etats-Unis après avoir pris de l’ivermectine pour tenter de traiter une infection à coronavirus ont récemment été publiés. L’Express fait le point sur ce médicament normalement utilisé contre les infections parasitaires, dont la demande a bondi dans certains pays. 

  • Qu’est-ce que l’ivermectine ?

L’ivermectine est un traitement antiparasitaire utilisé depuis une quarantaine d’années. Il est plébiscité par des hommes politiques et des influenceurs comme un remède miracle contre le Covid-19, en dépit des recommandations officielles contre ce produit. Il s’agit à la base d’un médicament de la gamme des anthelminthiques et qui est utilité, notamment, pour soigner certaines infections gastro-intestinales indique le dictionnaire médical Vidal.  

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Il permet donc de soigner diverses maladies causées par des parasites, des acariens et des insectes comme la gale, la rosacée et même les poux du pubis, ainsi que de graves maladies causées par des vers tropicaux, comme la cécité des rivières. Le laboratoire américain Merck le commercialise depuis les années 1970 sous le nom Stromectol. L’efficacité de l’ivermectine est largement reconnue pour lutter contre ces maladies.  

  • Dans quels pays utilise-t-on ce médicament ?

Alimentée par la mouvance antivaccin et les théories du complot qui circulent sur Internet, la demande en ivermectine a bondi dans le monde. Début juillet, en plein pic de l’épidémie, les Indonésiens s’arrachaient l’ivermectine. Dans tout le pays, les pharmacies faisaient état d’une ruée sur ce médicament, et ce en partie à cause de publications sur les réseaux sociaux qui louent son potentiel contre le coronavirus. « Nous n’en avons plus car de nombreux clients sont venus en acheter », témoignait Yoyon, responsable d’une association professionnelle de pharmaciens de la capitale.  

« Les gens arrivent avec une capture d’écran disant que l’ivermectine peut guérir du Covid », ajoutait-il expliquant que le prix de la bouteille était passé de 175 000 roupies (10 euros) à 300 000 roupies. Cet engouement pour ce traitement découlait aussi de la publicité qu’en font certaines personnalités très populaires. 

Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte avait lui fait pression sur le régulateur pour que l’ivermectine soit approuvée contre le coronavirus. La demande en ivermectine a aussi bondi ailleurs dans le monde, comme au Brésil, en Afrique du Sud ou au Liban. 

  • Pourquoi est-il inefficace pour soigner le Covid-19 ?

De nombreux scientifiques, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les agences sanitaires de beaucoup de pays, dont l’Indonésie, ont tous souligné l’absence de preuves crédibles d’un impact positif de l’ivermectine contre le coronavirus. 

« Les données actuelles sur l’utilisation de l’ivermectine pour traiter les patients atteints de Covid-19 ne sont pas probantes », assurait ainsi l’OMS le 31 mars dernier. « Notre recommandation est de ne pas utiliser l’ivermectine pour des patients atteints du Covid-19. Ceci s’applique quel que soit le niveau de gravité ou de durée des symptômes », avait expliqué Janet Diaz, responsable de l’équipe clinique chargée de la riposte au Covid-19 au sein de l’agence onusienne. 

L’OMS a formellement recommandé de n’administrer ce médicament que dans le cadre d’essais cliniques. La FDA a également averti de risques après l’hospitalisation de patients qui avaient ingéré une version du médicament destinée aux chevaux. Le fabricant de l’ivermectine, le laboratoire américain Merck, a de son côté assuré que l’idée d’un « potentiel effet thérapeutique contre le Covid-19 n’a aucune base scientifique » et averti de possibles risques si le médicament n’était pas correctement administré. 

  • Quelles sont les « fake news » qui circulent au sujet de ce médicament ?

De nombreuses fausses informations circulent au sujet de l’efficacité prétendue de l’ivermectine dans les infections provoquées par le coronavirus. Le 3 août dernier, un avocat belge, Philippe Vanlangendonck, a ainsi affirmé que l’Inde avait réussi à reprendre le contrôle de la flambée épidémique de Covid-19 en Inde en trois semaines grâce à l’ivermectine, comme le rappelle la RTBF. L’inflexion des courbes épidémiologiques de l’Inde est toutefois apparue avant l’ajout de l’ivermectine dans les traitements recommandés contre le Covid-19 et alors que des mesures de confinements et de couvre-feu étaient appliquées.  

Selon lui, la maîtrise de l’épidémie a été rendue possible grâce à des avocats indiens ayant saisi la Cour suprême de Bombay. Ces derniers ont introduit une requête afin qu’un juge suspende l’interdiction de l’ivermectine pour lutter contre le Covid-19. « Et en trois semaines, l’épidémie était terminée », indique l’avocat. « Cela veut dire que nous, en Belgique, depuis mars de l’année dernière, au mois d’avril 2020, cette épidémie aurait dû être terminée », a-t-il affirmé. 

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En France, des internautes ont interprété à tort une publication de l’institut Pasteur comme une reconnaissance de l’efficacité de l’ivermectine contre le Covid-19 chez l’homme. Un billet de blog temporairement hébergé sur Mediapart prétendait ainsi que l’institut Pasteur aurait reconnu l’ivermectine comme capable « d’éradiquer tout le matériel génétique du SARS-CoV-2 » chez « certaines personnes » le 12 juillet dernier. Mais l’étude pré-clinique publiée ce jour-là par des chercheurs de l’institut conclut, à l’inverse, que l’ivermectine « n’a pas limité la réplication virale » du virus, bien qu’elle ait aidé à atténuer certains symptômes du Covid-19 chez des hamsters infectés. Une étude pré-clinique n’est en outre « pas suffisante pour envisager un usage médical dans le cadre de la crise sanitaire », a souligné l’Institut Pasteur auprès de l’AFP. Il faudrait que ces conclusions se confirment dans des essais cliniques de grande ampleur chez l’humain pour le concevoir, pointent deux experts. 

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