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mercredi, septembre 28, 2022

Ruée vers les ressources extraterrestres : les chercheurs d’or spatial feront-ils fortune ?

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Le paradoxe de Fermi évalue la probabilité d’existence de civilisations avancées ailleurs dans l’univers. Avec les géants de la tech, on serait plutôt dans le « paradoxe des milliardaires », qui les voit échafauder de doux rêves de conquêtes lointaines tout en développant des fusées, mais sans la moindre véritable réflexion sur comment vivre là-bas. L’équation est pourtant désarmante de simplicité : « Etant donné les coûts d’accès et le prix du kilo en orbite, il n’y aura pas d’autre moyen que d’exploiter les ressources in situ comme l’eau des glaces du pôle Sud de la Lune où se focalisent la plupart des prochaines missions », affirme Didier Schmitt, responsable de la stratégie et de la coordination en matière d’exploration robotique et humaine à l’Agence spatiale européenne (ESA). Cette dernière réfléchit aussi à exploiter le régolithe, cette fine poussière recouvrant le sol de notre satellite. Techniquement, il est possible d’en récupérer l’oxygène, pour produire l’air des futures bases, mais aussi pour l’utiliser comme comburant pour les lanceurs – dans la perspective d’un retour sur la Terre . On pourrait également en faire le matériau de construction des modules d’habitation et des pièces de rechange grâce à des imprimantes 3D. 

De l’oxygène à partir de la poussière lunaire

« En 2020, nous avons travaillé sur un procédé d’électrolyse baptisé FFC Cambridge, explique Alexandre Meurisse, qui a développé un prototype de centrale pour l’ESA. Le régolithe se trouve plongé dans un bain de sel de calcium avant que l’on y fasse passer un courant électrique puissant et, par décomposition chimique, nous pouvons en extraire l’oxygène. » La formule est gagnante : avec 1 kilo de régolithe, les chercheurs obtiennent 400 grammes d’oxygène et 600 grammes de métaux pour la construction (fer, aluminium, silicium, etc.). Depuis, l’ESA a demandé à quatre industriels de développer un appareil d’extraction d’oxygène, qui sera envoyé sur la Lune en 2025. 

Sur Mars, les Américains de la Nasa ont lancé l’expérience Moxie, embarquée dans le rover Perseverance, déjà capable de produire de l’oxygène. « Il s’agit de le récupérer depuis la fine atmosphère, poursuit le chercheur. Les premiers résultats sont très concluants. » Mais la planète rouge pourrait renfermer d’autres richesses : soeur de la Terre, elle a connu les mêmes phénomènes géologiques – pressions, volcanisme -, qui laissent penser que peuvent s’y trouver de l’or, voire des diamants. « Reste qu’il n’y en a sans doute pas plus que sur terre et que nous ne disposons pas des technologies de forage pour les extraire », tempère Jessica Flahaut, du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CNRS / université de Lorraine), à Vandoeuvre-lès-Nancy.  

 

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Terres rares et métaux précieux

L’exploitation des ressources extraterrestres demeure avant tout l’affaire des grandes agences spatiales en ce sens qu’elle sert à prolonger l’exploration. Mais depuis quelques années de petites sociétés se sont lancées dans l’aventure, attirées par les terres rares et les métaux précieux (notamment les platinoïdes, dont le très cher rhodium) qui seraient présen Lts en quantité dans les astéroïdes. Les plus connues se nomment Planetary Resources et Deep Space Industries. La première a d’ailleurs de prestigieux investisseurs (Larry Page et Eric Schmidt de Google). « Autour du Jet Propulsion Laboratory de Pasadena en Californie, observe François Chopard de Starburst Accelerator, un incubateur de start-up du domaine spatial, s’est formé tout un écosystème qui s’intéresse à cette nouvelle ruée vers l’or, le minage d’astéroïdes. » 

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Plus d’un million de ces petits astres seraient catalogués par les astronomes. Les plus gros nourrissent quelques fantasmes, à l’instar de Psyché, qui pourrait contenir du nickel, du fer et surtout de l’or, ou encore de Davida et ses quelque 300 kilomètres de diamètre – les deux se situant dans la ceinture d’astéroïdes, entre les orbites de Mars et de Jupiter. « Là encore, il faut raison garder : la plupart de ces estimations de richesses ne sont pas fondées, et j’aimerais bien savoir de quelle façon s’effectuera ce minage », reprend Jessica Flahaut. A ce jour, deux missions sur des astéroïdes ont permis de récolter quelques poussières. Sur Ryugu, une mission japonaise en a collecté 5,4 grammes en 2019 pour un coût de 126 millions d’euros, et la sonde américaine Osiris-REx a effectué en 2020 un saut de puce de quelques secondes sur Bénou, dont les scientifiques espèrent une maigre récolte. Là encore pour un prix exorbitant : 1 milliard de dollars ! En s’aventurant dans ce nouveau Far West, pas sûr que les chercheurs d’or fassent fortune. 

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