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mercredi, septembre 28, 2022

Et si l’élévation du niveau des océans était plus rapide que prévu ?

Faudra-t-il, dans le futur, construire des dizaines de villes flottantes pour héberger des millions de réfugiés climatiques délogés par la montée des eaux ? Cela dépendra, en grande partie, de ce qui se joue en Antarctique, loin de toute civilisation. Car une partie de ce continent gelé, qualifié d’instable par les scientifiques, se déverse lentement mais sûrement dans l’océan.  

A cet endroit, le grand public connaît déjà A76, l’iceberg le plus gros de la planète, un bloc titanesque de 170 km de long sur 25 km de large, qui flotte désormais sur la mer de Weddell. Ce n’est pourtant pas ce mastodonte qui inquiète les experts. « A76 n’est que le résultat de la vie naturelle d’un glacier qui reçoit de la matière sous forme de neige et en perd parfois sous forme d’iceberg à son extrémité », indique Pierre Dutrieux, directeur de recherche au British Antarctic Survey, un organisme qui exploite plusieurs stations de recherche sur place.  

Pour l’océanologue et glaciologue, ce qui se passe plus à l’Ouest, sur le glacier de l’île du Pin, mérite bien plus d’attention. Là, une gigantesque calotte de glace créée par les précipitations neigeuses se déverse lentement vers la mer d’Amundsen. Le processus est ralenti à son extrémité par la présence d’une plateforme de glace flottante aux dimensions impressionnantes : 100 à 2 000 mètres d’épaisseur pour 10 kilomètres (km) de long et 1 000 de large. Mais depuis quelques années, celle-ci a tendance à se fissurer et se briser. Ce qui a des conséquences importantes. « Cette plateforme agit comme un contrefort dans un monument. Elle empêche le glacier de s’affaisser plus rapidement sous son poids. Or en trois ans à peine, entre 2017 et 2020, elle a perdu 20% de sa surface. Résultat : l’écoulement du glacier vers la mer se fait plus rapidement », explique Pierre Dutrieux qui vient de publier, avec ses collègues de l’Université de Washington, le résultat de ses recherches dans la revue Science Advances.  

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Un déversement 12% plus rapide

Selon les mesures effectuées par ces spécialistes, qui ont suivi la trajectoire de plusieurs points de repères grâce à l’imagerie satellite, la vitesse de déplacement du glacier (4 km par an en moyenne au cours de la décennie écoulée) s’est accrue de 12% sur la période récente. « Nous ne nous attendions pas à une perte de glace aussi importante au niveau de la plateforme. Par ailleurs, alors que la température de l’océan est restée généralement la même ces trois dernières années, les brisures ont eu lieu dans des endroits très différents du passé. C’est inquiétant : nous avions en tête un scénario dans lequel le glacier se déversait à bon train au cours des cinquante ou quatre-vingt prochaines années. Mais il se pourrait tout aussi bien que le reste de la plateforme se brise d’ici dix à vingt ans, accélérant le mouvement de façon significative ».  

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Le glacier de l’île du Pin contient environ 180 000 milliards de tonnes de glace. De quoi théoriquement faire monter le niveau des océans de 0,5 mètre. S’il disparaissait complètement dans l’eau, en même temps que son imposant voisin le glacier de Thwaites (lui aussi sur une trajectoire inquiétante selon les scientifiques), l’effet sur les océans pourrait atteindre plusieurs mètres au cours des prochains siècles. « Il arrive que la vitesse d’écoulement d’un glacier se stabilise pendant plusieurs années. C’est ce qui était arrivé par exemple au glacier de l’île du Pin entre 2009 et 2019. Cependant, la dynamique d’un glacier obéit à de nombreux paramètres : courants marins, frottements avec le sol… Elle est extrêmement difficile à prévoir », précise Pierre Dutrieux. Il faudra donc continuer d’étudier le phénomène. La bonne nouvelle ? La partie Est de l’Antarctique ne semble pas soumise à la même instabilité. « C’est sans doute lié au fait qu’elle repose plus généralement sur une couche continentale située au-dessus du niveau de la mer », explique Pierre Dutrieux. « De fait, on observe pour l’heure peu de changements dans cette région ».  

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