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mercredi, septembre 28, 2022

Cannabis médical : « On est loin du remède miracle »

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Pour ces quelques patients atteints de douleurs chroniques, la déception est immense. Sélectionnés pour expérimenter du cannabis à des fins thérapeutiques dans le cadre d’un essai démarré il y a trois mois, ils devaient être suivis pendant deux ans. Mais ils ont finalement quitté le programme bien avant la fin. La raison ? Les bénéfices qu’ils tiraient de ce traitement expérimental étaient nuls ou proches de zéro alors que les effets secondaires (augmentation du rythme cardiaque, vomissements, épisodes de panique…) , eux, se manifestaient trop vivement.  

Ces quelques échecs étaient attendus. « Les études scientifiques, lorsqu’elles sont bien menées – et il n’en existe pas beaucoup – montrent qu’une partie parfois non négligeable des patients ne tire pas de bénéfice de ce type de traitement. D’ailleurs, si le cannabis était si efficace que cela, on le prescrirait en première intention alors que là, on le teste après d’autres médicaments existants qui sont déjà eux même partiellement performants », rappelle Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand et président du comité scientifique sur le cannabis à usage médical.  

Mais ce constat lucide n’empêche pas les médecins de poursuivre l’essai. Car une partie des malades souffrant de certaines formes d’épilepsies, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de la chimiothérapie ou de sclérose en plaques pourraient voir leur vie sensiblement améliorée. Dans quelle proportion ? Impossible à dire. Pour l’essentiel des 400 malades recrutés jusqu’à présent – sur un objectif total de 3 000 – l’expérimentation continue.  

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Une médecine exploratoire

« Face au même traitement, la réponse des patients varie. On s’efforce donc de faire la médecine la plus personnalisée possible. On commence avec des posologies très faibles et on augmente très progressivement le dosage pour atteindre un résultat efficace sans effet indésirable ou avec des conséquences bien tolérées. C’est une médecine exploratoire », reconnaît Nicolas Authier.  

 

L’un des enjeux de l’expérimentation consiste à tester plusieurs combinaisons de CBD et de THC, deux substances contenues dans le cannabis. Celles-ci n’ont pas les mêmes effets et peuvent être complémentaires. Le CBD, par exemple, aide à réduire la fréquence des crises dans certaines formes d’épilepsie. Mais quand on cherche à lutter contre la douleur, dans le cas d’un cancer ou d’une sclérose en plaque par exemple, le THC se révèle plus utile car il va agir sur les récepteurs neuronaux transmettant les messages douloureux. 

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Les médecins s’intéressent à la fois aux effets directs et indirects de cet ingrédient psychotrope. « Quand vous souffrez de douleurs chroniques, vous ne pensez qu’à ça. Toute votre vie tourne autour de ça. Le risque est alors de tomber dans un cercle vicieux qui renforce la douleur et ses complications comme l’anxiété, les troubles du sommeil ou un état dépressif. Dans ce cas, le cannabis peut aider les patients à sortir de cet enchaînement délétère en les aidant à détourner leur attention vers autre chose », assure Nicolas Authier. Bien sûr, l’idée n’est pas d’endormir le patient : « Il y a un dosage à trouver et on ne le maîtrise pas encore suffisamment bien, admet-il. Mais certains patients sentent déjà la différence. « On le devine au travers de leurs témoignages. Certains nous disent qu’ils dorment mieux. D’autres semblent moins préoccupés par leur souffrance, ils deviennent plus mobiles, sortent de chez eux et s’autorisent à penser à autre chose que la douleur. On n’est pas en train de révolutionner la médecine. Le cannabis n’a rien d’un remède miracle. Mais c’est un outil thérapeutique qui permet parfois de changer de trajectoire de soin », assure Nicolas Authier. Reste à savoir si à terme, de nombreux patients y auront accès. En effet, au delà des autorisations nécessaires, le traitement a un coût et tous les médecins n’y sont pas forcément favorables.  

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