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mercredi, septembre 28, 2022

Plus de 20 000 cas de Covid par jour début août: le scénario redouté par Véran est-il réaliste?

La situation sanitaire en France aujourd’hui pourrait sembler rassurante : la pression hospitalière baisse encore, avec 7384 hospitalisations en cours et 971 personnes en soins critiques, soit 848 hospitalisations et 191 admissions en soins critiques de moins par rapport à la semaine dernière. Sauf que les nouvelles contaminations sont à la hausse, portées par le variant Delta, plus contagieux que les précédents variants. Dimanche, 4256 nouveaux cas étaient enregistrés selon Santé Publique France, contre 2549 il y a une semaine. Selon le ministre de la Santé Olivier Véran, ce chiffre pourrait s’élever à « 6000 dans une semaine, 10 000 dans 15 jours et monter au-dessus de 20 000 début août si nous n’agissons pas ». 

« Ici, à l’université de Genève où nous effectuons des prévisions pour de nombreux pays d’Europe et du monde, nous avons effectivement calculé que la France atteindra les 6000 contaminations quotidiennes d’ici au 18 juillet », confirme l’épidémiologiste Antoine Flahault. Si ce rythme de progression exponentielle se poursuit – c’est-à-dire que le nombre de cas quotidiens double environ tous les 15 jours -, un simple calcul mathématique nous indique que nous atteindrons effectivement les 10 000 cas quotidiens dans 15 jours, puis 20 000 entre le 2 le 8 août. « Sauf que les prévisions sont très précises jusqu’à 7 jours, mais nous pensons que les modèles mathématiques ne sont pas suffisamment fins pour prévoir au-delà », alerte le spécialiste. La situation sera-t-elle meilleure, ou pire, que celle envisagée par le ministre ? 

« Les prévisions de l’épidémie sont comme les prévisions météo, au-delà de 7, 15 jours, c’est imprécis »

Pour répondre à cette question, il est tentant de comparer la situation de la France avec d’autres pays européens. « Au Royaume-Uni, où la reprise épidémique a commencé fin mai, il y plus de 30 000 cas par jour et nous prévoyons qu’il y en aura plus de 40 000 d’ici une semaine, explique le Pr. Flahault. Il aura donc fallu environ un mois et demi pour arriver à 40 000 cas ». En France, la reprise épidémique a commencé fin juin. Si l’on transpose le modèle du Royaume-Uni à notre territoire, il est possible d’imaginer que nous atteindrons 40 000 cas d’ici mi-août. « Mais est-ce que ce sera vraiment le cas ? Ici, nous sortons du domaine de la prévision et nous entrons dans celui des scénarios », balaye le professeur.  

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S’ils permettent d’informer les populations et les gouvernements afin de faire évoluer les politiques sanitaires, les scénarios ne prédisent pas le futur. Le taux de reproduction des différents pays européens illustre bien le problème. Ce taux est de 1,3 en France – une personne atteinte du Covid-19 en contamine en moyenne 1,3 – tout comme au Royaume-Uni. Mais aux Pays-Bas, le taux de reproduction a explosé et se situe autour de 1,75. « Cette flambée n’était pas prévisible par les modèles mathématiques, ni par le ‘modèle’ du Royaume-Uni », souligne le spécialiste. En d’autres termes, la France pourrait suivre une courbe similaire au Royaume-Uni ou, pire, à celle des Pays-Bas. 

Et encore, même si la France suit la courbe du Royaume-Uni, il faut rappeler que le taux de vaccination de la population y est de 68,8%, contre seulement 52,7% en France. Or les vaccins confèrent non seulement une immunité – après deux injections -, mais protègent aussi des formes graves. « Je ne suis donc pas sûr que la future courbe des hospitalisations française sera aussi plate que celle du Royaume-Uni, note l’épidémiologiste. Mais si les prévisions de l’épidémie sont comme les prévisions météo – imprécises au-delà de 7 à 15 jours, une chose est sûre : nous nous dirigeons vers une quatrième vague épidémique. » 

Comment contenir la 4e vague ?

Afin de la contenir, le président Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures lundi 12 juillet. Parmi elles, l’obligation d’un passe sanitaire dans les bars, restaurants, cinémas, théâtres, musées, trains et avions à partir de début août. Pour rappel, ce passe sanitaire s’obtient soit après une vaccination complète, soit après un test PCR négatif, soit grâce à un certificat de rétablissement, accordé après une contamination « naturelle » au Covid-19. Pour pousser à la vaccination plutôt que de multiplier les tests PCR dits « de confort », ces derniers ne seront plus remboursés à partir du mois d’octobre (sauf prescription médicale). La vaccination sera également rendue obligatoire pour tous soignants et les personnes travaillant au contact des personnes fragiles. Des contrôles auront lieu à partir du 15 septembre. 

Cela sera-t-il suffisant ? Dimanche 11 juillet, Antoine Flahault détaillait sur son compte Twitter cinq propositions plus contraignantes encore. Selon lui, il est possible de contenir la quatrième vague en rendant la vaccination obligatoire pour tous ceux pour qui elle est homologuée – et pas seulement les soignants – ; en fermant totalement les frontières aux non vaccinés dans le sens des départs et des arrivées ; en rendant tous les lieux collectifs publics et privés – bars, restaurants, discothèques, transports publics, entreprises, universités – accessibles uniquement aux personnes vaccinées, exception faite aux enfants de moins de 12 ans et aux personnes disposant d’un certificat de rétablissement ; en installant des systèmes de ventilation efficaces dans les crèches et les écoles puisque les enfants ne pourront être entièrement vaccinés avant l’automne 2021 – en raison du manque de doses – et en rendant obligatoire le port du masque dans tous les lieux clos et transports publics. « Le passe sanitaire devrait immédiatement être remplacé par le passe vaccinal, seul efficace, ajoute le spécialiste. Bien sûr, il s’agit de mesures qui seront efficaces, mais je ne parle pas de leur faisabilité ni de leur acceptabilité », pondère-t-il, tout en rappelant qu’elles font partie d’un arsenal qui pourrait probablement permettre d’éviter une quatrième vague, donc des morts et de la souffrance. 

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