10.5 C
Londres
mercredi, septembre 28, 2022

Antoine Flahault: « Il faut privilégier la primo vaccination pour tous les habitants de la Terre »

Le débat fait rage et de plus en plus de pays franchissent le pas. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a appelé à un moratoire sur l’administration d’une troisième dose de vaccin contre le Covid-19 jusqu’à la fin septembre. « Nous avons un besoin urgent de renverser les choses : d’une majorité de vaccins allant dans les pays riches à une majorité allant dans les pays pauvres », a déclaré le directeur général de l’institution, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’un point de presse à Genève. 

Israël a déjà commencé à administrer un rappel aux personnes âgées de plus de 60 ans. L’Allemagne lancera de son côté une campagne similaire dès le 1er septembre pour les personnes âgées. En France, Emmanuel Macron a confirmé jeudi qu’une troisième dose de vaccin contre le Covid-19 serait proposée « à la rentrée » pour « les plus âgés et les plus fragiles ». Pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de Santé de Genève, préférer une 3e dose à la distribution de vaccins aux pays pauvres pourrait laisser le champ libre à l’apparition de nouveaux variants et à une reprise de l’épidémie à l’avenir. 

L’Express : Les Européens ont-ils plus intérêt à vacciner les plus fragiles une nouvelle fois ou à vacciner les pays pauvres ? 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Antoine Flahaut : La troisième dose vaccinale contre la Covid-19 des personnes ayant une immunodépression, comme les insuffisants rénaux greffés, ne fait pas débat, elle est clairement indiquée pour les protéger. Les personnes très âgées sont souvent atteintes d’immunosénescence, c’est-à-dire d’une perte relative de leur immunité liée à l’âge, une troisième dose chez elle peut aussi se discuter, compte tenu du risque élevé chez elles de complications mortelles en cas d’infection. Ces indications sont relativement rares. 

Si les pays riches font mieux attention à distribuer les doses vers les pays plus pauvres, cette troisième dose ciblée sur ces segments étroits de la population n’est pas nécessairement en contradiction avec une distribution plus équitable des doses dans le monde. En revanche, si les pays riches décident de revacciner toute leur population à la rentrée, les plus pauvres ne seront jamais primo-vaccinés, sachant qu’aujourd’hui seuls 1,1% des populations des pays les plus pauvres de la planète ont reçu au moins une dose (contre 65% en France). 

A-t-on assez de recul sur la 3e dose ? 

Il n’y a aucune preuve scientifique de l’utilité d’une troisième dose chez les personnes ne présentant pas de facteurs de risque. Au contraire, Moderna vient de publier récemment une étude montrant plus de 90% d’efficacité vaccinale plus de 6 mois après la vaccination, ce qui est très encourageant pour une immunité solide et durable des vaccins contre la Covid-19. Si des éléments factuels venaient contredire les données actuelles, on pourrait être amenés à revoir cette question, mais aujourd’hui, à part pour les personnes très âgées et les immunodéprimés, il n’y a pas d’indication pour une troisième dose vaccinale. 

Quel est le risque de laisser l’épidémie continuer à se propager dans les pays où le taux de vaccination est faible ? 

Les variants qui ont émergé jusqu’à présent sont toujours venus de pays où une vague pandémique faisait rage et où la couverture vaccinale était faible. Ce fut le cas du Royaume-Uni en septembre 2020 (variant Alpha), puis de l’Afrique du Sud (variant Beta), de celui du Brésil (variant Gamma) et enfin de l’Inde (variant Delta). Le risque est donc très élevé de laisser se développer des épidémies dans des pays à faible couverture vaccinale aujourd’hui.  

Ne pas écouter l’appel de l’OMS aujourd’hui ne serait pas seulement faire preuve d’un manque d’humanité envers les pays pauvres, leurs personnels de santé, et leurs populations à risque, ce serait prendre un très grand risque, connaissant désormais ce coronavirus. Ce serait laisser le virus se propager dans les mois à venir au sein de populations vierges de toute immunité, où il risque d’y faire des ravages et de revenir comme un boomerang dans les mêmes pays riches qui auront accaparé pour eux les doses d’un vaccin qui sera peut-être devenu inefficace, en raison de nouveaux variants échappant à l’efficacité des vaccins existants. 

Les pays riches sont-ils en mesure de fournir assez doses pour les pays qui en ont besoin ?  

Nous avons réussi à administrer 4,4 milliards de doses en moins de 9 mois dans le monde ce qui correspond à un petit tiers des habitants de la planète vaccinés. Ce sont les pays riches (Etats-Unis, Europe) mais aussi la Chine, l’Inde et la Russie qui ont produit et distribué ces vaccins efficaces et sûrs. Il y a jusqu’à présent une très forte inégalité de cette distribution entre les pays riches et les plus pauvres. On peut raisonnablement prévoir la production d’encore dix milliards de doses dans les douze mois à venir et ainsi couvrir potentiellement les besoins de toute la planète, si l’on retrousse les manches, que l’on est raisonnable et que l’on accepte une répartition plus harmonieuse des doses produites.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Si l’on produit 10 milliards de doses en douze mois et que les pays riches utilisent pour leur population une troisième dose et peut-être même une quatrième dans l’intervalle, alors le calcul simple montre que l’on ne parviendra pas à vacciner les deux-tiers de la planète qui n’ont toujours reçu aucune dose. Il faut aujourd’hui privilégier la primo vaccination pour tous les habitants de la Terre et ne réserver la troisième dose qu’aux rares cas indiqués médicalement (immunodéprimés, éventuellement personnes très âgées). 

Opinions

Economie

Nicolas Bouzou

Chronique

Par le Pr Gilles Pialoux

Chronique

Par Sylvain Fort

Chronique

Jean-Laurent Cassely

Les dernières nouvelles