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mercredi, septembre 28, 2022

Pr Gilbert Deray. Covid-19 : « Les antivax vous mentent ! »

Une petite musique s’est installée chez certains. Celle qui prétend que « ces vaccins que l’on veut imposer à tous sont une gigantesque entreprise de Big Pharma et de puissants réseaux visant à générer des profits au prix d’un immense scandale sanitaire ». Celle qui affirme que le monde va être « réinitialisé » à cause de vaccins toxiques.  

Cette petite musique déroule généralement sa liste d’effets secondaires et d’intentions cachées : « les vaccins portent atteinte à la fertilité », « l’ARN du vaccin s’intègre dans notre génome », « le développement des vaccins est trop rapide, ce qui fait de nous des cobayes », « le vaccin nous inocule la maladie », « des informations sont dissimulées sur les effets secondaires et il est impossible d’en connaître la réelle tolérance avant plusieurs années ». De graves accusations, auxquelles il est possible de répondre factuellement. 

1. « Les vaccins portent atteinte à la fertilité »

L’idée selon laquelle des vaccins pourraient impacter la fertilité est incroyablement répandue. Aux USA jusqu’à 42% des 18-28 ans disent avoir entendu que le vaccin contre la Covid pouvait causer une infertilité. Cette accusation provient d’un rapport circulant sur les réseaux sociaux, qui avance que la protéine Spike du virus – celle qui lui permet de s’attacher à une cellule pour y pénétrer – est similaire à une autre protéine, la Syncitin-1, qui est, elle, impliquée dans l’attachement et la croissance du placenta pendant la grossesse. Comme les vaccins anti-Covid entraînent la production d’anticorps contre la protéine Spike du Sars-CoV-2, les antivax ont inventé l’hypothèse selon laquelle cette immunité pourrait attaquer la protéine Syncitin et rendre des femmes stériles, y compris dans le cadre d’une grossesse médicalement assistée. 

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En réalité, ces deux protéines sont complètement différentes. Il n’y a aucun risque que ce phénomène se produise. D’ailleurs, après trois milliards de vaccinations, un tel effet secondaire n’a jamais été observé et rien ne permet de le suspecter aujourd’hui. A l’inverse l’infection par la Covid, elle, peut altérer la fertilité des hommes, comme l’avance cette étude publiée en février 2021, mais aussi celle des femmes, selon une autre étude publiée également en février 2021. 

Par ailleurs, l’injection du vaccin est effectuée localement. Les cellules qui reçoivent l’ARN codant pour la protéine Spike sont principalement les cellules musculaires. L’ARN ne va en aucun cas jusqu’aux cellules des organes reproducteurs, les gonades. Il ne peut donc pas être transmis d’une génération à l’autre. En revanche, les anticorps induits par le vaccin vont passer la barrière placentaire et se retrouver dans le lait maternel, ce qui est excellent pour l’enfant. Malgré cela, la rumeur court toujours et elle est largement propagée par des désinformateurs. 

2. « L’ARN du vaccin s’intègre dans notre génome »

Concernant l’assimilation des vaccins ARN dans notre génome, les plus grandes sommités scientifiques ont déjà expliqué pourquoi cela était impossible. Le vaccin ARN pénètre dans la cellule, mais il n’atteint pas le noyau des cellules qui abrite notre ADN. Il se contente de délivrer son message à la cellule, que l’on peut résumer par « Peux-tu fabriquer une protéine Spike? », puis est très rapidement détruit, avant même de pouvoir « approcher » ou modifier notre code ADN, ce que l’Inserm a d’ailleurs parfaitement décrit dans son « Canal Détox ». A l’inverse le SARS-COV-2, lui, pourrait modifier l’activité de votre génome – il ne modifie pas sa structure -, sans que l’on connaisse encore les conséquences de ces altérations, suggère une étude prépubliée (non relue) le 6 juillet 2021. 

3. »Nous sommes des cobayes »

L’un des refrains les plus entêtants des antivax est celui concernant la durée des études menées sur les vaccins et la nouveauté de la technologie ARN : trop rapide, selon eux, ce qui ferait de nous des cobayes. Sauf que cela fait 20 ans que des scientifiques travaillent sur les vaccins ARN. Déjà en 2003, cette technologie était envisagée pour lutter contre le SARS-COV-1. Ces travaux ont été stoppés uniquement par la disparition de la maladie. En 2017, des nouveaux vaccins ARN contre le virus Zika, Ebola, la grippe ou encore le cytomégalovirus sont conçus et testés chez l’homme. C’est une technologie ancienne et éprouvée que la Covid a juste permis de révéler. Moderna et BioNTech, qui ont créé les vaccins par ARN messager (ARNm), ont simplement réorienté leurs recherches jusque-là tournées vers le cancer. Tous les outils utilisés étaient le fruit de décennies de recherche. Sans compter que ce formidable élan induit par la recherche de ces vaccins contre la Covid va accélérer les découvertes dans d’autres domaines. Ainsi, des essais cliniques ont été commencés dans le cancer (mélanome métastasé). 

Quant à la durée des études, il est effectivement troublant pour des profanes que l’on ait pu mettre moins d’un an à développer des vaccins là où des années étaient nécessaires. « Elles ont été bâclées, trop courtes, elles ne sont pas terminées, regardez il est indiqué dans les études officielles qu’elles se termineront en 2023… », lance les antivax. Sauf que, là encore, il existe des explications logiques et factuelles. Et tout cela est transparent !  

D’abord, la séquence génomique du SARS-COV-2 a été identifiée en seulement deux semaines. Elle a ensuite été immédiatement mise à la disposition de la communauté internationale. Ensuite, il ne faut pas oublier que le SARS-CoV-2, appartient à la famille des coronavirus que l’on étudie depuis des années. Les premiers essais de vaccins contre la protéine Spike, qui est commune à tous les coronavirus, datent de 2003. Ces travaux ont permis, près de 20 ans plus tard, de largement accélérer la mise au point des vaccins contre le Sars-CoV-2. Tout ce qui restait à faire était de développer un système de transport qui permette d’amener le « message ARN » au bon endroit, à l’intérieur des cellules d’intérêt. C’est ce qu’ont découvert Pfizer/BioNTech et Moderna, qui utilisent des particules nano lipidiques pour transporter l’ARN vaccinal jusqu’aux cellules.  

De plus, l’approche innovante utilisée par Pfizer/BioNTech et Moderna a permis de se passer d’études animales, ce qui nous a fait gagner entre 3 et 5 ans de recherches. Quant à la production, l’ARNm est une technologique qui, contrairement aux vaccins classiques, est beaucoup plus rapide. Contrairement à d’autres technologies, celle de l’ARNm ne se repose pas sur la culture des virus en laboratoire, ni leur modification (par exemple pour les rendre inoffensifs avant de les injecter). Avec l’ARNm, Il suffit de connaître le code génétique de la fameuse protéine Spike puis de le reproduire chimiquement en laboratoire. Et cette étape n’a pris que 2 à 3 jours ! Un autre point qui explique cette rapidité est que l’urgence sanitaire a poussé les chercheurs à mener des protocoles d’essais cliniques en parallèle et quasi simultanément, ce qui fait gagner des années.  

Un autre point très important est que l’Union européenne et les Etats-Unis ont débloqué des milliards d’euros visant à réserver plus de 2 milliards de doses. Cela a permis de financer la finalisation des essais cliniques, la mise en place de nouvelles chaînes de production, ou encore l’achat de matières premières. Ces investissements qui ont permis aux industriels de lancer la production de leurs candidats vaccins alors même qu’ils n’avaient pas l’assurance que leurs vaccins étaient sûrs et efficaces. L’Agence européenne du médicament (EMA) et son équivalent américain (FDA) ont également accéléré leur procédure d’évaluation, en concentrant leur attention sur les vaccins. Mais les critères d’exigence et les standards de qualité, d’efficacité et de sécurité ont été les mêmes que d’habitude. 

4. »Il est impossible de connaître la réelle tolérance des vaccins avant plusieurs années »

Il est exact que les études officielles se termineront en 2023. Ce qui est parfaitement normal, puisqu’il est quasi-systématiquement demandé aux laboratoires d’effectuer une surveillante prolongée après commercialisation d’un médicament. Pour ces vaccins, cette prolongation ne concerne pas les effets secondaires, mais la persistance des anticorps dans le corps pendant cette période de suivi. Cela est d’ailleurs clairement indiqué dans le protocole. Et pourquoi ces différentes études précisent qu’il existe une surveillance post-vaccinale de trois mois ? Parce que tous les effets secondaires possibles identifiables des vaccins apparaissent dans les trois mois qui suivent l’injection. Toujours. Autrement dit, il n’a jamais été observé un nouvel effet secondaire au-delà de cette période. Jamais. Les essais cliniques de phase 3 qui précèdent la commercialisation sont donc bien terminés. La suite est ce que l’on appelle la phase 4, celle qui est destinée à surveiller la tolérance du médicament à très grande échelle. 

Sans compter que nous disposons, aujourd’hui, d’un recul de plus d’un an portant sur plus de 3 milliards d’injections. Ce qui est largement suffisant pour détecter les effets secondaires les plus rares… Qui ont d’ailleurs été identifiés : des thromboses cérébrales veineuses ont été observées avec les vaccins à Adénovirus, comme AstraZeneca et Johnson & Johnson. Cet effet secondaire concerne plutôt des femmes jeunes, raison pour laquelle ces vaccins sont réservés aux personnes âgées de plus de 55 ans. Plus récemment des myocardites – une maladie cardiaque inflammatoire – liées aux vaccins ARNm ont été diagnostiquées essentiellement chez des personnes jeunes, plutôt des hommes. Mais jamais n’a été mis en place de tels moyens pour surveiller un médicament et jamais un tel rythme de prescription n’a été effectué. Rien n’échappera à la pharmacovigilance de ces vaccins. Les effets secondaires sont exceptionnels et n’enlèvent rien aux bénéfices des vaccins, y compris chez les plus jeunes. 

Il faut garder en mémoire qu’inéluctablement, ceux qui n’auront pas été vaccinés seront contaminés et que le risque du virus à tous les âges est supérieur à celui du vaccin. Ainsi les 15% de personnes de plus de 75 ans non vaccinées en France représentent un risque de 300 000 hospitalisations et 100 000 morts. Même pour les adolescents, et malgré le (rare) risque de myocardite, le bénéfice des vaccins reste très favorable, comme le décrit cet article de l’Université Johns Hopkins. 

5. « Lutter contre les fake news »

Ce flot de désinformations accusatrices est l’une des principales causes de défiance envers les vaccins. Il conduit une part trop importante de la population à refuser de se faire vacciner et empêche donc la constitution d’une immunité collective, un mur vaccinal. 54% des Américains croient par exemple à une ou plusieurs de ces fausses informations, aussi grossières soient-elles, selon une enquête effectuée en avril 2021. Malheureusement, ces rumeurs jamais confirmées ni prouvées par des données scientifiques se répandent toujours plus vite que celles qui visent à les corriger. Nous avons plongé avec fureur et délice dans « le monde de Brandolini* », mâtiné par l’ultracrépidarianisme** et l’ipsedixistisme***, 3 mots que j’ai appris pendant cette crise. 

En conclusion, et pour faire simple, vaccinez-vous rapidement. Vaccinez-vous pour : vous protéger, ne pas transmettre le virus à vos proches, éviter formes graves et hospitalisation, protéger les hôpitaux, que les enfants retrouvent une école libre, permettre au pays de souffler et rétablir son économie et vivre normalement. 

* La loi de Brandolini, ou principe d’asymétrie des idioties, est un adage ou aphorisme énonçant que « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ». 

**L’ultracrépidarianisme est un comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence crédible ou démontrée.  

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*** Fait de croire vraie une assertion non fondée, parce qu’on l’a entendue dire par quelqu’un en qui on a confiance  

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