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mercredi, septembre 28, 2022

Extinction des dinosaures : et si tout n’était pas la faute d’un astéroïde ?

Jusqu’ici, le scénario de l’extinction des dinosaures semblait parfaitement connu. Certains scientifiques le décrivaient même avec beaucoup de précision : il y a 66 millions d’années, un astéroïde de 12 km de long s’écrasait dans la zone correspondant à la péninsule du Yucatán, entraînant un tsunami, de gigantesques incendies ainsi qu’un relâchement massif de soufre dans l’atmosphère à l’origine d’un refroidissement durable sur l’ensemble du globe.  

Mais voilà qu’une nouvelle étude, publiée le 29 juin dans Nature Communications, apporte un regard neuf sur ces événements dramatiques. Selon elle, le déclin de certaines espèces emblématiques comme les tricératops aurait commencé 10 millions d’années avant la chute du célèbre astéroïde. Celui-ci aurait donc simplement porté le coup de grâce à des dinosaures déjà en cours de disparition. Cette théorie portée par une équipe franco anglo-canadienne menée par Fabien Condamine, chercheur du CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (CNRS/IRD/Université de Montpellier), s’appuie sur de nouveaux outils statistiques permettant de réduire les biais inhérents aux estimations de la biodiversité passée.  

« Certaines zones comme les forêts tropicales sont de très mauvais écosystèmes pour conserver les fossiles car en raison de l’humidité élevée, ces derniers se dégradent rapidement. Au contraire, les milieux de type lacustre ou proche d’une activité volcanique sont propices à la conservation. Ces différences font qu’il y a plus de découvertes de dinosaures dans certaines zones que d’autres. Et cela peut fausser les estimations sur la diversité ou la longévité de telle ou telle espèce. Grâce à de nouveaux outils statistiques, nous pouvons corriger ce genre de biais et donner de vrais âges d’apparition et d’extinction », détaille Fabien Condamine. 

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Une autre vision de la fin du Crétacé

La photographie ainsi obtenue offre une nouvelle vision de la fin du Crétacé. « Plusieurs articles récents soutiennent que la fin des dinosaures s’explique par la chute d’un astéroïde. Nous montrons quelque chose de très différent, c’est un peu comme si nous avions jeté un pavé dans la mare », confie le chercheur français. Selon ses calculs, pendant les dix millions d’années qui ont précédé la chute de la météorite, certaines espèces comme les ankylosaures ou les tricératops, ont connu un véritable déclin : le nombre d’espèces créées au sein de ces familles a progressé beaucoup moins vite que le nombre de disparitions. La concurrence avec les hadrosaures – les herbivores les mieux adaptés de l’époque – pour la nourriture et les lieux de vie explique sans doute en partie cette évolution défavorable. Mais le climat a aussi joué. A la fin du Crétacé, un refroidissement global survient : la température moyenne de la planète chute alors de 7°C. Ce changement a d’abord impacté les herbivores dont le métabolisme a besoin de températures élevées pour activer certaines fonctions biologiques comme la reproduction. Les carnivores, tels que le célèbre tyrannosaure, ont suivi, quelque temps plus tard. « Ce décalage n’a rien d’anodin. Les grands mammifères herbivores d’aujourd’hui, comme les éléphants, les gnous ou les antilopes, sont des espèces dites structurantes. Tout tourne autour d’eux. Ils structurent la végétation et le réseau des carnivores. S’ils disparaissent, cela fragilise tout l’écosystème et on observe alors des extinctions en cascade. C’est sans doute ce qui s’est passé à la fin du Crétacé », pense Fabien Condamine.  

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C’est la première fois qu’une étude décrit de manière si précise l’évolution de six familles de dinosaures avant la chute de l’astéroïde. « Il faut rester prudent : nous n’avons pas la possibilité d’étendre nos calculs à tous les dinosaures connus, tempère Fabien Condamine. Cependant, nos résultats sont robustes puisqu’ils montrent un déclin très net sur une période d’environ 10 millions d’années, soit un échantillon de temps supérieur à celui de toute l’histoire évolutive de la lignée humaine. » Le débat est donc relancé. 

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